Charles Alloncle, le député héraultais qui cuisine l’audiovisuel public

Accusé de transformer la commission d’enquête sur l’audiovisuel public en arène politique, le député héraultais Charles Alloncle cristallise les tensions. Ses méthodes offensives, saluées par l’extrême droite et dénoncées par une large partie de l’hémicycle, menacent désormais la poursuite même des travaux parlementaires.

Pugnace pour certains, 'inquisitorial

Pugnace pour les uns, "inquisiteur" pour les autres, le député ciottiste de la 9e circonscription de l'Hérault Charles Alloncle et ses méthodes musclées font débat au sein de la commission d'enquête sur l'audiovisuel public, au point de compromettre la suite de ses travaux.

Le bureau de cette commission, qui rassemble des parlementaires de tous bords, se réunit ce mardi 6 janvier pour discuter des rendez-vous à venir jusqu'au printemps. Le but affiché est de retrouver un "cadre digne, sérieux et respectueux", selon son président Jérémie Patrier-Leitus (Horizons), qui ne veut pas d'un "tribunal politique". En cause : l'attitude du rapporteur Charles Alloncle, 32 ans, dont le groupe UDR est allié au RN. Les incidents se sont multipliés depuis le démarrage fin novembre de la commission, abondamment retransmise et commentée, façon téléréalité.

"Je tâche de poser des questions que des millions de Français se posent. Et quand je n'ai pas la réponse, je repose la question d'une autre manière, jusqu'à ce que j'obtienne une réponse", reconnaît M. Alloncle auprès de l'AFP, admettant être "insistant". "Dans commission d'enquête, il y a enquête. Je n'abandonne pas", poursuit l'élu de l'Hérault.

Un "travail remarquable" selon Bardella

Mi-décembre, la présidente de l'Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, a "rappelé à l'ordre" Charles Alloncle, craignant que la commission d'enquête soit "dévoyée". Les soutiens du rapporteur ont volé à son secours: c'est "une pression intolérable" selon Marine Le Pen (RN) alors que son travail est "remarquable" d'après le président du parti Jordan Bardella. Sur les réseaux sociaux, d'importants influenceurs d'extrême droite ont loué M. Alloncle.

Ce dernier poursuivra sa mission avec "talent" et "courage", a fait valoir Eric Ciotti. Le jeune député, ancien président des Jeunes avec Nicolas Sarkozy et partisan de l'union des droites, a rallié l'ex-patron de LR lorsqu'il s'est rapproché du RN. Air austère et look soigné, le trentenaire blond a déjà mis sur le gril le président du régulateur, l'Arcom, et les dirigeantes de France Télévisions et Radio France. Cette dernière, Sibyle Veil, a déploré les "déformations publiques" de ses propos par le rapporteur sur le réseau social X.

Nagui menace Alloncle de poursuites

Et lundi 5 janvier, sur Instagram, l'animateur-producteur Nagui a menacé M. Alloncle de poursuites pour avoir déclaré fin décembre qu'il pourrait être "la personne, sur les dix dernières années en France, qui s'est le plus enrichie sur l'argent public".

Lors des auditions en fin d'année des journalistes Thomas Legrand et Patrick Cohen, plusieurs élus de gauche ont réclamé d'"arrêter (le) spectacle", dénonçant une "tentative d'humiliation" de la part de l'extrême droite. La commission a été créée après la révélation d'une vidéo de ces deux journalistes qui a nourri les accusations de partialité en faveur de la gauche dans l'audiovisuel public.

Au sein du bloc central macroniste, des voix s'élèvent pour demander le huis clos voire l'arrêt des travaux. "Je ne vois pas l'issue de cette commission", lâche la députée Céline Calvez, déçue que l'"on passe à côté du sujet".

Une "malhonnêteté foncière du rapporteur"

La commission d'enquête sur "la neutralité, le fonctionnement et le financement de l'audiovisuel public" a été créée à la demande d'Eric Ciotti, dont le groupe allié RN prône la privatisation du secteur. Charles Alloncle se garde bien de se prononcer sur ce point. "Envoyé Spécial, Secrets d'histoire... J'ai été biberonné à la télé et la radio publiques et crois à leurs missions essentielles", assure ce fidèle auditeur de FIP, fils d'un préfet et d'une juriste devenue enseignante.

"C'est pour sauver l'audiovisuel public qu'il faut purger les soupçons, cesser les entorses au principe de neutralité", selon le néodéputé élu en juillet 2024, ancien entrepreneur passé par Sciences Po, HEC et l'université américaine de Berkeley.

A l'inverse, Erwan Balanant (MoDem) voit dans l'attitude de M. Alloncle "une attaque frontale de notre modèle démocratique et d'information". L'insoumis Aurélien Saintoul dénonce lui une "malhonnêteté foncière du rapporteur qui s'affranchit des faits et transpose les méthodes de CNews en commission". "Qui lui souffle les questions?", demande un autre.

L'intéressé récuse toute proximité avec Vincent Bolloré, qu'il n'a "jamais rencontré", ainsi qu'avec les médias de sa galaxie comme CNews, dont il fréquente peu les plateaux. Charles Alloncle "affronte tout seul le système" et "a tout le monde contre lui, sauf l'opinion publique", a lancé fin décembre un Pascal Praud louangeur, sur la première chaîne info de France.

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