Après deux morts, le débat explose : faut-il mieux encadrer le travail des VTC ?
<p>Deux morts en quelques jours, des VTC plongés dans la nuit, la pluie et le froid, et une même question qui revient en boucle chez les chauffeurs comme chez les usagers : <strong>jusqu’où peut-on pousser la machine pour qu’une course arrive à l’heure sur le trottoir ?</strong> Derrière ces drames, ce ne sont pas seulement des destins brisés, mais tout un modèle qui se retrouve sur la sellette.</p> <p>Au Perreux-sur-Marne (Val-de-Marne), dans la nuit du 5 au 6 janvier, Mamadou Samba, 58 ans, chauffeur pour la plateforme Heetch, a perdu la vie après avoir terminé sa course dans la rivière. Quelques jours plus tard, à Paris, un van en provenance de l’aéroport de Paris-Beauvais a fauché un piéton rue de Vaugirard, probablement après que le <a href="https://www.autoplus.fr/pratique/comparatifs-guides-achat/top-des-appareils-anti-somnolence-en-voiture-314838.html?utm_source=rss_feed&#038;utm_medium=link&#038;utm_campaign=unknown" target="_blank" rel="noopener">conducteur s’est assoupi</a>. Dans la profession, ces deux accidents ont fait l’effet d’un électrochoc, tant ils renvoient aux <strong>conditions de travail des chauffeurs VTC</strong> et à la manière dont les plateformes encadrent – ou non – leur activité.</p> <h2>Accidents mortels et conditions de travail des chauffeurs VTC</h2> <p>Samedi 10 janvier, une centaine de personnes se sont réunies en hommage à Mamadou Samba. Ce chauffeur VTC, parti de nuit pour une course Heetch, a perdu le contrôle de son véhicule "en raison des conditions climatiques" au Perreux-sur-Marne. <strong>La voiture a heurté un trottoir avant de finir sa course dans la rivière</strong>. Seul le passager a réussi à s’extirper du véhicule. Dans la nuit du 8 au 9 janvier, un autre drame a frappé la capitale : un van transportant deux touristes finlandais, <a href="https://www.autoplus.fr/actualite/insolite/voiture-disparait-aeroport-reapparait-autre-pays-1418590.html?utm_source=rss_feed&#038;utm_medium=link&#038;utm_campaign=unknown">en provenance de l’aéroport</a> de Paris-Beauvais, a brutalement changé de trajectoire rue de Vaugirard, percutant un piéton qui est décédé quatre jours plus tard. <strong>Des témoins évoquent un conducteur qui aurait pu s’endormir ; une enquête pour blessures involontaires par conducteur a été ouverte et le chauffeur a été placé en garde à vue à sa sortie de l’hôpital.</strong></p> <p>Pour une partie des chauffeurs et des syndicats, ces accidents ne peuvent pas être dissociés de leurs journées à rallonge et de revenus qui s’érodent. Quand l’hiver arrive, surtout en période d’intempéries, beaucoup de travailleurs de plateformes acceptent de rouler malgré le danger, attirés par des tarifs plus élevés liés à la tarification dynamique, quand la demande dépasse le nombre de véhicules disponibles. "Forcément, cela aboutit à des drames", décrit Fabian Tosolini, <strong>délégué national livreurs-VTC du syndicat Union-Indépendants</strong>. "Sur Paris, lundi 5 janvier en fin de journée, nous pouvions confirmer une augmentation des prix sur plusieurs applications. C’est ignoble, mais c’est aussi la responsabilité des clients : quand on ne veut pas prendre le risque de se casser la figure ou de glisser pour des sushis, ne faites pas porter ce risque par quelqu’un d’autre. Faites-vous des pâtes au jambon", explique-t-il au Monde.</p> <h4>La réponse des plateformes</h4> <p>Les plateformes, elles, contestent toute incitation directe : Bolt assure que "Les variations de prix constatées lors de certaines périodes, notamment pendant les intempéries, ne constituent pas une augmentation "décidée" par Bolt pour inciter les chauffeurs à rouler davantage. Elles résultent d’un mécanisme de tarification dynamique automatisé". <strong>Uber et Uber Eats assurent aussi ne proposer aucune "prime de neige"</strong>. "Nous ne proposons pas de prime de neige ni autre forme de bonus, afin de ne pas inciter les livreurs à se connecter à l’application, décrit un porte-parole d’Uber Eats. De plus, nous réduisons les rayons de livraison pour limiter la distance des trajets."