
Vendredi 16 octobre, la halle olympique d’Albertville a servi de décor à deux séquences que tout oppose. Le matin, Philippe Tabarot et Marina Ferrari paraphaient avec Fabrice Pannekoucke un protocole de 300 millions d’euros pour les transports des Jeux, puis installaient le Comité des mobilités (COMOB). Le mardi suivant, à l’Assemblée nationale, le député Maxime Michelet chiffrait publiquement le prix d’une autre séquence : celle des départs qui ont secoué la gouvernance du Cojop.
Le protocole est financé à parité : 150 millions d’euros de l’État, 150 millions de la Région Auvergne-Rhône-Alpes. Trois enveloppes, dimensionnées à hauteur de l’enjeu annoncé — deux millions de visiteurs français et étrangers attendus, plus les athlètes à acheminer vers les sites.
300 millions pour tenir la promesse des déplacements
Le ferroviaire capte 103 millions d’euros. Deux chantiers structurent cette ligne : la régénération de la ligne Grenoble – Veynes, et la mise en accessibilité des gares d’Albertville, Bourg-Saint-Maurice, Aime-La-Plagne et Montmélian. Sur la ligne des Alpes, SNCF Réseau porte de son côté un programme de renouvellement d’environ 50 kilomètres de voies. Vient ensuite l’enveloppe la plus lourde, 124 millions d’euros, fléchée vers les vélo-routes et les « ascenseurs valléens » — ces téléphériques conçus pour relier les fonds de vallée aux stations sans passer par la route. Reste 73 millions pour le réseau routier, dont la résilience de la RN 90, axe d’accès aux stations de Tarentaise.
La doctrine affichée privilégie le renforcement de l’existant sur la construction neuve, dans une logique de sobriété et de durabilité. En clair : ces Jeux servent d’accélérateur à des projets déjà identifiés, avec l’ambition d’en laisser l’usage aux habitants après 2030, à l’image de l’héritage d’Albertville 92 que le Dauphiné rappelle volontiers.
Le flou porte sur la destination finale de chaque euro. Ni les liaisons retenues pour les ascenseurs valléens, ni la répartition entre équipements ne figurent dans le communiqué. Ce sont les prochains COMOB, élargis aux opérateurs de transport et aux autorités organisatrices locales, qui doivent préciser les plans de transport et les services adossés.
Deux précisions de calendrier et de périmètre. Cette enveloppe s’ajoute aux investissements annoncés le 27 juin 2025 pour Provence-Alpes-Côte d’Azur, où 342 millions d’euros visent la desserte ferroviaire du Briançonnais, soit 642 millions au total pour les deux régions hôtes. Et le même 16 octobre, Philippe Tabarot a signé l’avenant au volet mobilités du Contrat de plan État-Région : 1,4 milliard d’euros pour les transports du quotidien, dont plus de la moitié consacrée au ferroviaire et aux services express régionaux métropolitains — modernisation de la ligne de la vallée de l’Arve, régénération de lignes de desserte fine, modernisation d’axes routiers structurants.
320 000 euros, ou le prix des départs
Le chiffre tombe au détour d’une audition budgétaire. Maxime Michelet, rapporteur pour avis de la commission des affaires culturelles, interroge Marina Ferrari sur le projet de loi de finances 2027. Entre décembre 2025 et juillet 2026, le Cojop a conclu six ruptures conventionnelles avec des salariés de haut rang, pour un cumul de 320 000 euros.
La moyenne par salarié s’établit à 53 000 euros. Rapportée à l’ancienneté — inférieure à un an en moyenne, selon le député — elle équivaut à 4 900 euros par mois travaillé. « Ces montants sont anormalement généreux », tranche l’élu UDR, qui y voit un argument supplémentaire en faveur d’une commission d’enquête sur la gestion du comité d’organisation.
Les noms qui accompagnent cette période sont connus : Cyril Linette, numéro deux de l’organisation, Anne Murac à la direction des opérations, Arthur Richer à la communication. Edgar Grospiron, président, a démissionné en septembre dernier — sans avoir eu le statut de salarié, précise-t-il utilement.
Le Cojop ne conteste pas la mécanique, seulement la lecture qu’on en fait : « Les ruptures conventionnelles font partie de la vie d’une organisation. Le Cojop a provisionné une enveloppe sur le sujet. Le Cojop ne communique pas sur les montants. » Interrogée sur le fond, Marina Ferrari rappelle que des contrats ont été interrompus au sein de la gouvernance, tout en ajoutant qu’« il n’y avait rien de pénalement répréhensible ».
Sur les cabinets de conseil, le député avance « 80 missions pour un montant de 1,6 million d’euros » depuis février 2025. La réponse du Cojop tient à l’explication structurelle : la constitution tardive du comité et le décalage de certains recrutements ont imposé des études externes pour lancer sans délai les chantiers prioritaires, dans le cadre de « procédures encadrées ». À quoi s’ajoute un dernier poste contesté — près de 500 000 euros pour assister aux Jeux de Milan Cortina, avec une délégation de 60 personnes et 1 100 nuitées hôtelières — que le comité justifie par la formation de ses équipes et un marché hôtelier sous tension, où il n’aurait « pu ni choisir les hôtels ni négocier les prix ».
Deux vitesses
Octobre 2026 laisse Alpes 2030 avec deux images inconciliables. À Albertville, l’État et la Région alignent 300 millions sur des infrastructures que les vallées réclamaient depuis des années. À l’Assemblée, une audition parlementaire transforme en chiffres publics ce qu’a coûté la valse des dirigeants du Cojop. Le comité d’organisation, lui, n’a toujours pas de président.
Reste une inconnue qui pèse lourd sur les 124 millions annoncés : la liste des ascenseurs valléens et la façon dont l’enveloppe sera ventilée entre eux. Tant que ce tableau n’est pas arrêté, l’héritage promis aux habitants tient sur une intention. Les dix-sept jours de compétition ne diront rien de ce qu’il restera aux vallées.
AJ



