La LNR change d’échelle et pèse dans le game !

Trente ans après le passage au professionnalisme, le rugby français n’est plus seulement une vitrine sportive, mais un véritable secteur économique structuré, lourdement pourvoyeur d’emplois et d’investissements. Avec un poids économique de 1,335 milliard d’euros sur la saison 2024-2025, une croissance de près de 40% en six ans et un modèle largement financé par des ressources privées, la Ligue Nationale de Rugby (LNR) et ses 30 clubs s’affirment comme l’une des premières « entreprises de spectacle vivant » du pays, tout en affichant un rapport inédit de 1 à 4 entre soutiens publics reçus et contributions aux finances publiques.

Le cœur de l’étude du CDES mandatée par la LNR, et qui vient d’être publiée, est limpide : le rugby professionnel français pèse désormais 1,335 milliard d’euros d’activité économique sur la saison 2024-2025. Ce montant agrège les dépenses de la LNR, des 30 clubs professionnels (TOP 14 et PRO D2) et de l’ensemble des publics de leur écosystème (spectateurs, médias, partenaires, prestataires, parieurs, collectivités).

À périmètre constant, le poids économique du rugby pro est passé de 966 millions à 1,335 milliard d’euros entre 2018-2019 et 2024-2025, soit une hausse de 38%. Si l’on conservait l’ancienne méthode de calcul, scientifiquement « caduque » selon le CDES, ce poids atteindrait même 1,647 milliard d’euros.

Cette progression intervient malgré une séquence marquée par la crise sanitaire et l’absence d’effet d’une grande compétition « maison » sur les stades de rugby, la Coupe du monde 2023 s’étant déroulée dans des enceintes de football.

 

Un modèle économique privé et diversifié

L’étude confirme un basculement assumé vers un modèle d’entreprises de spectacle sportif, à la fois pour la LNR et pour les clubs.​

Les recettes de la LNR reposent majoritairement sur les droits de retransmission télévisée, les partenariats et l’organisation de matchs « premium » (phases finales), dans une logique de valorisation du produit TV et événementiel.​

Côté clubs, les budgets sont d’abord tirés par les partenariats et hospitalités (45,7% des produits), puis par les reversements LNR (19,8%) et les recettes de matchs (14,1%), devant la billetterie pure, le merchandising et les autres produits. Les subventions ne représentent que 2,2% des produits.​

En dépenses, les clubs engagent 696,9 millions d’euros, dont 575,3 millions retenus dans le calcul du poids économique après retrait des contributions sociales et fiscales comptabilisées par ailleurs. La masse salariale atteint 271,1 millions d’euros, complétée par 111,6 millions de cotisations sociales, signe d’un effet d’entraînement fort sur l’emploi et la protection sociale.

Emplois : un gisement non délocalisable

Le rugby professionnel soutient 5 133 emplois équivalents temps plein en France sur la saison 2024-2025, en additionnant emplois directs, indirects et induits.​

Les emplois directs représentent 2 878 ETP dans les clubs et 66 à la LNR. Ils se répartissent entre 1 094 joueurs professionnels, 437 joueurs espoirs, 489 membres de staffs sportifs et 792 salariés administratifs et assimilés.​

Les emplois indirects atteignent 940 ETP, liés à la gestion quotidienne (exploitation des stades, restauration, formation…) et à la livraison des matchs (sécurité, logistique, catering…), pour la LNR et les clubs.​

Les emplois induits, calculés à partir des dépenses hors rugby (hébergement, transports, restauration, commerce), sont estimés à 1 315 ETP, dont 473 dans les transports, 464 dans la restauration, 248 dans l’hébergement et 130 dans le commerce.​

L’étude insiste sur le caractère non délocalisable de ces emplois, ancrés dans les territoires et difficilement substituables par l’IA, notamment sur les métiers d’accueil, de sécurité, d’exploitation de stades et d’animation événementielle

Spectateurs, médias, parieurs : un écosystème sous tension positive

Le rugby professionnel se positionne également comme une « entreprise de spectacle vivant » de premier plan dans le paysage culturel français.​

Les stades de TOP 14, PRO D2, phases finales, coupes européennes et In Extenso Super Sevens ont accueilli 5,329 millions de spectateurs sur la saison 2024-2025, dont 2,932 millions pour le TOP 14, 1,430 million pour la PRO D2 et 966 072 pour les phases finales et matchs européens.​

Les dépenses des spectateurs hors stade (transport, hébergement, restauration, tourisme) représentent 203,7 millions d’euros, sur la base de paniers moyens établis via des études d’impact multiclubs

Autres publics clés : Les médias et partenaires pèsent 210,1 millions d’euros de dépenses, entre coûts de production TV, rédaction rugby dédiée et activations de sponsoring.​ Les parieurs en ligne apportent 139,2 millions d’euros de mises sur les compétitions professionnelles (sur 186 millions de mises rugby en 2024), illustrant la place structurante du rugby dans l’économie des paris sportifs.​ Les prestataires de match day (plus de 100 000 personnes mobilisées annuellement) génèrent 2,0 millions d’euros de dépenses spécifiques (transport, restauration, hébergement).

