
Cheffe du service addictologue du CHU de Montpellier, Hélène Donnadieu revient sur les bienfaits du dry january, une période d'abstinence utile pour interroger son rapport à l'alcool et se défaire de la pression sociale autour de sa consommation.
Quel regard portez-vous sur le “dry january”, cette pratique d’abstinence d’alcool qui tend à s’instituer ?
Cela tend en effet à devenir un rituel au fil des années. Cette notion de “dry” entre même dans le vocabulaire courant, en janvier et à d’autres périodes, et permet de faire accepter aux autres notre pause avec l’alcool. C’est une façon de se débarrasser de la pression sociale qui existe avec le fait de boire. En déclarant “je suis en dry”, cela permet de justifier une abstinence ponctuelle sans recevoir tout un tas de commentaires. D'un point de vue pédagogique et préventif, c’est donc d’un intérêt majeur. Puis le dry permet de questionner son propre rapport à l’alcool et de découvrir toutes les boisson alternatives que les bars proposent aujourd’hui. Je constate également que les jeunes s'y mettent de plus en plus et s’intéressent aux bienfaits d’une période sans alcool.
Ce succès de plus en plus large de l’abstinence est imputable selon vous aux campagnes publiques de prévention ?
J'ose espérer que c'est un peu en lien avec ça, même si on ne peut pas dire que la France est exemplaire en matière de prévention contre les dangers de la surconsommation d’alcool. Le dry permet de poser la question de l’excès d’alcool au-delà de celle de la dépendance, qui est une maladie.
Observe-t-on des effets positifs dans la durée ? Ou bien les gens réalisent ce challenge puis reconsomment au même rythme qu’avant ?
Avec cette expérience, les gens se rendent compte qu’ils sont capables de passer de bons moments sociaux sans forcément se sentir exclus. Ça leur montre que la vie sans alcool peut aussi être agréable. À l'issue du dry, tout est possible sur les comportements à venir. Quoiqu’ils fassent par la suite, les consommateurs auront au moins pris ce temps de réflexion sur leur rapport à l’alcool, et cela ne peut être que bénéfique pour réduire le risque de boire dans des quantités nocives pour la santé. Rappelons que l’on considère une surconsommation d’alcool lorsque celle-ci dépasse les dix portions par semaine et les deux portions par jour. Au-delà de ces doses, il y a une prise de risque médicale. Pour les personnes sujettes à de fortes addictions à l’alcool, elles ne doivent pas faire le dry sans être accompagnées.
Peut-on considérer que notre rapport à l’alcool est “meilleur”, plus raisonnable, aujourd’hui que dans le passé ?
Cela dépend à quoi on se réfère. Mais si on parle en globalité des quantités consommées par les Français, alors oui effectivement on peut considérer une amélioration de notre rapport à l’alcool, avec une diminution des quantités ingérées. Mais on peut toutefois s’inquiéter du phénomène de “binge drinking” observé chez les jeunes, c’est-à-dire une consommation massive et rapide d’alcool lors d’évènements festifs.








