
Lors de sa conférence annuelle, au Cinéma du Panthéon, la Fédération nationale des éditeurs de films a dressé le bilan d’une année contrastée, et formulé sa feuille de route pour les mois et années à venir.
C’est « un rendez-vous désormais bien installé dans l’agenda professionnel », s’est félicité en introduction Victor Hadida, président de la FNEF, et par ailleurs président de Metropolitan Filmexport. Cette conférence annuelle est une occasion de mettre en avant le travail de tous les éditeurs-distributeurs membres de « ce syndicat au sens le plus complet du terme, qui défend les intérêts de ses adhérents auprès des pouvoirs publics et en justice [et par ailleurs le seul reconnu représentatif des employeurs du secteur, ndlr.] ».

Il s’agit également d’une occasion privilégiée pour rappeler en quoi consiste ce métier, qui intervient souvent en premier dans la production d’un film, « puisque c’est généralement l’engagement d’un distributeur qui déclenche et valide tous les autres financements ». Par cet engagement financier, se complétant par des investissements en aval du tournage d’une œuvre, l’éditeur est « l’intervenant qui prend le plus de risques, et expose son capital pour absorber les échecs récurrents d’une économie de prototypes ». Un constat partagé par le président du CNC, Gaëtan Bruel, qui a également reconnu que la distribution « est, parfois, un maillon dont on parle moins que les autres ». La réforme des aides à la distribution annoncée l’an dernier était ainsi « la toute première [qu’il a] souhaité engager à [son] arrivée au CNC » et a apporté, entre autres, un renforcement budgétaire de 5 millions d’euros permettant notamment le déplafonnement du soutien automatique.
Cette réforme était souhaitée de longue date par la FNEF et son président qui, désormais, affichent cinq nouvelles priorités :
- Intégrer les frais d’édition dans l’analyse du coût total d’un film et modifier le décret des Services et médias audiovisuels à la demande (SMAD) afin de prendre en compte, dans les obligations des diffuseurs, le soutien apporté à la distribution des œuvres dans lesquelles les plateformes ont investi ;
- Partager la data des salles de manière transparente pour mieux réagir en temps réel face au comportement des spectateurs ;
- Développer d’autres sources de revenus et de financement, « voire de soutiens », que la salle, qui « ne suffit pas pour l’équilibre du modèle économique du distributeur » – seulement 43 % des revenus des entreprises candidates à l’aide des entreprises du CNC sont générés par l’exploitation en salle – ;
- Continuer la lutte contre le piratage ;
- Mentionner la distribution dans le règlement européen Agora EU, qui prendra bientôt la suite du programme Média.

Valoriser la data
Les intervenants suivants ont posé leur analyse des chiffres pour mieux comprendre un marché en perpétuelle mutation, et où la bataille de l’attention fait rage. Éric Marti a tenu à rappeler que, si la fréquentation de 2025 n’était pas bonne, elle n’était pas mauvaise pour autant. Le marché a surtout souffert d’un manque de films porteurs, mais « il n’y a pas de désaffection des salles » [voir le Boxoffice Pro du 7 janvier 2026]. En message d’espoir, le directeur général de Comscore France a notamment mis en lumière que, pour atteindre les 200 millions d’entrées annuelles, il suffirait que chaque catégorie de spectateurs – assidus, réguliers et occasionnels – aille légèrement plus au cinéma par an : une séance supplémentaire pour les assidus, et une demie pour les réguliers et occasionnels. Ainsi, en se basant sur les chiffres de 2024 – où les assidus sont allés 31,8 fois au cinéma dans l’année contre 8,2 pour les réguliers et 1,8 pour les occasionnels –, la fréquentation gagnerait près de 22 millions d’entrées, et atteindrait les 203,1 millions.
« En tant qu’éditeurs, nos campagnes à l’ancienne ne fonctionnent plus. »
Christophe Courtois, directeur de la distribution de SND
Un enjeu de fidélisation, donc, qui passe avant tout par la mise en lumière des œuvres. Mais pour ce faire, l’identification des sorties est primordiale, face à une grande quantité d’images concurrentes. En témoigne l’émergence en Chine des micro dramas, des créations sérielles de quelques minutes au format vertical, visionnées sur smartphone, qui ont généré 5,3 milliards de dollars de chiffre d’affaires en 2023, soit 70 % des revenus du cinéma. Une tendance qui « va évidemment arriver en Europe », selon Christophe Courtois. Le directeur de la distribution de SND a appelé à « arrêter de se comparer à une époque sans plateformes », et à s’intéresser au fonctionnement des algorithmes qui « ne regardent pas les critiques ou le budget d’un film, mais sélectionnent ce qui se propage : en tant qu’éditeurs, nos campagnes à l’ancienne ne fonctionnent plus ». De nouveaux moyens doivent être mis en œuvre pour contribuer à la notoriété d’un film : d’après les chiffres de l’institut Vertigo Research, en 2025, un film français est connu de 9,9 % des spectateurs interrogés, contre 19,9 % pour un film américain. « Le risque est que l’on devienne invisible dans cet environnement », alerte Christophe Courtois. Il s’agit, par exemple, de mettre davantage en avant la promesse d’une expérience nouvelle, comme relevé par Sylvain Bethenod, PDG de Vertigo Research : « L’offre reste primordiale, mais le spectateur est à la recherche d’autre chose, d’une fuite de son domicile, de son lieu où il va regarder du contenu sur son téléphone, son ordinateur ou sa télévision. »

Mais changer de manière de communiquer implique nécessairement des risques financiers supplémentaires pour les distributeurs, qui ont vu certaines de leurs dépenses exploser depuis 2020 et malgré la fin des VPF – Virtual Print Fees. Ariane Toscan du Plantier (directrice de la distribution cinéma France & internationale de Gaumont) et Thierry Lacaze (directeur général adjoint en charge de la distribution France de Studiocanal) ont notamment souligné que les éditeurs « ne dépensent pas moins, mais différemment », en témoignent l’augmentation des frais de tournée, de marketing ou d’études. De même, Laurence Gachet (présidente de Paname), Vladimir Kokh (directeur de KMBO) et Mathieu Robinet (fondateur de Tandem) ont montré que certains récents premiers films de leurs structures se sont faits au prix de nombreux risques. Avant de conclure que, « s’il existe aujourd’hui une vitalité dans le tissu de réalisateurs, il n’en existe pas au sein des distributeurs. Notre métier appelle à une réflexion, pour savoir comment faire émerger des jeunes structures ».
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