
Des manifestants ont peint des “Trump Street” sur des avenues de Téhéran où ils défilent par dizaines de milliers et même par centaines de milliers, hachés jusqu’à ces jours-ci par des forces de police tirant à balles réelles. Si son nom est badigeonné dans les villes iraniennes, c’est parce que Donald Trump vient d’écrire dans son réseau Truth Social, en parlant des milices de la théocratie iranienne : « S’ils commencent à tuer des personnes, alors nous frapperons très, très fort, là où ça fait mal. »
Il a présenté ses vœux dans la même veine : « Vingt ans de communisme au Venezuela, cinquante ans de mollahs iraniens, près de soixante-dix ans de castrisme à Cuba, tout ça doit être nettoyé en 2026. » Le Venezuela, c’est en cours, Cuba, à préparer ; l’Iran reste à confirmer.
À la suite du raid, les mollahs iraniens avaient poussé de grands cris
Le 21 juin dernier, c’était déjà sur ordre de Donald Trump que sept bombardiers furtifs B-2 avaient décollé du Missouri, pour un vol de dix-sept heures, vers trois implantations nucléaires iraniennes, situées au sud de Téhéran. Ces avions transportaient chacun deux bombes de 13 tonnes pour détruire des installations enterrées à plusieurs dizaines de mètres de profondeur. Des bombardiers dont Trump était si fier qu’il leur faisait exécuter un défilé aérien en accueillant Poutine, en Alaska, au mois d’août suivant.
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À la suite du raid, les mollahs iraniens avaient poussé de grands cris et menacé les États-Unis de représailles, mais aussi Israël, qui les attaquait méthodiquement depuis huit jours. Ces grands cris allaient cependant rester sans autre effet que de masquer bientôt la quasi totale interruption des vagues de missiles et de drones armés que l’Iran lançait régulièrement contre Israël, ainsi que l’alimentation en armes et explosifs de toute nature à laquelle Téhéran procédait jusque-là au profit des organisations terroristes du Hamas et du Hezbollah.
Le “modèle vénézuélien”, autrement dit la disparition soudaine de la direction iranienne, peut-il être appliqué à Téhéran ?
Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, s’était précipité à Moscou pour y rencontrer Vladimir Poutine. Mais que pouvait faire le Russe ? Lui retourner de bonnes paroles. Tandis que Donald Trump, de son côté, se félicitait du résultat obtenu en prévoyant déjà d’aller plus loin. « Il n’est pas politiquement correct d’utiliser le terme de changement de régime , disait-il, mais si le régime iranien actuel est incapable de rendre l’Iran grand et nouveau, pourquoi n’y aurait-il pas de changement de régime ? » La population iranienne n’aura pas eu besoin de grille d’explications. Si quelqu’un pouvait venir vraiment à son secours, ce ne pouvait être que l’Américain.
Qui proclame : « L’Iran veut sa liberté, et peut-être comme il ne l’a jamais eue. Les États-Unis se tiennent prêts à l’aider. » A-t-on entendu un seul des vingt-sept dirigeants européens dire la même chose, avec les moyens d’être cru ? Pas seulement les Européens ; a-t-on seulement lu ou entendu, jusqu’à ces jours-ci, la moindre déclaration du secrétaire général des Nations unies, António Guterres, au sujet du soulèvement populaire qui s’est mis en marche en Iran depuis plusieurs semaines contre Ali Khamenei et ses mollahs ? Le même s’est en revanche ému publiquement de la situation créée par Donald Trump au Venezuela, où l’on n’a pourtant pas relevé la moindre manifestation depuis la capture par les Américains de son président, Nicolás Maduro, et de sa femme…
Le “modèle vénézuélien”, autrement dit la disparition soudaine de la direction iranienne, peut-il être appliqué à Téhéran ? Et la République théocratique des ayatollahs touche-t-elle à sa fin après quarante-sept ans de coercition ? En 1979, quand l’imam Khomeini s’était emparé du pouvoir, il y avait eu cinq mois de manifestations incessantes pour épuiser les capacités de résistance de la monarchie iranienne. Celle-ci ne comptait alors, depuis son installation en décembre 1925, que deux souverains de la dynastie des Pahlavi. Ceux-ci venaient d’occuper le pouvoir durant cinquante-trois ans. Le fils du dernier chah et de la princesse Farah Diba, Reza Pahlavi, qui s’affirme aujourd’hui prince héritier de la couronne, se dit prêt à assumer sa charge. Il n’espère qu’un adoubement, celui de Donald Trump.
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