François d’Orcival : Le journal d’un bagarreur

Nicolas Sarkozy m’a adressé une lettre, quai de Conti, au siège de l’Académie des sciences morales et politiques, alors qu’il était encore détenu sous le numéro d’écrou 320535 dans sa cellule de la prison de la Santé. Un numéro qu’il avait reçu quatre jours après avoir rencontré le président de la République… Il répondait à l’éditorial que j’avais publié ici même, le 29 octobre, sous le titre « Attendre et espérer », emprunté à l’auteur du Comte de Monte-Cristo.

Il y exprimait des mots d’une émotion rare dont je détache ceux-ci : « Votre texte, empreint d’humanité et de culture, a su mettre en lumière ce que portent en eux les deux verbes “attendre et espérer” si justement puisés chez Alexandre Dumas, et dont l’esprit m’accompagne chaque jour. Vous avez su, par vos mots, relier une épreuve personnelle à une perspective universelle, rappelant le destin d’Edmond Dantès et la force de la littérature à nous offrir des ressources dans les moments les plus difficiles. J’ai été profondément touché par cette attention, tout comme par votre capacité à transmettre à vos lecteurs la portée humaine de l’épreuve qui est la mienne aujourd’hui… »

​Nicolas Sarkozy vit entouré de manuscrits

Il y ajoutait, à la main : « Merci du fond du cœur. » Cette lettre, nos lecteurs me pardonneront de le dire, je l’ai fait encadrer pour qu’elle emporte avec elle une part d’éternité. Car je me rappelais avoir découvert dans le livre que Nicolas Sarkozy avait publié il y a quatre ans chez Herscher, intitulé Promenades – à travers les grands classiques de la littérature, de la peinture, du cinéma et de la sculpture, de la musique et du cinéma -, qu’il vivait entouré de manuscrits « de femmes et d’hommes dont les noms sont toujours évocateurs de vies exceptionnelles ».

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Il confiait même qu’il les avait fait encadrer avant de les accrocher aux murs de son domicile. « J’ai ainsi l’impression d’avoir peuplé ma maison de personnalités familières et exceptionnelles que sont Dumas, Maupassant, Zweig, Napoléon, Camus et tant d’autres. » Il poursuivait en écrivant : « Je ne suis pas nostalgique par nature mais je continue à croire dans l’importance de l’écriture et du papier que rien ne pourra remplacer. Je me désole de cette société du jetable, du périssable, du virtuel. »

​Personne ne le savait : il s’est rendu à Lourdes

Nanti de ce bagage, je suis allé le voir dans son bureau pour le remercier de cet échange. Et le poursuivre, à la veille de la sortie en librairie de son témoignage, le Journal d’un prisonnier (Fayard). Il l’a écrit dans sa cellule, à la main comme il le fait toujours ou presque parce que c’est ce qu’il préfère. Et s’il écrit, c’est pour être lu et non pour être invité à une émission de télévision. Trois semaines d’incarcération, un récit de soi-même. « Je suis un bagarreur, écrit-il. Je ne peux le cacher. Je ne garde rien, ou pas grand-chose, par-devers moi. » Il dit aussi : « J’avais gravi un à un les échelons de la vie sociale tout au long de mon existence. Je venais de redescendre d’un seul coup de dix étages. »

Ce livre, il l’adresse au public des siens. Pour qu’ils sachent et qu’ils comprennent. Trois jours après avoir quitté la prison de la Santé, il est parti avec son épouse et un fidèle des fidèles pour Lourdes. Personne ne le savait. Il s’est rendu à la grotte, à la piscine, à la basilique. Il a accordé des centaines de selfies, a été photographié autant de fois, à deux, à trois, à quatre… Rien n’a filtré ! Les cameramen n’étaient pas là. Il était heureux. Un signe du ciel ? Sans doute. « Non que je sois un pratiquant régulier, encore moins un chrétien exemplaire. Puisque je devais porter une croix, je devais le faire en m’élevant spirituellement. »

Et c’est cela dont il parle avec bonheur. « Je n’en ai fait la confidence à personne, mais j’ai pensé à ce moment précis de ma vie que la prière pouvait être d’un précieux secours. » Il avait emporté dans sa cellule la biographie de Jésus écrite par Jean-Christian Petitfils, qui lui a confié avoir consacré trente ans de sa vie d’écrivain à cet ouvrage. Chez Nicolas Sarkozy, cette remarque, cette vision, on la retrouve aussi dans ses conversations avec l’aumônier de la Santé. On a oublié le président de la République et les élections.

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