
Jusqu’à 80 % des médecins et cabinets médicaux de l’Hérault sont en grève ce lundi 5 janvier, selon Jean-Christophe Calmes, médecin à Frontignan et responsable syndical. Les praticiens libéraux entament un mouvement national de dix jours pour dénoncer la nouvelle loi de financement de la Sécurité sociale, jugée contraignante et dangereuse pour la pratique médicale et la prise en charge des patients.
"Entre 60 et 80 % des médecins et des cabinets du département sont en grève le lundi 5 janvier", affirme Jean-Christophe Calmes, médecin généraliste à Frontignan, élu au syndicat MG France et président de l’Union régionale des professionnels de santé (URPS) d’Occitanie. Lui-même a fermé son cabinet pour la première journée de ce mouvement de grève qui va durer du 5 au 15 janvier afin de protester contre plusieurs dispositions de la nouvelle loi de financement de la Sécurité sociale.
Les cliniques privées sont également fortement impactées. "Cette semaine, elles gèrent les patients déjà hospitalisés, mais elles ne prennent plus d’urgences. Les consultations et les blocs opératoires déjà programmés sont maintenus, mais aucune nouvelle prise en charge n’est ajoutée pour permettre une fermeture quasi totale la semaine prochaine", explique Benoît Hatton, médecin généraliste à Fabrègues dont le cabinet est fermé à 100 % jusqu’au 15 janvier.
Une loi jugée « contraignante et comptable »
Au cœur des revendications figure la loi de financement de la Sécurité sociale, accusée d’instaurer un "management vertical" et des mesures "contraignantes pour les médecins comme pour les patients". Les praticiens dénoncent notamment la "mise sous objectif", un dispositif prévoyant des pénalités financières pour les professionnels dont les volumes de prescriptions ou d’actes s’écarteraient des moyennes nationales.
"Si je prescris trop d’arrêts de travail, de séances de kiné, d’antibiotiques ou de transports sanitaires, je risque d’être sanctionné. C’est une logique comptable qui s’oppose à une logique de soins", s’inquiète Jean-Christophe Calmes. Le médecin se dit favorable aux contrôles, "à condition qu’ils se fassent dans le dialogue et non uniquement sur la base de chiffres".
"La Sécurité sociale connaît au centime près ce que nous prescrivons, et c’est normal. Mais des contrôles purement statistiques, sans discussion avec le praticien, ça n’a aucun sens", déplore Benoit Hatton.
“Une alerte démocratique”
Les médecins libéraux réclament également une "revalorisation juste des tarifs des actes médicaux et techniques". "Les tarifs sont négociés dans le cadre conventionnel entre les syndicats et l’Assurance maladie. Avec cette loi, la Sécurité sociale pourrait décider de baisser la valeur d’un acte jugé trop prescrit. C’est une rupture totale du contrat conventionnel, et c’est inacceptable", estime le Dr Calmes.
"Nous lançons une alerte démocratique : on ne pilote pas la santé par la peur et la sanction, mais par le dialogue", martèle-t-il.
Un métier "de moins en moins attractif"
Les médecins se mobilisent aussi contre le dossier médical partagé (DMP). "L’idée de centralisation n’est pas mauvaise, mais l’outil est très mal conçu, avec une ergonomie dépassée. Ça ne fonctionne pas toujours, ce qui pose un vrai problème de sécurité des données", critique Benoit Hatton. Il dénonce également la volonté de contraindre les médecins à son utilisation par des amendes pouvant atteindre 10 000 euros par an, un projet voté par les députés mais finalement retoqué par le Conseil constitutionnel.
Autre sujet d’inquiétude : la liberté d’installation. "Ce n’est pas encore voté, mais beaucoup de députés en ont fait un cheval de bataille. On sent que ça finira par passer", redoute le médecin. "À force, le métier devient de moins en moins attractif."
"Prescrire la peur au ventre"
"Le vrai problème, c’est la dégradation des conditions de travail. Malmener un médecin, c’est malmener les patients", alerte Benoît Hatton. "Ce qui m’inquiète, c’est de devoir prescrire la peur au ventre."
Une manifestation nationale est prévue à Paris le 10 janvier. "C’est peut-être la manifestation de la dernière chance", estime le médecin héraultais qui fera le déplacement jusqu'à la capitale.








