
SPORSORA a réuni le 14 janvier 2026 acteurs des médias, ayants droit et institutions lors d’un workshop dédié à la lutte contre le piratage des programmes sportifs, tenu au siège de la FIA à Paris. Intitulé « Défendre le modèle économique du sport français : faire front face au piratage des programmes sportifs », cet événement alerte sur un fléau qui draine 290 millions d’euros par an au secteur sportif français. Au-delà des pertes financières immédiates, il interroge la durabilité même du modèle économique du sport, financé en grande partie par les droits audiovisuels.
Le piratage n’est plus marginal : il représente 15% du marché des contenus sportifs, estimé à 1,9 milliard d’euros en 2023, avec une explosion des IPTV illicites et du streaming pirate. L’Arcom recense 5 millions d’internautes utilisant l’IPTV illégale, dont un tiers des spectateurs de Ligue 1, générant aussi 420 millions d’euros de pertes fiscales et sociales annuelles. Aurélie Dyèvre, directrice générale de SPORSORA, qualifie ce manque à gagner d’« insupportable » dans un contexte économique tendu, où chaque euro irrigue clubs pros, sport amateur et performance internationale.
Enjeux multiples au-delà de l’économie
Ce fléau fragilise la chaîne de valeur du sport : clubs perdent 130 millions d’euros directs, la taxe Buffet voit son rendement chuter de 15 millions, tandis que des réseaux criminels prospèrent. Xavier Spender, délégué général de l’APPS, pointe un « risque existentiel » pour l’audiovisuel et une menace pour la sécurité publique. Géraldine Pons d’Eurosport et Jérôme Martin de l’AFP soulignent l’urgence d’une mobilisation collective pour préserver un écosystème finançant emplois et formation.
Vers un cadre législatif renforcé
La proposition de loi sur l’organisation et le financement du sport professionnel, adoptée au Sénat en juin 2025, propose blocage automatique en direct, partage de listes de sites pirates et pénalisation spécifique des compétitions sportives. SPORSORA presse l’Assemblée nationale d’inscrire ce texte à l’ordre du jour, complétant la loi de 2021 jugée insuffisante face à la résilience des réseaux illégaux. À l’échelle européenne, la Premier League britannique inspire par ses ordonnances de blocage rapides, tandis que Mathieu Moreuil appelle à un retrait des contenus en 30 minutes maximum.
Perspectives et réflexions stratégiques
Le workshop SPORSORA, croisant expertises de l’Arcom, APPS et acteurs internationaux, positionne l’organisation comme force de proposition pour influencer les décideurs. Mais au-delà des mesures répressives, le secteur doit-il repenser son offre légale – fragmentation des diffuseurs, accessibilité des abonnements – pour concurrencer l’IPTV « tout compris » ?
Cette crise invite les professionnels du sport business à une réflexion profonde : protéger les droits reste essentiel, mais innover dans l’expérience fan pourrait transformer la menace en opportunité de croissance durable.
Les chiffres à retenir
Pertes directes sur le secteur
- 290 M€ de manque à gagner annuel pour les ayants droit sportifs (droits TV, billetterie indirecte) – Arcom 2024.
- 130 M€ perdus par les clubs professionnels, principalement Ligue 1, impactant salaires et investissements.
- 15% du marché audiovisuel sportif (sur 1,9 Md€ en 2023), freinant les enchères futures.
Impacts fiscaux et indirects
- 420 M€ de pertes fiscales et cotisations sociales pour l’État, via évasion et économie souterraine.
- 15 M€ de rendement en moins sur la taxe Buffet, privant le sport amateur de fonds vitaux.
- 5 M d’internautes IPTV illicite, dont 1/3 des fans Ligue 1, générant un marché noir de 400 M€ estimé.
Alain Jouve




