

Il y a un an, en janvier 2025, les porteurs du projet annonçaient l’abandon du dossier de création de lagunes de stockage de digestat à Marquéglise et Baugy, dans le Pays des Sources. Le projet prévoyait la construction d’unités destinées à stocker les déchets issus du méthaniseur de Braisnes-sur-Aronde. Les opposants avaient alors découvert que les signatures des maires des deux communes concernées avaient probablement été usurpées. Sous la pression, la société Métha-Oise avait stoppé le dossier.
Un an plus tard, le projet refait surface, mais sous une autre forme et sur un autre territoire. Comme l’a repéré le site d’informatin Actu Oise, la société Métha-Oise a déposé un nouveau dossier visant cette fois la construction d’une lagune de stockage à Braisnes-sur-Aronde, où est implanté son méthaniseur. Selon l’avis de consultation du public publié par la préfecture, le projet concerne également, au titre du périmètre réglementaire, les communes mitoyennes de Vignemont, Monchy-Humières et Antheuil-Porte.
La demande d’enregistrement porte aussi sur un volet d’épandage agricole, qui concernerait au total onze communes*. Le dossier envisage par ailleurs l’extension de l’activité du méthaniseur, avec une capacité de traitement qui passerait de 10.000 tonnes à 23.500 tonnes par an, soit plus du double des volumes actuels.
Un an après l’affaire des «fausses signatures»
Cette relance interroge, alors même que l’affaire des signatures supposément falsifiées n’a pas encore connu d’issue judiciaire. Il y a un an, un signalement était fait auprès du procureur et du préfet sur le soupçon d’usurpation de la signature des maires de Baugy et Marquéglise. Les élus des deux villages où devaient s’implanter des unités de stockage, étaient opposés au projet. Des documens signés de leur maire, et joints au dossier, affirmaient le contraire… La société Métha Oise était pointée du doigt.
Contacté, leur avocat, Me Baptiste de Fresse de Monval, indique que ses clients «ne comprennent pas que le projet puisse reprendre sur un autre site alors que les faits de faux en écriture publique n’ont pas encore été jugés». Les deux maires ont appris le retour de ce projet «en décembre», précise leur conseil. «S’il devait aboutir, ils auraient le sentiment qu’il suffit d’attendre quelques mois pour relancer un dossier entaché d’irrégularités», ajoute-t-il, évoquant «une question de principe». L’avocat appelle à «une réponse pénale rapide» afin de clarifier la situation.
Saisie il y a un an, la justice a bien ouvert une enquête. Les deux maires plaignants ont notamment été auditionnés dans ce cadre. Joint à ce sujet samedi 17 janvier, le parquet n’a pas encore été en mesure de communiqué sur l’avancée du dossier.
Le retour de la contestation
À l’époque, le projet de lagunes avait suscité une forte mobilisation locale, avec la création du ”Collectif Marquéglise”, une mobilisation d’habitants. C’est par leurs recherches qu’avaient été mises au jour les signatures litigieuses.
Depuis l’affichage du nouveau dossier dans les mairies, la mobilisation des riverains a aussi repris. Si ce n’est pas les rues comme il y a un an – lorsque les riverains s’étaient insurgés contre des «piscines à merde» – mais du moins en ligne. Une pétition a été ouverte sur le site change.org et a déjà recueilli plus de 200 signatures. Les signataires s’y déclarent «opposés à la création d’une nouvelle lagune de digestat à Braisnes-sur-Aronde ainsi qu’à l’extension de l’installation». Ils dénoncent des «nuisances olfactives importantes et récurrentes, une augmentation conséquente du trafic de véhicules lourds et des atteintes à la tranquillité publique, à la sécurité routière et à la qualité de vie». La pétition demande «expressément» au préfet de l’Oise de «refuser le projet en l’état».
Les maires sommés de se positionner… en pleine campagne électorale
À quelques mois des élections municipales, la relance du dossier dans une commune voisine pourrait aussi placer plusieurs exécutifs locaux, sommés de se positionner, sous pression.
Les conseils municipaux concernés sont en effet appelés à rendre un avis dans le cadre de la nouvelle consultation du public. Ces avis restent consultatifs et sont versés au dossier pour appréciation par les services de l’État et le préfet.
À Vignemont par exemple, la maire, Laurence Cavaino-Tellier, indique que le sujet sera inscrit à l’ordre du jour du prochain conseil, «dans quinze jours». Elle rappelle que fin 2024, le conseil municipal avait émis un avis défavorable. «Nous avions relevé des problèmes de sécurité, notamment liés au ralentissement des poids lourds à la sortie du village», explique-t-elle. La commune redoute aussi une augmentation du trafic et une dégradation accélérée de la voirie. «C’est un projet privé. Quand les routes sont endommagées, c’est à la commune de refaire la chaussée. Est-ce à nos habitants de payer pour cela ?», interroge l’élue.
La société Métha-Oise, et son représentant Guillaume Lartigue, n’ont pas répondu à nos sollicitations.
* Les communes concernées par le plan d’épandage : Braisnes-sur-Aronde, Vignemont, Monchy-Humières, Antheuil-Porte, Moyenneville, Baugy, Gournay-sur-Aronde, Hémévillers, Marquéglise, Margny-sur-Matz et Ressons-sur-Matz.
La méthanisation, une pratique verte ou une dérive business ?
La méthanisation est un procédé biologique qui consiste à dégrader des matières organiques en l’absence d’oxygène, dans un digesteur. Les intrants peuvent être des déchets agricoles, des déjections animales, du fumier ou des résidus végétaux par exemple. Ce processus produit du biogaz, valorisé en énergie, et un digestat, utilisé comme fertilisant agricole.
Présentée comme une solution de transition énergétique, la méthanisation fait toutefois l’objet de critiques. Certaines exploitations agricoles consacrent désormais des surfaces entières à des cultures destinées à alimenter les méthaniseurs, et non plus à l’alimentation. Une étude de FranceAgriMer datée de 2022 estimait ainsi que la filière biogaz mobilisait plusieurs centaines de milliers d’hectares de cultures intermédiaires à vocation énergétique et de cultures principales comme le maïs. Selon cette étude, environ 5 % du maïs fourrage et ensilage produit en France et 3 % des surfaces de grandes cultures étaient alors orientés vers la méthanisation.
Une évolution qui s’éloigne de l’objectif initial de valorisation des seuls résidus agricoles.
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