
Mardi 6 janvier, à Gignac, les vigies des Gorges de l’Hérault ont officialisé le renouvellement de ses labels Grand Site. Un travail collectif mené par trois intercommunalités pour mieux concilier attractivité touristique, préservation des paysages et qualité de vie locale. Un cadre commun appelé à devenir un repère concret pour les visiteurs comme pour les habitants.
Mardi 6 janvier, à Gignac, les élus du Grand Site « Gorges de l’Hérault – Saint-Guilhem-le-Désert » ont officialisé le renouvellement du label Grand Site de France et la signature du contrat Grand Site Occitanie pour la période 2025-2029. Deux démarches distinctes, mais pensées comme complémentaires, pour un même objectif : encadrer l’attractivité d’un territoire très fréquenté sans fragiliser ceux qui y vivent.
Derrière l’annonce institutionnelle, le message est clair : il ne s’agit plus seulement de protéger un paysage remarquable, mais de piloter un espace habité, traversé par des usages multiples et soumis à des tensions croissantes. La question n’est plus “pourquoi attirer”, mais “comment organiser”.
Une méthode collective
Dans les gorges de l’Hérault, la valeur paysagère ne fait plus débat. Classé, reconnu, protégé, le site l’est depuis longtemps. Ce que vient consacrer le renouvellement du double label, c’est moins la beauté du lieu que la capacité des collectivités à agir ensemble dans la durée.
“Le site est classé, et ça lui suffit. Le label est attribué aux élus”, résume Louis Villaret, président du Grand Site de France “Saint-Guilhem-le-Désert – Gorges de l’Hérault”. Autrement dit, le classement protège un espace ; le label engage une gouvernance.
Cette dernière repose sur “un choix assumé”, rappelle Jean-Louis Gely, conseiller départemental et vice-président délégué au tourisme : celui de la coopération intercommunale sans structure supplémentaire. “Trois communautés de communes, une présidence tournante, des décisions partagées”. Une organisation atypique, revendiquée comme “une force”, et désormais reconnue à l’échelle nationale comme régionale.
Un territoire attractif, sous pression
L’articulation présentée ce mardi est la suivante : le label Grand Site de France fixe un cadre exigeant en matière de préservation, de gestion des flux et de qualité paysagère, tandis que le contrat Grand Site Occitanie, lui, en constitue le prolongement opérationnel. Signé pour cinq ans, il permet de contractualiser des actions, de mobiliser des financements et de répondre à des enjeux très concrets. “Il n’y a pas de concurrence, les deux démarches sont en parfaite complémentarité”, insiste Florence Brutus, conseillère régionale.
Si la combinaison est aujourd’hui mise en avant, c’est parce que le territoire est entré dans une nouvelle phase. Avec 27 000 hectares, 18 communes et cinq sites classés, les gorges de l’Hérault figurent parmi les espaces les plus fréquentés de l’arrière-pays héraultais.
“La surfréquentation, il a fallu s’adapter, et on continuera, parce que ça va être un combat au long cours”, reconnaît Robert Siegel, maire de Saint-Guilhem-le-Désert. D’autant que les usages évoluent. La fréquentation ne se concentre plus sur quelques semaines estivales : elle s’étale désormais sur l’année. “Les ailes de saison sont de plus en plus fortes, y compris à la Toussaint ou en fin d’année”, observe Jean-François Soto, président de la Vallée de l’Hérault. Cette pression diffuse fragilise les équilibres : circulation, stationnement, accès aux sites naturels, mais aussi ressource en eau, risques d’incendie ou d’inondation.
Sur ces sujets, le contrat Grand Site Occitanie est présenté comme “un levier d’action”. Il permet de prioriser les investissements et de coordonner les financements publics. Exemple cité : l’engagement de la Région à hauteur de 90 000 euros en 2024-2025 pour l’aménagement de l’abbaye d’Aniane, aux côtés de l’État, du Département et des collectivités locales.
Le vrai défi : l’adhésion des habitants
Reste un point unanimement identifié comme décisif : la perception locale. Les élus en conviennent, les contraintes liées à la protection sont souvent les plus visibles. “Les gens regardent d’abord les contraintes. Ils risquent de les associer au Grand Site. Il faut beaucoup de pédagogie”, souligne Michel Fratissier, maire de Ganges et président des Cévennes Gangeoises et Suménoises.
Sans compréhension et sans appropriation par les habitants, la stratégie peut se heurter à des incompréhensions durables. “Si la population n’est pas intégrée dans la réflexion, ça ne fonctionnera pas”, avertit Alain Barbe, président du Grand Pic Saint-Loup.
Le tourisme est défendu par tous les acteurs présents comme une opportunité à organiser plutôt qu’un phénomène à subir. Mais au-delà des labels, c’est bien une responsabilité collective qui est posée : celle d’un territoire qui doit réguler son attractivité pour préserver son habitabilité. “Ce que nous faisons là est de l’ordre du devoir : transmettre mieux que ce que nous avons reçu”, résume le sous-préfet de l’Hérault, Éric Suzanne.







