
Du côté de l'établissement hospitalier arlésien, l’année à venir s’annonce particulièrement intense, avec un temps fort : la livraison de la première tranche des travaux - et le lancement de la deuxième phase - du plus grand chantier de modernisation qu’ait connu l’hôpital depuis sa création. Un projet historique, doté d’un budget de 44 millions d’euros, qui, comme Sylvia Breton aime à le souligner, "touche au cœur nucléaire" du centre hospitalier (CH).
Ces trois dernières années ont été rythmées par un travail de modernisation ambitieux, sur le plan organisationnel comme en matière de prise en charge des patients. Le résultat est sans appel : l’attractivité du CH d’Arles s’est renforcée, tant auprès des patients que des professionnels de santé. En 2022, l’établissement enregistrait 17 000 séjours ; en 2025, ce chiffre a grimpé à 21 000, preuve d’une dynamique retrouvée. Les postes d’infirmiers, autrefois vacants, sont désormais pourvus, libérant l’hôpital de sa dépendance aux sorties d’écoles. La politique de recrutement et de fidélisation des médecins, couplée à l’élargissement des offres de soins, a su séduire les talents. Même la maternité, autrefois fleuron de l’établissement, connaît un renouveau prometteur.
À quelques heures de la traditionnelle cérémonie des vœux, rencontre avec Sylvia Breton, une directrice "fière du chemin parcouru collectivement".
Objectif Gard & Arles : À votre arrivée il y a trois ans, vous aviez évoqué vos priorités : certification HAS, qualité, exigence et attractivité. Où en est-on aujourd’hui ?
Sylvia Breton : La certification HAS était un défi majeur en 2023, avec un référentiel plus exigeant. Nous avons réussi la double certification pour le centre hospitalier d’Arles et les hôpitaux des Portes de Camargue. C’est le résultat d’un travail collectif, pas seulement le mien. La qualité est désormais ancrée dans notre culture, et nous avons aussi obtenu des certifications pour nos structures médico-sociales (Ehpad, Camps, etc.) et notre laboratoire (accréditation COFRAC). Nous avons comblé les 36 postes infirmiers qui étaient vacants à mon arrivée. Aujourd’hui, nous ne dépendons plus des sorties d’école pour recruter. Il reste un turnover normal, mais nous évitons les postes durablement vacants, ce qui avait conduit à la fermeture de certains services par le passé. Nous avons amélioré notre capacité à recruter et à retenir les talents, malgré la mobilité naturelle des professionnels.
Comment avez-vous structuré votre politique d’attractivité et de fidélisation des médecins ?
Nous avons créé Camina, une cellule d’aide à la mobilité pour les nouveaux arrivants, qui a d'ailleurs été primée en 2023 (Prix innovation RH de la Fédération hospitalière de France, NDLR). Camina aide les recrues à résoudre leurs besoins personnels (logement, garde d’enfants, formalités administratives, etc.) pour concilier vie professionnelle et vie privée.
32 médecins recrutés en 2025
Nous avons aussi travaillé en équipe pour identifier nos points forts et nos faiblesses, notamment la clarté des projets de service, le recrutement ciblé, le retour des nouveaux arrivants… Nous avons affiné notre stratégie. Résultat : nous avons recruté 32 médecins en 2025 et également mis en place un plan d’action pour les internes en relançant un cycle de formation. Pour les attirer et les encourager à s’installer sur le territoire, nous misons sur l’accueil, l’immersion culturelle et l’accompagnement. La philosophie de tout ce que nous mettons en place, c’est de limiter le décalage entre la vie rêvée et la réalité pour réduire le risque de départ.
Comment mesurez-vous l’attractivité du centre hospitalier pour les patients ?
À travers plusieurs indicateurs, notamment le nombre de séjours et de consultations, ainsi que les retours des patients. Les chiffres sont en hausse, de 17 000 séjours en 2022, on est passé à 21 000 séjours en 2025, soit une progression de 12 % en 2023-2024 et de 9 % en 2024-2025. Tous les types de prises en charge progressent. Et c’est le signal que la population nous fait confiance. Nous avons élargi et diversifié notre offre de soins pour répondre aux besoins de la population. Nous avons par exemple rouvert le SMR (Service de médecine et de réadaptation), développé l’ambulatoire médical, notamment avec un hôpital de jour pour le diabète gestationnel, une offre de polysomnographie (troubles du sommeil), de mammographie ainsi que des consultations avancées en gynécologie, ophtalmologie, chirurgie viscérale, ORL, cardiologie et orthopédie, projetées depuis Arles vers Tarascon et les hôpitaux des Portes de Camargue. On comptabilise 100 000 consultations par an, dont plus de 7 000 réalisées dans les locaux des Hôpitaux Portes de Camargue. Notre objectif reste de répondre aux besoins de santé publique sur tout le territoire.
