
Depuis la présentation du projet de loi de finances 2026, le pouvoir ne gouverne plus, il se cramponne. Le budget Lecornu n’est pas un budget, c’est une attestation de peur, un certificat de maintien en poste, un document administratif destiné à prouver que tout ce petit monde peut encore tenir quelques mois de plus sans provoquer l’effondrement final. Il ne s’agit plus de financer un pays, mais de financer une illusion de stabilité, dans un décor parlementaire en carton-pâte où chacun fait semblant de décider pendant que personne n’assume plus rien.
Un budget conçu à la calculette et à la tisane
Le budget 2026 est élaboré comme on prépare une tisane pour calmer une crise d’angoisse collective : un peu de social ici pour rassurer la gauche, un soupçon de rigueur là pour ne pas effrayer la droite, une surtaxe par-ci pour acheter une abstention, une promesse par-là pour gagner du temps. Rien ne tient ensemble, mais tout est calculé, pesé, compté, non pour gouverner mais pour survivre jusqu’au lendemain. Ce n’est plus une politique budgétaire, c’est une séance de comptabilité émotionnelle destinée à éviter la crise de nerfs institutionnelle.
Le 49.3, ou comment faire taire le Parlement
Quand le gouvernement dégaine le 49.3 sur le budget, il ne tranche pas, il fuit. Il ne gouverne pas, il esquive. Faute de majorité, on appuie sur le bouton d’urgence, on impose le texte, et on appelle cela encore une démocratie. Le Parlement continue d’exister, certes, mais comme un figurant mal payé dans une pièce dont le scénario est écrit ailleurs. On ne ferme pas l’Assemblée nationale, on la met simplement en sourdine, ce qui est politiquement plus élégant et tout aussi efficace. On la piétine, on l’utilise pour faire croire au débat démocratique. Les députés sont contents car ils peuvent s’écharper et envoyer des messages à leurs électeurs en leur faisant croire qu’ils ont du pouvoir. Dans ce théâtre absurde, chaque groupe minoritaire joue son coup, bluffe, menace, négocie son abstention comme on négocie une prime de départ. La majorité n’existe plus, mais tout le monde fait semblant de la chercher pendant que les minorités imposent leurs conditions à un exécutif tétanisé. Ce n’est plus la volonté générale qui décide, mais la capacité de nuisance de chacun, et la démocratie devient un jeu de poker menteur où celui qui crie le plus fort obtient un amendement et celui qui gouverne prétend encore gouverner. La droite se cache, prête à tous les renoncements et toutes les trahisons, est tétanisée par la peur de perdre des postes. Le RN et LFI hurlent. EELV a disparu. Le centre ne sait plus où il en est. Seul le PS bombe le torse après les différentes volées de bois vert prisent lors des précédentes elections.
Le Parti socialiste, grand moraliste à responsabilité zéro
Le Parti socialiste joue dans cette farce un rôle admirablement cynique : assez faible pour ne jamais gouverner, assez utile pour bloquer ou sauver un budget, suffisamment visible pour faire croire à ses électeurs qu’il pèse encore. Il ne gouverne pas, il influence ; il n’assume pas, il conditionne ; il ne décide pas, il signale. Il impose des marqueurs idéologiques sans jamais porter le poids du réel, posture idéale pour continuer à donner des leçons sans risquer l’épreuve du pouvoir, ce qui est historiquement une grande spécialité maison. Le budget Lecornu donne l’impression d’un État géré comme une colocation en fin de bail, où plus personne ne veut investir, où chacun évite les conflits ouverts, où l’on partage les factures en attendant de partir, et où la seule règle commune est de ne surtout pas faire de vagues. On ne pense plus à l’avenir, on pense au mois prochain. On ne réforme plus, on temporise. On ne gouverne plus, on occupe l’espace.
Conclusion : gouverner sans majorité, décider sans courage, durer sans honneur
Le budget Lecornu n’est pas un accident, c’est un aveu. L’aveu d’un pouvoir sans majorité, sans projet, sans courage, qui confond gouverner avec durer et démocratie avec procédure. À force de remplacer la décision par la peur, le vote par le 49.3 et l’intérêt général par l’arithmétique politicienne, le pouvoir fabrique exactement ce qu’il prétend éviter : une défiance massive, une lassitude civique et une démocratie qui ne s’effondre pas d’un coup, mais qui se dissout lentement dans le ridicule et la lâcheté organisée.
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