Budget Lecornu : la honte !

Ce budget n’est pas seulement mauvais, il est révélateur. Révélateur d’un pouvoir qui, à bout de souffle, choisit la facilité fiscale plutôt que le courage politique. Révélateur d’une majorité prête à renier ses propres principes pour acheter quelques mois de calme parlementaire. Révélateur enfin d’une démocratie dégradée, où une minorité idéologique, le PS, parvient à imposer son agenda à une majorité sans conviction, pendant que la droite menée par Laurent Wauquiez se tait par peur de perdre ses places. Le « budget Lecornu » n’est pas un accident technique : il est le symptôme d’un système politique qui sacrifie l’avenir économique de la France à la survie de ses élites.

Un budget bâti sur la ponction, donc sur l’appauvrissement
Ce que révèle la lecture attentive des arbitrages budgétaires portés par Sébastien Lecornu, et documentés par plusieurs analyses convergentes, c’est une vérité brutale : l’équilibre affiché repose quasi exclusivement sur des prélèvements supplémentaires sur les entreprises. Il ne s’agit pas d’ajustements marginaux ni de mesures transitoires, mais d’un choix structurel qui consiste à faire des acteurs productifs la variable d’ajustement d’un État incapable de réduire sa propre dépense. Or, frapper l’entreprise, ce n’est pas punir un abstrait comptable ; c’est entamer la capacité d’investissement, de recrutement, d’innovation et donc de croissance. Dans un pays déjà marqué par un décrochage industriel, une compétitivité fragile et une fiscalité parmi les plus lourdes d’Europe, cette stratégie revient à hypothéquer l’avenir pour acheter un présent artificiellement apaisé. La France ne manque ni d’entrepreneurs ni de talents ; elle manque de constance et de courage politique. En affaiblissant ses entreprises, elle se prive de ses moteurs, et confond une fois de plus redistribution immédiate et prospérité durable.

Le reniement macronien : la stabilité au prix de la trahison
Ce budget marque une rupture morale plus encore qu’économique. Il acte la trahison des promesses et de l’esprit des premières années du macronisme, qui prétendaient rompre avec le logiciel socialiste de la pénalisation du capital et de l’entreprise. Au nom de la stabilité gouvernementale, au nom du maintien de portefeuilles ministériels et de positions acquises, la majorité présidentielle et une droite tétanisée ont accepté un texte qu’elles auraient dénoncé hier sans hésiter. Ce reniement n’est pas idéologique, il est personnel. Il procède d’un calcul à courte vue où la survie politique l’emporte sur l’intérêt national. Gouverner n’est plus alors orienter, mais céder ; non plus choisir, mais négocier son propre confort. Le résultat est un budget socialiste assumé, vidé de toute cohérence réformatrice, qui sacrifie l’avenir économique du pays sur l’autel de la tranquillité parlementaire immédiate. En ce sens, le bilan d’Emmanuel Macron s’en trouve durablement abîmé : non par excès de réformes, mais par abdication silencieuse.

Un scandale démocratique et une droite sans colonne vertébrale
La séquence est enfin profondément choquante sur le plan démocratique. Un parti socialiste électoralement marginal, pesant quelques pourcents dans le pays réel, est parvenu à imposer son agenda budgétaire à une majorité qui, en théorie, ne partage ni ses diagnostics ni ses solutions. Cette inversion du rapport de force n’est pas le signe d’un pluralisme vivant, mais celui d’une décomposition politique avancée. Une minorité idéologique dicte sa loi à une majorité sans courage, pendant que la droite de Laurent Wauquiez, obsédée par la conservation de ses postes et paralysée par la peur de l’instabilité, renonce à peser réellement dans le débat. Il ne s’agit pas ici d’un compromis noble, mais d’un diktat accepté. Le recours au 49.3 parachève cette dérive : il clôt un processus déjà vicié en confisquant le débat, tout en donnant à une ligne minoritaire une portée quasi souveraine. Lorsque les convictions s’effacent devant les intérêts individuels, et que la représentation se dissout dans la tactique, ce n’est pas seulement un budget qui est en cause, mais la crédibilité même de la démocratie parlementaire.

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