Le service de maternité, en matière de signal de confiance, est un exemple de réussite…
L’augmentation du nombre de naissances à la maternité d’Arles est remarquable, et d’autant plus quand on la met en parallèle avec le recul du taux de natalité en France. On est évidemment très fiers de la progression enregistrée cette année avec 716 naissances contre 663 en 2024. Depuis trois ans, nous avons reconstitué l’équipe médicale pour faire en sorte que les femmes reviennent accoucher à l’hôpital d’Arles.
"Notre ambition est de devenir une maternité de niveau 2A"
Nous avons enrichi notre offre avec la salle nature pour des accouchements physiologiques, avec un plateau technique à proximité en cas de besoin, et notre offre de préparation à la naissance avec notamment la balnéothérapie. Notre ambition est de devenir une maternité de niveau 2A (soins intensifs pédiatriques) d’ici 2027, en consolidant les équipes médicales et en augmentant le nombre de naissances.
À votre arrivée, le déficit était un frein majeur. Qu'en est-il aujourd’hui ?
Le déficit reste une réalité, mais il s’est considérablement réduit grâce à une mobilisation collective et une gestion rigoureuse. Pour le CH d’Arles, le déficit est passé de 8,2 millions d’euros en 2024 à une estimation comprise entre 5,8 et 6 millions d’euros en 2025. Aux Hôpitaux Portes de Camargue, la tendance est similaire : le déficit diminue progressivement. Le déficit n’est pas spécifique à Arles. La plupart des hôpitaux français sont confrontés à des déséquilibres financiers. Mais notre avantage c'est que nous avons une dynamique d'activité conséquente. Nous continuons à travailler pour réduire davantage ce déficit, notamment en nous appuyant sur un plan d’efficience et de performance. Nous avons encore de la capacité d’accueil, nous avons des projets, nous n'avons pas dit notre dernier mot.
L'actualité du CH d'Arles, c'est son projet de modernisation. En quoi est-il historique ?
Il est sans précédent pour notre établissement et pour le territoire ! C'est quand même un projet doté de 44 millions d'euros. Il ne se limite pas à une simple rénovation immobilière, mais représente une transformation profonde de l'offre de soins sur le territoire. Nous modernisons les services essentiels : bloc opératoire, réanimation, laboratoire, stérilisation, pharmacie et imagerie. L’enjeu est de rendre ces plateaux techniques conformes aux standards actuels. Le partenariat public-privé avec la clinique Jeanne-d’Arc permet de regrouper les activités chirurgicales et d’anesthésie au sein du CH d’Arles. Les patients conservent leur liberté de choix (public ou privé), mais bénéficient d’une offre de soins centralisée, simplifiée et ultra-moderne.
Une maison des consultations Paule Birot-Valon
La population pourra bénéficier d’outils modernes et performants qui, sans ce projet, n’auraient été accessibles ni au CH ni à la clinique. La capacité de la réanimation passe de 9 à 16 lits, ce qui permettra de réduire les transferts de patients critiques vers d’autres établissements. Notre stérilisation, notre laboratoire, notre PUI (pharmacie à usage intérieur) qui sera unique au regroupement : tout a été modernisé. En parallèle, nous avons aussi modernisé et augmenté notre offre d’imagerie. Dans ce projet également, une maison des consultations -- qui portera le nom de Paule Birot-Valon (l'adjointe à la santé de Patrick de Carolis décédée en mai dernier et qui avait fait toute sa carrière au sein de l'hôpital d'Arles, NDLR) -- centralisera les consultations préopératoires (chirurgiens et anesthésistes s'y relaieront) pour éviter aux patients de multiplier les déplacements.
Quelles sont les prochaines grandes échéances de ce projet ?
En 2026, seront donc livrés la réanimation, le nouveau laboratoire et la maison des consultations. On va aussi débuter les travaux du bloc opératoire. Le principal défi sur cette deuxième phase des travaux, c’est de les réaliser sur un site occupé. C’est-à-dire de maintenir l’activité chirurgicale pendant les travaux, avec une organisation minutieuse pour éviter toute perturbation pour les patients. Le nouveau bloc opératoire sera livré à la fin de l’année 2027 et on assistera alors à l’installation définitive des équipes privées sur le site de l'hôpital.







