
Adil Bourabaa, 21 ans, est l’une des sensations de ce début de saison en Ligue 1 avec Le Mans. Moins d’un an après avoir été jugé trop juste pour la réserve de Troyes (N3), le natif de Drancy explose. Sa route, elle, aurait pu s’arrêter dès le Val-d’Oise.
Un mariage pour une lune de miel ? Pourvu qu’elle dure le plus longtemps possible dans la Sarthe pour Adil Bourabaa. En cinq journées, le milieu manceau a déjà inscrit trois buts et délivré deux passes décisives, confirmant en Ligue 1 un talent longtemps aperçu dans les étages inférieurs du football français. Le natif de Drancy a connu les doutes, les détours et les étapes moins glorieuses avant de toucher, aujourd’hui, aux portes d’un autre monde. Derrière cette mise en lumière, il y a surtout une histoire de persévérance. Celle d’un joueur qui n’a jamais cessé d’avancer et dont la trajectoire est racontée par ceux qui l’ont accompagné au fil des années.
Il y a un peu plus d’un an, le milieu manceau était du côté de Troyes, à se morfondre avec l’équipe réserve en National 3. Une situation bien éloignée de celle qu’il connaît aujourd’hui. Pour son grand frère Zidane Bourabaa, la vérité vient pourtant toujours du terrain, lorsqu’on laisse le joueur s’épanouir. « Quand je le vois jouer, je revois toujours ce même petit garçon avec qui je tapais dans le ballon contre le mur du jardin. Il n’a jamais abandonné. Il a fait preuve d’une résilience incroyable et a persévéré malgré les obstacles. Aujourd’hui, en tant que grand frère, le voir s’épanouir et prendre autant de plaisir sur le terrain est ce qui compte le plus pour moi. »
« Il n’a jamais abandonné »
Cette envie de progresser ne date pas d’hier. Elle remonte aux premières années d’Adil Bourabaa, lorsqu’il découvre le football à l’US Persan. Loïc Lemeur le connaît alors depuis 2009-2010, lorsqu’il débarque au club en U6-U7, à seulement cinq ans. Très tôt, le jeune Adil se montre exigeant avec lui-même. « Adil était très insatisfait. Il avait beau avoir marqué, gagné, fait un bon match, ce qu’il retenait, c’était ses erreurs pour les corriger en match et aux entraînements », raconte son ancien éducateur.
Le but dans la peau, Bourabaa veut déjà se mesurer aux plus grands. Pas question pour lui de se cacher face à des adversaires plus âgés. « Au contraire, il était épanoui et heureux », poursuit Lemeur. Mais le talent ne suffit pas. Pour franchir les étapes, Adil doit aussi transformer son jeu. Augmenter son volume, devenir plus complet et notamment travailler son pied gauche. Un apprentissage qui finira par surprendre certains recruteurs. « Certains recruteurs l’ont repéré et lui ont posé la question car ils étaient incapables de savoir s’il était gaucher ou droitier. Ce qui prouve qu’il a travaillé pour cela et qu’il en est pleinement récompensé. »
Quand le talent doit patienter
Le chemin vers la lumière sera pourtant semé d’embûches, comme dans tout mariage. Guingamp, Leganés, puis Troyes : Adil Bourabaa change de décor, mais peine encore à trouver la stabilité. Après son passage dans l’Aube, il se retrouve même sans club. C’est à ce moment-là que Denis Diaz va jouer un rôle déterminant. Ami de longue date de son père, Rabat, l’éducateur est sollicité pour offrir à Adil une première porte de sortie. Un jour, celui-ci l’appelle pour lui demander s’il peut permettre à son fils de venir s’entraîner avec son groupe U19 Nat à Chambly. Diaz accepte. Bourabaa effectue la préparation avec lui pendant plusieurs semaines.
L’éducateur tente alors d’alerter le club camblysien. « Je leur dis : J’ai un joueur, il n’a rien à faire avec moi, il faut que vous le voyiez. Mais ils ne se sont pas bougés, ils n’ont pas voulu le voir. » Adil continue donc de chercher. Une piste apparaît à Leganés, Diaz l’encourage à foncer. Quelques mois plus tard, après ce détour espagnol et un nouveau passage par Troyes, le téléphone sonne chez Denis Diaz. Au bout du fil, le père d’Adil : son fils est encore sans club. L’éducateur pense immédiatement à Beauvais et à Murtala Sacko. Il lui envoie plusieurs messages : « Je lui ai dit : “Murtala, le joueur, il faut le prendre. Voyez-le. Franchement, je mets une pièce dessus. Il a une belle qualité de passe, il lit le jeu, et c’est un garçon avec une super mentalité.” »
Beauvais accepte de le voir. Cette fois, la porte s’ouvre. Le déclic est immédiat. En une demi-saison de National 2, Bourabaa est désigné à huit reprises homme du match par les entraîneurs adverses. Une performance qui ne passe pas inaperçue. Le Mans flaire alors le coup et s’attache ses services en février 2026.

« Si tu lui donnes confiance, il va te la rendre »
Depuis, le Francilien répond présent à chaque occasion qui lui est donnée en Ligue 1. Trois buts, deux passes décisives après cinq journées : Adil Bourabaa est devenu l’un des principaux points d’accélération du jeu manceau et l’une des belles histoires de ce début de saison. Pour Loïc Lemeur, cette explosion n’a pourtant rien d’une surprise. « Adil va continuer à surprendre car il est à l’écoute et a soif d’apprendre tous les jours. » Denis Diaz, lui, insiste sur une autre dimension du joueur. Celle que les statistiques ne racontent pas. « Adil, c’est un garçon frais, spontané, naturel. Il n’a pas la grosse tête du tout, il aime le jeu, il aime le football. Il faut lui donner de la confiance. Si tu lui donnes confiance, il va te la rendre. »
Une personnalité que Diaz avait déjà remarquée bien avant que Bourabaa ne connaisse les projecteurs de la Ligue 1. Alors qu’il était encore sans club, le jeune joueur était venu spontanément lui donner un coup de main avec un groupe d’enfants qu’il encadrait. Un geste simple, mais que l’éducateur n’a jamais oublié. « Il vient, il me donne un coup de main. Il me dit : Tu m’as aidé, je te donne un coup de main Je me suis dit : C’est un garçon qui est reconnaissant. Je l’ai gardé dans un coin de ma tête. »
Une fidélité qui n’a pas de prix
Cette reconnaissance, Denis Diaz la retrouve dans les messages qu’Adil lui adresse régulièrement. Après son deuxième but, par exemple, l’éducateur le félicite. Le joueur répond, remercie, ne coupe jamais le lien. Derrière les buts, les passes et l’exposition nouvelle, il y a surtout ça : un joueur qui n’oublie pas ceux qui lui ont tendu la main quand sa carrière prenait des chemins de traverse.
Loïc Lemeur l’a vu grandir. Denis Diaz lui a ouvert deux portes lorsqu’il était dans le doute. Sa famille l’a accompagné lorsque les certitudes manquaient. Aujourd’hui, Adil Bourabaa semble enfin récolter les fruits d’une persévérance jamais démentie. D’abord approché par les U23 algériens, il a depuis été convoqué en équipe d’Algérie par Brahim Hemdani : en quelques mois, sa trajectoire a changé de dimension. La lune de miel, dans la Sarthe, ne fait peut-être que commencer.





