
On entend partout la même antienne : « les plus riches ne paieraient pas d’impôt », ils se cacheraient derrière des holdings, contourneraient le fisc et échapperaient à la solidarité nationale. Cette affirmation est fausse. Techniquement fausse, juridiquement fausse, fiscalement fausse. Elle relève de la fake news politique, entretenue sciemment pour flatter les ressentiments et masquer l’incapacité à produire un raisonnement économique sérieux.
Le système fiscal français est un système verrouillé, pas un gruyère
Le système fiscal français est l’un des plus complexes, des plus surveillés et des plus verrouillés au monde. Il repose sur une superposition de règles, de contrôles, d’obligations déclaratives et de sanctions qui rendent l’évasion légale extrêmement limitée. Hors fraude caractérisée, qui est un délit pénal et que personne ne défend, il n’existe pas de « sortie » magique du système fiscal français. À un moment ou à un autre, l’impôt est payé. Toujours. L’idée selon laquelle il suffirait de créer une structure juridique un peu sophistiquée pour ne plus payer d’impôt est une fable. La France a multiplié les verrous anti-abus, les clauses de substance, les dispositifs anti-évasion, les contrôles sur les flux financiers et les obligations de transparence. Dire que l’on peut durablement échapper à l’impôt sans frauder est soit une ignorance crasse, soit un mensonge délibéré.
La holding n’est pas un outil d’évasion, c’est un outil voulu par l’État
La holding n’est pas un gadget inventé par des fiscalistes cyniques. C’est un outil juridique et économique conçu par le législateur lui-même. Sa fonction première est double. D’abord, c’est un outil de management : elle permet d’organiser un groupe de sociétés, de piloter des activités différentes, de structurer une stratégie industrielle ou entrepreneuriale. Ensuite, c’est un outil d’investissement : elle permet de réinvestir des produits de cession dans de nouvelles entreprises, de financer la croissance, de prendre des risques économiques. Lorsqu’un entrepreneur vend une entreprise, le produit de la vente peut remonter dans une holding. Ce n’est pas une anomalie, c’est précisément l’objectif du système : éviter une ponction fiscale immédiate qui empêcherait tout réinvestissement productif. Cet argent n’est pas « dans la poche » de l’entrepreneur. Il est immobilisé dans une structure soumise à l’impôt sur les sociétés, contrôlée, traçable, et destinée à financer d’autres projets économiques.
L’impôt est inévitable dès que l’argent devient personnel
Le point que les discours politiques occultent volontairement est pourtant simple. Tant que l’argent reste dans la holding, il n’est pas utilisable à titre personnel. Le jour où l’entrepreneur veut s’en servir pour vivre, consommer, acheter un bien, transmettre ou simplement disposer de son argent, il n’a qu’un choix : le faire sortir. Et à ce moment-là, il n’y a aucune échappatoire. Sortir de l’argent d’une holding signifie soit se verser un salaire, lourdement taxé et chargé, soit percevoir des dividendes, eux-mêmes fiscalisés. Il n’existe pas de troisième voie secrète. Personne n’y échappe. Jamais. Affirmer que les holdings permettent de ne pas payer d’impôt revient donc à confondre volontairement un outil de différé et d’organisation avec une exonération définitive. C’est intellectuellement malhonnête. C’est socialement inflammable. Et c’est politiquement irresponsable.
Ce discours n’a qu’un objectif : faire oublier le manque de courage politique pour faire des économies en créant une émotion d’injustice. Il s’agit de faire croire à ceux qui ne maîtrisent pas ces mécanismes très techniques qu’il existerait une caste de privilégiés vivant hors du système, profitant d’un droit complexe pour se soustraire à l’effort collectif. C’est faux. Et ceux qui propagent cette fable le savent parfaitement. Ils sacrifient la vérité économique sur l’autel de la démagogie fiscale, au prix d’un climat de défiance et de haine qui détruit tout esprit entrepreneurial et toute capacité de création de valeur.
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