 

Un rapport à l’argent public revendiqué comme « loyal »

Le rapport CDES met en avant une notion centrale pour les décideurs : la « loyauté » du rugby professionnel vis-à-vis de l’argent public.​

Les contributions publiques au rugby pro – subventions, achats de prestations et prise en charge des coûts d’entretien des stades – sont évaluées à 45,7 millions d’euros, dont 12,9 millions de fonctionnement et maintenance des enceintes pour 20 stades (7 de TOP 14, 13 de PRO D2).​

À l’inverse, les contributions du rugby aux finances publiques totalisent 193,8 millions d’euros, hors impôts payés par les salariés, via cotisations patronales, impôts et taxes, taxe Buffet et prélèvements sur les paris sportifs.​

Le ratio est net : pour 1 euro de soutien public au rugby professionnel, le secteur en retourne 4 aux finances publiques. À cela s’ajoute une taxe de solidarité de 13,93 millions d’euros, dont 5,996 millions pour le sport amateur via la taxe Buffet et 7,93 millions issus des prélèvements sur les mises des parieurs.​

Infrastructures : 1,1 milliard investi, 60% par le privé

Sans bénéficier d’un « plan stades » adossé à un grand événement rugby, le secteur a pourtant opéré une transformation lourde de son parc d’infrastructures.​

Entre 2010 et 2025, les investissements dans les stades et centres d’entraînement représentent 1,1 milliard d’euros.​

La part privée – clubs et investisseurs – atteint 664 millions d’euros, soit près de 60% du total, contre 439 millions pour la part publique.​

La LNR a accompagné ce mouvement via un guide de recommandations et un label stades, pilotant une montée en gamme globale des enceintes : confort, hospitalités, loges, expériences spectateurs, exploitation 365 jours par an.

Un levier d’attractivité territoriale

Au-delà des chiffres, le CDES documente un impact fort en termes d’attractivité des territoires.​

Pour 1 euro de fonds publics injecté dans un club de TOP 14, l’impact économique moyen pour la ville ou le groupement intercommunal atteint 16,20 euros. À l’échelle de l’ensemble des collectivités territoriales, le ratio reste élevé, à 9,20 euros d’impact pour 1 euro d’argent public.​

Lors des phases finales, la dimension touristique est tangible : lors des demi-finales du TOP 14 à Lyon 2025, 68% des spectateurs déclaraient n’être jamais venus dans la ville, et une large majorité considérait que le séjour leur donnait envie de revenir pour un voyage touristique.​

Les enquêtes spectateurs menées par le CDES montrent qu’une grande partie des publics juge que la présence d’un club pro contribue significativement au rayonnement de leur territoire, avec une majorité « plutôt » ou « tout à fait d’accord » sur ce constat.​

Pour la LNR, un statut assumé d’ « entreprise de spectacle vivant »

L’étude replace enfin le rugby dans la hiérarchie des industries de spectacles en France.​

Le rugby professionnel représente 13% des produits des six ligues de sports collectifs masculins en France et 66% des produits du sport professionnel masculin hors football.​

En termes de fréquentation, ses 5,3 millions de spectateurs représentent environ 17% du public des concerts (31,2 millions), ce qui en fait l’un des principaux acteurs de la filière spectacles, tous secteurs confondus.​

Dans 16 départements, le rugby professionnel constitue ainsi la première entreprise de spectacle du territoire en volume d’affluence. Une réalité qui oblige la LNR et les clubs à penser leur modèle comme celui d’un producteur culturel majeur : gestion de risques, politique de prix, expérience fan, diversification des revenus, responsabilité sociale et sanitaire (formation, équité des compétitions, santé des joueurs) deviennent autant d’axes stratégiques structurants.​

Pour les décideurs publics comme pour les marques, cette étude acte définitivement qu’en France, le rugby professionnel ne se résume plus à un championnat attractif : c’est un secteur économique à part entière, structurant et territorial, qui revendique désormais sa place dans la conversation nationale sur les industries culturelles, le spectacle vivant et la politique d’investissement local.

Alain Jouve 

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