
Le présent dossier s’intéressera à la question suivante: qu’est-ce que l’« américanité » d’un texte poétique ? Répondre à cette question en invoquant l’ancrage territorial et éditorial d’une œuvre dans le continent américain est à la fois pertinent et trop hâtif. La « poésie américaine », en tant que notion, semble d’emblée renvoyer aux grandes figures de la littérature nord-américaine ainsi qu’à l’existence d’un panthéon occidental. On pense à Harold Bloom qui, lorsqu’il évoque les auteurs qui « font autorité dans notre culture » (The Western Canon, 1994), retient deux poètes nord-américains, Walt Whitman et Emily Dickinson. La poésie nord-américaine occupe également un rang d’honneur dans l’histoire transnationale des avant-gardes du XXe siècle : dans les rétrospectives académiques, T. S. Eliot, Ezra Pound, Williams Carlos Williams ou Gertrude Stein figurent aux côtés des avant-gardistes européens et russes. En outre, elle continue à exercer un pouvoir de séduction sur le lecteur français – en témoignent les traductions et (ré)éditions récentes de Sylvia Plath et d’Adrienne Rich, ou les lectures bilingues organisées par l’association « Double Change ». Faut-il y voir un reflet du soft power états-unien, ou une ramification des liens étroits qui continuent à unir l’« Ancien » et le [...]
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