L’accord UE-Mercosur va-t-il sacrifier certains secteurs européens au nom du libre-échange ?

Une page historique se tourne dans les relations commerciales internationales avec la signature de l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et les pays membres du Mercosur (Argentine, Brésil, Uruguay et Paraguay). Cet événement marquant, officialisé le samedi 17 janvier au Paraguay, conclut plus de vingt-cinq ans de négociations, rapporte franceinfo. L’accord, soutenu par une majorité des États membres de l’UE dès le jour précédant la signature, a été signé par Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, et les dirigeants latino-américains concernés.

Des acteurs impliqués et des avis partagés

Malgré l’aboutissement de ces longues négociations, l’accord a rencontré des objections notables, notamment celle du président français Emmanuel Macron. Les opinions divergent aussi dans le monde économique. Pour Anne-Sophie Alsif, cheffe économiste au Bipe, « ça fait vingt-cinq ans que ce texte est négocié… au global, il est positif pour l’UE ». À l’inverse, Baptiste Buczinski, agro-économiste à l’Idele, attire l’attention sur les risques structurels pour les prix du marché en Europe. Charlotte Emlinger du Cepii soulève, elle, des préoccupations liées aux normes sanitaires.

Ce que ça change par secteur et chiffres clés

Pour l’industrie agroalimentaire, l’accord prévoit des quotas importants. L’exportation de viande bovine depuis le Mercosur vers l’UE atteindra 194 000 tonnes en 2023, avec un quota préférentiel pour 99 000 tonnes soumis à des droits de douane réduits à 7,5 %. Seul l’État de Santa Catarina au Brésil satisfait aux exigences strictes de traçabilité.

Concernant la volaille, un quota additionnel de 180 000 tonnes de poulet bénéficiera d’une exonération totale de droits, ce qui inquiète les producteurs européens déjà confrontés à une forte concurrence.

Le secteur du porc est aussi concerné : malgré l’autosuffisance de l’UE et sa position de premier exportateur mondial, un quota de 25 000 tonnes est alloué au Mercosur. Par ailleurs, une récolte record de blé en Argentine renforce la crainte d’une concurrence plus soutenue pour les producteurs européens. Enfin, un quota pour l’importation de 190 000 tonnes de sucre pèse sur les surfaces de betteraves dans des pays comme la France.

Des gains pour certains secteurs

Dans les produits laitiers, l’UE obtient des quotas intéressants pour le fromage (30 000 tonnes) et d’autres dérivés laitiers, ouvrant des débouchés pour les producteurs labellisés. Les droits de douane sur le vin et les spiritueux, actuellement à 27 %, seront supprimés, au bénéfice de cette filière.

Le volet industriel et des biens manufacturés s’améliore également : la suppression des taxes d’importation concerne divers produits, des voitures (35 %) aux équipements industriels avec des taux allant jusqu’à 20 %. Du côté des services, l’UE exporte déjà pour plus de 20 milliards d’euros vers le Mercosur, et les marchés publics s’ouvriront davantage aux entreprises européennes.

L’accord est donc avantageux pour certains secteurs comme le vin, les spiritueux, et de grands groupes laitiers et industriels, même si certaines interprofessions jugent les mécanismes de sauvegarde insuffisants. Tatiana Métais, de l’Union des producteurs de Cognac, défend pour sa part la nécessité des accords de libre-échange pour soutenir leur filière. Cela renvoie aussi aux débats soulevés lors d’accords précédents, comme le CETA, et ne peut laisser indifférent tant sur le plan politique que social.

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