
Les dernières auditions, celles de Patrick Cohen et de Thomas Legrand, remontent au 18 décembre. Au grand jeu du chasse-neige médiatique, la commission d’enquête sur l’audiovisuel public a résisté. Mieux : elle n’a jamais réellement quitté les débats. Invitée parfois à la table des discussions de Noël, la commission a continué d’alimenter les conversations, tandis que les questions de Charles Alloncle devenaient incontournables sur les réseaux sociaux.
Phénomène rarement observé : des extraits d’auditions ont été massivement repris et repartagés, parfois plusieurs semaines après leur diffusion. Le rapporteur UDR, député de la neuvième circonscription de l’Hérault, s’est ainsi forgé une notoriété qui lui vaut l’estime de la droite et l’acrimonie d’une large partie de la gauche.
Du divertissement aux sports, le point sur la stratégie de France Télévisions
C’est peu dire que la réouverture des auditions, après un mois de suspension et de nombreuses polémiques, est attendue. Cette troisième semaine de janvier sera consacrée à des auditions certes assez techniques, mais loin d’être dénuées d’intérêt.
Ce lundi 19 janvier, les représentants syndicaux des producteurs et distributeurs ouvriront la séquence. Mardi 20 janvier, Mesdames Françoise Benhamou, présidente du comité d’éthique de Radio France, et Emmanuelle Daviet, médiatrice de Radio France, seront entendues. Mercredi 21 janvier, l’association Reporters sans frontières (RSF) sera reçue.
Jeudi 22 janvier, la commission délaissera momentanément les questions d’information pour s’intéresser à la politique de divertissement du service public. Seront auditionnés Alexandra Redde-Amiel, directrice des divertissements et des jeux à France Télévisions, ainsi que Laurent-Eric Le Lay, directeur des sports.
Plus tard dans la journée, les représentants syndicaux de France Télévisions prendront la parole. Mardi 27 janvier, ce sera au tour, pêle-mêle, des directeurs du cinéma, des fictions internationales, des magazines et des documentaires du groupe.
À la lecture de ce programme, force est de constater que l’on est loin d’une « commission spectacle » destinée à faire la une à tout prix. Réuni le 6 janvier dernier, le bureau de la commission a acté la poursuite des travaux, malgré les tensions apparues entre le rapporteur et les groupes de gauche, qui lui reprochent une approche jugée trop inflexible et des méthodes de communication contestées. La présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, y avait été de sa mise en garde.
Les visages de l’information face aux questions
Le président de la commission, Jérémie Patrier-Leitus (Horizons), a notamment fait adopter de nouvelles règles, parmi lesquelles la fin des « livetweets » (sic). Jusqu’alors, les assistants parlementaires de Charles Alloncle – et non le député lui-même – publiaient en direct sur les réseaux sociaux des extraits des auditions. Aussi absurde que cela puisse paraître, cette pratique est désormais interdite, alors même que les auditions sont retransmises en direct sur la chaîne LCP. Peu importe : nul doute que les internautes prendront le relais.
Les auditions prévues pour la dernière semaine de janvier devraient s’avérer particulièrement intéressantes, puisqu’elles porteront sur la fabrique de l’information à France Télévisions. Le mercredi 28 janvier, le directeur de l’information du groupe, Alexandre Kara, sera présent, aux côtés notamment de Romain Messy, directeur de la rédaction de France Info TV, et de l’éditorialiste Nathalie Saint-Cricq.
Lundi 2 février, ce seront les visages de l’antenne qui seront auditionnés : de Léa Salamé à Laurent Delahousse, en passant par l’éditorialiste Gilles Bornstein. À noter qu’à 16 h 30 ce même jour, les responsables de la plateforme dite, en bon français, « france tv slash » seront entendus. Cette offre, censée s’adresser aux jeunes, donne régulièrement lieu à des exemples révélant une dérive vers la médiocrité du wokisme.
Ainsi, les « boomers » (sic) y ont été présentés comme des « responsables du déclin écologique » dans une émission, tandis que, dans une autre, était évoqué le regret que « les garçons et hommes trans qui ont un utérus ne sont pas vraiment inclus dans les textes », à propos de l’IVG. Liste non exhaustive. Charles Alloncle a déjà interrogé Delphine Ernotte-Cunci sur ces dérives, sans obtenir de réponses jugées claires de la part de la PDG de France Télévisions.
Rachida Dati et d’anciens ministres de la Culture
Le 3 février, les représentants des sociétés de journalistes de France Télévisions seront reçus. Le 4 février, la commission auditionnera d’anciens ministres de la Culture et d’anciens parlementaires ayant travaillé sur les questions d’audiovisuel public. Ce même jour, Rachida Dati, actuelle ministre de la Culture ; appelée à quitter prochainement la rue de Valois pour se lancer dans la campagne municipale parisienne, sera entendue.
Dans la même après-midi, Laurence Bloch, ancienne directrice emblématique de France Inter, sera à son tour auditionnée. Elle a été chargée par Rachida Dati de rédiger un rapport sur la fusion éventuelle de France Télévisions et de Radio France.
La question Patrick Sébastien
La suite du programme sera communiquée ultérieurement, la commission pouvant prolonger ses travaux jusqu’au printemps. L’audition de l’animateur Nagui est notamment attendue. En décembre, Charles Alloncle avait affirmé, au micro de l’émission en ligne « Les Incorrectibles », que l’animateur de « N’oubliez pas les paroles » serait « la personne qui s’est la plus enrichie sur les dix dernières années sur l’argent public en France ».
En réponse, l’animateur lui a proposé, dans un long message publié sur Instagram, de le « retrouver au tribunal ». « Lunaire », a répliqué le député. Espérons que son audition, qui devrait bien avoir lieu puisque la commission prévoit d’entendre les animateurs-producteurs dont Nagui est une figure emblématique, permettra d’éclaircir la situation.
Grand absent de ce programme : Patrick Sébastien. L’ancien animateur vedette avait pourtant annoncé sur CNews son souhait d’être auditionné, estimant avoir « beaucoup de choses à dire ». Une hypothèse écartée par le président de la commission, Jérémie Patrier-Leitus, malgré la volonté de Charles Alloncle. « J’ai dit que je ne souhaitais pas que cette commission se transforme en “Plus Grand Cabaret du Monde.” » Le mot d’esprit est facile.
L’article Léa Salamé, Laurent Delahousse, Rachida Dati : Commission sur l’audiovisuel public, ce que réservent les prochaines auditions est apparu en premier sur Valeurs actuelles.







