Transition(s) 2050 : une projection touristique

La remarquable et récente publication de l’ADEME pour contribuer à la réduction drastique des gaz à effet de serre, en amont de la Stratégie Française Energie-Climat (SFEC) et avant l’élection présidentielle a eu les honneurs des media ces dernières semaines. Ce formidable travail collectif propose quatre scenarii types qui présentent de manière contrastée des options en matière de développement pour atteindre la neutralité carbone. Le S1 Génération Frugale porte parfaitement son nom, le 4 Pari Réparateur repose sur un optimisme technologique et entre les deux, le S2 Coopérations Territoriales et le S3 Technologies Vertes. Très modestement j’ai tenté une adaptation au secteur du tourisme que je vais vous présenter ici.

C’est dans ce monde de l’inconnu et de l’inquiétude qui happe des terriens, les Européens, jeunes en particulier, qu’il faut situer la complexité de ces travaux de projection et de prospective. Pour avoir participé durant un an à des travaux de prospective au sein du Commissariat Général au Plan, je sais combien il est nécessaire de recourir à des intrants variés pour les mettre sur la place, en écoutant les meilleurs spécialistes, puis en croisant et décroisant les matériaux disponibles. Je ne vais pas vous refaire l’article de l’ADEME, il est bien documenté et disponible. Les spécialistes de l’ADEME le rappellent fort justement « les quatre scénarii sont construits de façon à s’approcher d’une cible de neutralité carbone en 2050. Cette cible n’a de sens pour le climat qu’au niveau de la planète ». Et oui, c’est l’un des problèmes, la disparité des situations et ambitions politiques, démographiques et économiques qui contraignent fortement le succès des actions conduites ici et là. Le tableau de cadrage sur la démographie, le climat et l’économie conçu sur la prospective ADEME pose clairement le sujet pour la France.

L’Ined (Institut National d’Etudes Démographiques) a publié en octobre 2020 un étude titrée « Enjeux et perspectives démographiques ». Fortement documentée, cette somme pointe le poids réel de la France dans la démographie mondiale aujourd’hui et demain, son vieillissement et les migrations. Je vous invite à lire ce document pour bien comprendre que notre situation de rupture tient pour une part à l’explosion démographique : 1 milliard d’habitants en 1800 pour 8 milliards en 2020 et 10 milliards en 2050. Habitants qui se nourrissent, se logent, se chauffent, s’équipent, se déplacent. Cet impact de nous les humains sur les transitions urgentes à conduire est colossal. De même celui que nous avons eu et continuons à avoir concernant le monde vivant que pendant des siècles nous avons considéré comme étant à notre disposition. Maîtres de la vie et de la mort, nous sommes éminemment responsables de ce qui arrive à notre planète.

MES 4 scenarii pour des transitions touristiques en 2050

Transitions 2050 : projection touristique par François Perroy – 13 décembre 2021

En matière de tourisme, qui est le sujet qui nous occupe ici, j’ai tenté d’apporter des éléments permettant de se projeter dans chacun des scenarii. A cet effet, j’ai repris la maquette de l’ADEME (merci à ses membres émérites) et consigné des visions tout à fait personnelles. Je propose 5 séquences (le parcours client, le voyage pour se rendre sur place, l’hébergement, les mobilités sur place, les activités, équipements structurants et gouvernance).

Tout cela repose sur des parti-pris. Il manque notamment l’alimentation et la restauration, mais la place et le temps sont comptés pour produire ce genre de simulation. Vous lirez donc mes pensées et suppositions afin de tendre vers un tourisme meilleur dans tous les sens du terme. En intérêt et en impacts sur le climat et l’environnement. A la toute fin je m’interroge clairement dans le scénario 4 sur la persistance du tourisme. Le voyage d’accomplissement aurait capacité à persister, mais pas le voyage à de strictes fins de consommation. Propos déjà évoqués dans ce blog.

Je vous laisse faire vôtres ces projections, les compléter, les modifier, les jeter si bon vous semble. Dernier point, j’ai récemment lu qu’un touriste japonais était parti dans l’espace pour l’ISS. Freiner les activités touristiques d’ici bas pour développer celles de là-haut ne mérite certainement pas l’exercice auquel je me suis plongé avec intérêt. Libération a publié l’illustration suivante réalisée à partir de calculs de Roland Lehoucq et diffusés dans The Conversation. Un passager spatial pourrait polluer autant que 400 personnes au sol pendant un an ! Bref, la science nous aide, avec ses données du moment, mais ne peut tout sans la conscience. Comment des organisations aux intérêts contraires et dirigeant 10 milliards de Terriens pourraient-elles viser juste pour le bien commun ?

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