Il aura fallu le regard d’un pays extérieur à notre civilisation pour briser l’omerta. Il y a quelques jours, les Émirats arabes unis ont décidé de restreindre l’accès de leurs étudiants aux universités britanniques, invoquant un risque de radicalisation islamiste sur certains campus.
La mesure est lourde : réduction des financements publics, limitation des inscriptions, transfert de la responsabilité financière aux familles. Un signal rare, grave, et profondément révélateur.
Car les Émirats ne sont ni un État marginal, ni un acteur hostile à l’Occident. Ils sont un partenaire stratégique, engagé dans la lutte contre l’islamisme politique, et dont les élites ont longtemps regardé vers le continent européen.
Lorsqu’un tel pays juge nos universités trop dangereuses pour sa propre jeunesse, la question n’est plus idéologique : elle devient civilisationnelle.
Ce qui rend cette alerte encore plus troublante, c’est son calendrier. Quelques semaines à peine avant cette décision émirienne, le Royaume-Uni annonçait son retour dans le programme Erasmus.
La réaction des Émirats agit donc comme un révélateur brutal d’une impuissance
Présentée comme une victoire pour la jeunesse, cette réintégration s’est faite sans le moindre débat sur l’état réel des universités britanniques, ni sur les dérives idéologiques que nos partenaires jugent désormais incompatibles avec la sécurité intellectuelle de leurs étudiants.
Le paradoxe est saisissant. D’un côté, des États du Golfe, souvent caricaturés, prennent des mesures de protection face à l’influence des Frères musulmans.
De l’autre, des universités occidentales, autrefois modèles d’exigence académique, s’enferment dans le relativisme, la complaisance et parfois l’aveuglement idéologique. Ce que Londres et Bruxelles tolèrent, Abou Dhabi l’interdit.
Il ne s’agit pas ici d’un fantasme. Les inquiétudes sur la pénétration de l’islamisme politique dans certains campus britanniques sont documentées depuis des années : conférences ambiguës, associations étudiantes complaisantes, réseaux idéologiques actifs sous couvert d’antiracisme ou de militantisme « décolonial ».
Les autorités britanniques ont souvent reconnu le problème… sans jamais le combattre. La réaction des Émirats agit donc comme un révélateur brutal de cette impuissance.
Quand Erasmus finance des universités islamistes
Mais le malaise ne s’arrête pas aux frontières du Royaume-Uni. Il touche directement Erasmus lui-même. Car le programme européen ne se contente pas d’ignorer certaines dérives : il les finance. Ces derniers mois, la presse a révélé que des fonds Erasmus+ avaient bénéficié à des universités entretenant des liens avérés avec l’islamisme.
En Turquie, l’université de Gaziantep a ainsi reçu des financements européens, alors même que son recteur rendait publiquement hommage à Ismaël Haniyeh, chef du Hamas, organisation classée terroriste par l’Union européenne.
Appels antisémites, participation à des manifestations pro-Hamas, glorification des attaques du 7 octobre : autant de faits documentés, incompatibles avec les valeurs que Bruxelles prétend défendre.
Plus grave encore, lorsqu’un scandale éclate, la réaction de la Commission européenne illustre une inquiétante confusion des rôles. Des enquêtes sont confiées à des organismes nationaux ou à des autorités dont les responsables entretiennent des liens idéologiques ou institutionnels avec les universités mises en cause.
Autrement dit, l’Europe demande parfois aux bénéficiaires des fonds de juger eux-mêmes de leur conformité aux valeurs européennes. Le soupçon de complaisance devient structurel.
Ce qui est puni, ce n’est pas l’islamisme ou la haine de l’Occident, mais le non-alignement aux politiques d’Ursula von der Leyen
Dans ce contexte, la réintégration des universités britanniques dans Erasmus prend une autre signification. Erasmus n’est pas un simple outil technique de mobilité étudiante. C’était un label, un sceau de respectabilité académique et moral.
Y participer, c’était être reconnu comme compatible avec un certain idéal universitaire européen, avec les « valeurs européennes ». Or aujourd’hui, ce label est accordé sans exigence réelle, sans audit déontologique sérieux, sans garde-fous clairs.
Le contraste est d’autant plus frappant que, dans le même temps, les universités hongroises sont sanctionnées, mises à l’écart ou privées de financements pour des raisons essentiellement politiques.
Le message implicite est limpide : ce qui est puni, ce n’est pas l’islamisme ou la haine de l’Occident, mais le non-alignement aux politiques d’Ursula von der Leyen. Ce qui est toléré et encouragé, ce n’est pas la neutralité et l’exigence académique, mais le conformisme militant.
Erasmus est ainsi devenu un amplificateur. En finançant des partenariats, des mobilités et des projets de recherche sans contrôle rigoureux, le programme diffuse à l’échelle européenne un modèle universitaire fragilisé.
Ce qui se passe à Londres, à Gaziantep ou ailleurs ne reste pas localisé : cela irrigue l’ensemble de l’espace académique européen, sous couvert d’ouverture et de diversité.
L’ouverture n’est pas une abdication. L’échange n’implique pas la naïveté
L’alerte émirienne agit donc comme un test de lucidité pour l’Europe. Si même des États musulmans estiment que certaines universités occidentales sont devenues perméables à l’islamisme politique, il devient irresponsable de continuer à faire comme si le problème n’existait pas. L’ouverture n’est pas une abdication. L’échange n’implique pas la naïveté.
Erasmus fut conçu comme un pont entre Européens, fondé sur une confiance partagée dans la mission de l’université : transmettre, former, élever. Il ne peut survivre s’il devient un mécanisme automatique, aveugle aux dérives qu’il finance indirectement.
Conditionner ce programme au respect réel de la neutralité académique, exiger une lutte claire contre l’islamisme politique sur les campus, refuser le déni confortable : voilà le minimum.
Quand l’Europe refuse de regarder ce qui se passe dans ses universités, d’autres le font à sa place. Et leur verdict, aujourd’hui, est sans appel.
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