
Figurez-vous que dans le merveilleux monde de Google, désactiver l'historique de localisation de Google ne suffisait pas à empêcher l'enregistrement de certaines positions, dès lors qu'un autre réglage, baptisé "Activité sur le Web et les applications", était encore allumé. Les associations de consommateurs dénonçaient déjà ce fonctionnement en 2018, avec des recherches sur Google ou Maps qui pouvaient conserver l'endroit depuis lequel vous les aviez lancées.
La Commission irlandaise de protection des données, la DPC, a annoncé le 21 septembre une sanction de 403 millions d'euros contre Google Ireland. Son enquête, ouverte en février 2020, examine les pratiques entre mai 2018 et février 2020 au regard du RGPD, le règlement européen qui encadre l'utilisation des données personnelles.
L'historique de localisation enregistrait, après activation par l'utilisateur, les lieux visités et les trajets pour les afficher sur une carte privée dans Google Maps, même sans utiliser activement un service Google. Les associations reprochaient justement à Google de multiplier les sollicitations et les parcours trompeurs pour obtenir cette activation, un parcours franchement agaçant pour quelqu'un qui voulait simplement utiliser son téléphone.
La DPC s'est aussi penchée sur "Précision de la localisation", une fonction d'Android qui affine la position du téléphone au-delà du seul repérage par satellite. Elle est accessible même sans compte Google, et le groupe n'a pas démontré qu'il respectait les exigences de légalité, de loyauté et d'information des utilisateurs pour ce traitement.
Pour l'historique et l'activité Web, le régulateur constate des traitements qui ne respectaient ni la légalité ni la loyauté, avec des données gardées trop longtemps. L'information fournie aux utilisateurs était insuffisante pour les trois fonctions, et certains pouvaient donc ignorer que leurs positions servaient à déduire leurs centres d'intérêt ou à leur adresser des pubs.
Une visite à l'hôpital ou la fréquentation d'un lieu de culte permettent pourtant de déduire des choses autrement plus intimes qu'un restaurant préféré. Le Bureau européen des unions de consommateurs, qui avait coordonné les plaintes et signalements de huit associations en novembre 2018, critique du coup le délai de presque huit ans nécessaire pour obtenir cette sanction.
Google répond que les règles en cause sont anciennes et que ses pratiques ont évolué depuis 2019, avec des outils pour faciliter la gestion des données de localisation. Les associations avaient tout de même déposé une nouvelle plainte en 2022, après avoir jugé les changements insuffisants concernant les interfaces qui poussent à accepter le suivi.
La DPC laisse maintenant six mois à Google pour mettre ses traitements en conformité. Il serait temps de pouvoir refuser ce suivi parfois absurde, sans devoir fouiller dans tous les réglages de Google.
Source : Dataprotection




