
À l’occasion de la présentation de son rapport annuel le jeudi 20 novembre à la Mosson, le Secours catholique met en lumière trente ans d'augmentation de la pauvreté en France. Témoignages héraultais à l’appui, l'association décrit une précarité qui touche surtout les travailleurs pauvres, les mères isolées, les seniors ou les personnes étrangères sans droits.
“Quand mon mari est décédé, je ne touchais que 400 euros de chômage par mois. Le Secours catholique m’a sauvée : il m’a payé le loyer, certaines factures d’électricité... Je n’oublierai jamais.” Les larmes dans les yeux, Louisa, Française d’origine algérienne habillée d’un pull rose, raconte son parcours qui l’a menée à la précarité.
La mère de trois enfants a pris la parole à l’occasion de la présentation publique du rapport annuel sur la pauvreté du Secours catholique, qui s’est déroulée le jeudi 20 novembre dans les locaux de l’église Saint-Paul à la Mosson.
“En 30 ans, le regard sur la pauvreté a changé”
Un rapport qui revient sur 30 ans de regard sur la pauvreté en France. L’association caritative s’est attaquée à une rétrospective statistique à partir de l’analyse de la situation de plus de 2,7 millions de ménages accueillis entre 1994 et 2024 dans l’Hexagone.
“En 30 ans, le regard sur la pauvreté a changé”, regrette Jean-Marie Brugeron, président du Secours catholique dans l’Hérault. “En 1994, les pauvres étaient perçus comme des personnes délaissées envers lesquelles la société avait une dette sociale. Aujourd’hui, ils sont stigmatisés et perçus comme responsables de leur situation”, précise -t-il. “On est passé d’une situation d’empathie envers les pauvres à une situation de méfiance.”
Une pauvreté en augmentation
Selon l’Insee, le taux de pauvreté est de 15,4%. Cela signifie qu’elle touche 9,8 millions de personnes, soit une augmentation de 650 000 personnes pauvres en un an. Une statistique qui inquiète Jean-Marie Brugeron qui explique avec le revenu média des personnes accompagnées par le Secours catholique est passé de 658 euros en 2014 à 565 euros en 2025.
Des personnes qui tombent parfois dans la pauvreté à cause d’un manque d’accès aux droits par méconnaissance des dispositifs, complexité des démarches, dématérialisation, délais de traitement... Ainsi, le taux de non-recours au RSA en 2024 touche 38% des ménages éligibles français, soit 10 points de plus par rapport à 2015.
“95% des ménages accueillis vivent sous le seuil de pauvreté (+ 3 points depuis 2017) et 74% sont sous le seuil d’extrême pauvreté (+ 11 points entre 2017 et 2023)”, ajoute le président de l’association qui insiste sur le fait qu’”on ne choisit pas la pauvreté”.
Travailleurs pauvres
Le nouveau visage de cette pauvreté, ce sont les travailleurs pauvres. C’est le cas d’Alexandre, 34 ans, venu partager son histoire. Quand il a quitté Paris pour Ganges, il a cherché un CDI sans succès. Il cumule alors les missions d’intérim. “Les factures tombaient en plus des frais. Les dépenses étaient plus élevées que ce que le boulot rapportait”, se souvient-il. “J’étais isolé socialement, je n’avais personne à qui me confier sur mes difficultés.” Il s’est finalement engagé bénévolement au Secours catholique pour animer des ateliers d’informatique, une manière de rebondir et de sortir de l’isolement.
En 2024, le taux d’emplois des adultes rencontrés par le Secours catholique est de 15,5% dans l’Hérault (18% au niveau national). Et les trois quarts de ces personnes occupent un emploi précaire à temps partiel, en intérim, saisonniers ou sont autoentrepreneurs. Mais 17% des personnes rencontrées en 2024 dans l’Hérault sont en CDI, contre 5% en 2000.
“C’est aussi nouveau. Avant, on ne rencontrait pas des personnes en CDI, elles ne venaient pas au Secours catholique. Maintenant, certaines dorment dans leur voiture et n’arrivent pas à payer leurs factures”, souligne Anne-Sophie Lauray, déléguée départementale de l’association.
Augmentation des ménages étrangers
En 2024, 52,7% des adultes accueillis par le Secours catholique étaient de nationalité étrangère, contre 20% en 1994. “Une progression sans lien avec la hausse de la part des étrangers en France qui est passée de 6 à 8%”, précise Anne-Sophie Lauray qui explique que cette hausse est plutôt liée au fait qu’il est de plus en plus compliqué d’être régularisé. Un tiers seulement a un titre de séjour en 2024, contre deux tiers en 1999. “Les personnes empêchées de travailler sont contraintes de se rapprocher du Secours catholique pour survivre”.
C’est ce qu’a fait Massendji, Ivoirienne qui a quitté son pays en 2015 à l’âge de 25 ans pour fuir un mariage forcé. Après avoir traversé le Burkina, le Niger et la Libye, elle est passée en Italie puis en France. À Paris, elle multiplie les galères, dort dans la rue et va de foyer d’urgence en foyer d’urgence. “J'ai travaillé à l’hôtel ou comme aide à domicile, je suis même passée par la prostitution...”. Sa première demande d’asile a été rejetée, ainsi que le recours qu’elle avait déposé. Elle reçoit alors une obligation de quitter le territoire français (OQTF) en 2020. Depuis Montpellier, accompagnée par le Secours catholique, elle a refait une demande d’asile. Sans papiers en attendant, elle a réussi à être mise à l’abri avec son fils de 6 ans. “Maintenant, je veux juste avoir des papiers et travailler auprès des personnes âgées.”
Mères isolées, seniors, ruraux
Ce qui ressort du rapport, c’est aussi la précarité des mères isolées, qui représentent 27% des personnes accompagnées dans l’Hérault, et qui sont pour les trois quarts en situation d’extrême pauvreté.
Le rapport note aussi un retour progressif de la pauvreté des seniors : la part des plus de 60 ans a plus que doublé en trois ans, passant de 3% en 1994 à 7% en 2024 au niveau national, 7,4% dans l’Hérault.
La pauvreté rurale gagne aussi du terrain avec 1/6 des ménages qui vit en zone rurale en 2024 contre 1/8 en 1994. Ce qui a provoqué une augmentation de la demande d’aide alimentaire dans le rural, passée de 31 à 49% entre 2002 et 2024.