</p> <h2>Responsabilité, statut et encadrement du travail des VTC en question</h2> <p>Face aux intempéries récentes, les plateformes affirment avoir envoyé des messages de prévention, Uber relayant par exemple l’alerte orange de Météo-France dans les départements concernés. <strong>Mais elles expliquent ne pas pouvoir interdire à des chauffeurs indépendants de se connecter, sous peine de créer un indice de subordination qui pourrait mener à une requalification en salariés</strong>. Légalement, une plateforme n’est pas responsable d’un accident de son prestataire, puisqu’elle n’est pas son employeur.</p> <p>Certaines, <a href="https://www.autoplus.fr/actualite/la-guerre-du-robotaxi-est-lancee-voici-comment-uber-veut-couper-lherbe-sous-le-pied-a-tesla-1417226.html?utm_source=rss_feed&#038;utm_medium=link&#038;utm_campaign=unknown">comme Bolt ou Uber</a>, s’appuient sur des contrats "clés en main" avec AXA : en cas d’accident mortel pendant une course, le conjoint peut percevoir une rente de 40 % du revenu net sur douze mois du professionnel, et un capital de 50 000 euros est prévu pour une personne célibataire. <strong>Sur le terrain, la réalité est bien moins protectrice</strong>. "Mais la complexité pour remplir le dossier fait que le travailleur laisse tomber, surtout quand il parle mal le français. La majorité des accidents ne sont pas déclarés", déplore encore Fabian Tosolini. Beaucoup de livreurs et de chauffeurs VTC exercent en outre illégalement ou sous-déclarent leur chiffre d’affaires, ce qui réduit les montants d’indemnisation, voire les rend impossibles à obtenir, loin des protections offertes par le salariat classique.</p> <p>Les deux chauffeurs accidentés en région parisienne n’étaient pas en règle et ne possédaient pas de carte VTC. À Paris, le conducteur du van, originaire du Pakistan, a présenté un permis de conduire italien, tandis que Mamadou Samba louait le compte d’une autre personne. <strong>Pour soutenir la famille de ce dernier, le syndicat FO TPN by INV a lancé une cagnotte qui a recueilli près de 50 000 euros.</strong> "Nous sommes en contact avec la famille du chauffeur afin de lui proposer un accompagnement", réagit la plateforme Heetch auprès du Monde.</p> <h4>Une réponse de l'État ?</h4> <p>Le même syndicat, très présent dans le secteur, rappelle aussi que "En 2025, on a compté six VTC morts, soupire Brahim Ben Ali, secrétaire général de FO TPN by INV. Mais la rémunération est au cœur de tout : les chauffeurs ne sortiraient pas dans la neige, s’ils étaient globalement mieux payés. C’est le modèle des plateformes qui est à revoir." En toile de fond, le secteur compte environ <strong>60 000 chauffeurs VTC</strong> en France, concentrés dans les grandes métropoles, avec des commissions de l’ordre de 20 à 25 % prélevées par les plateformes, des semaines pouvant atteindre 70 heures et des revenus parfois inférieurs au SMIC horaire.</p> <p>L’État a déjà posé un cadre, de la loi Thévenoud de 2014 à la loi Grandguillaume de 2016 puis à la loi d’orientation des mobilités de 2019, et a créé en 2021 l’Autorité des relations sociales des plateformes d’emploi (ARPE), chargée d’organiser un dialogue social avec les chauffeurs. <strong>Des accords collectifs ont été homologués, instaurant notamment un revenu minimal de 9 euros par course depuis le 1er février 2024 et une garantie minimale de revenu horaire.</strong> Une directive européenne adoptée en 2024 doit encore être transposée d’ici novembre 2026, avec à la clé une présomption de salariat pour certains travailleurs de plateformes et un encadrement du management algorithmique, tandis qu’au 1er juillet 2025 de nouveaux délits visant l’exploitation illégale de VTC et les prises en charge clandestines sont entrés en vigueur.</p> <p>En attendant que ces textes se traduisent concrètement sur la route, les syndicats appellent à se mobiliser, comme FO TPN by INV qui prévoit de se rassembler le 27 janvier devant l’Assemblée nationale pour alerter les pouvoirs publics sur les <strong>conditions de travail des chauffeurs VTC</strong> mises en lumière par ces deux drames.</p> <meta name="original-source" content="https://www.autoplus.fr/actualite/apres-deux-morts-le-debat-explose-faut-il-mieux-encadrer-le-travail-des-vtc-1420010.html" /><meta name="syndication-source" content="https://www.autoplus.fr/actualite/apres-deux-morts-le-debat-explose-faut-il-mieux-encadrer-le-travail-des-vtc-1420010.html" /><meta name="robots" content="noindex, follow" />
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