Himed Hamma : « Passer par un centre de formation ne garantit plus une carrière »

Recruteur, éducateur et entraîneur, Himed Hamma porte un regard sans concession sur la formation française. Pour lui, le passage par un centre ne garantit plus une carrière professionnelle. À Saint-Brice, il accompagne notamment des jeunes fragilisés et insiste sur un élément souvent sous-estimé : l’importance de leur environnement.

Tu as régulièrement accompagné des joueurs sortant de centres de formation, parfois après une période très difficile. Comment travailles-tu pour leur redonner confiance ?
« J’ai récupéré beaucoup de joueurs qui avaient été psychologiquement fragilisés, parfois par des agents, des pseudos agents ou par leur passage dans certains clubs. On ne mesure pas toujours les conséquences psychologiques de la sortie d’un centre de formation. Chaque année, beaucoup de joueurs quittent ces structures et peu parviennent ensuite à faire carrière. J’ai eu la chance d’accompagner certains joueurs assez tard dans leur parcours. Ce sont souvent ceux-là qui ont réussi. À l’inverse, beaucoup de joueurs partis très jeunes ont connu l’échec. Le déracinement peut être très difficile à vivre. »

Tu évoques un taux d’échec très important chez les joueurs partis tôt. Pourquoi ?
« Parce qu’ils sont parfois déracinés trop jeunes. Ils quittent leur environnement familial et peuvent avoir du mal à gérer la pression et les attentes qui les entourent. »

Himed Hamma : « Un petit club peut offrir davantage de visibilité »

Tu cites notamment l’exemple de Karim Benzema. Pourquoi est-il révélateur ?
« Lors de sa première année à Lyon, Karim Benzema n’était pas bien. Avec la psychologue du club, il a été décidé de le laisser vivre chez sa famille et de ne pas le maintenir en internat. La saison suivante, il a explosé. Cela montre à quel point l’environnement et l’accompagnement psychologique peuvent être déterminants dans la progression d’un jeune joueur. »

Quel environnement peut être toxique pour un jeune footballeur aujourd’hui ?
« Pour moi, l’entourage est une priorité dans le recrutement. Si l’environnement du joueur est sain, il y a de fortes chances qu’il puisse réussir. C’est une approche que j’ai apprise auprès de recruteurs avec lesquels j’ai travaillé. Pourtant, tous les clubs, y compris certains clubs professionnels, ne prennent pas suffisamment cet aspect en compte. »

Tu conseilles parfois à des joueurs de privilégier un club amateur plutôt qu’un grand centre de formation. Pourquoi ?
« Parce qu’un petit club peut offrir davantage de visibilité, de temps de jeu et d’accompagnement. La structure est souvent plus humaine et plus familiale. Les grands clubs professionnels sont de véritables machines. Ils investissent beaucoup d’argent et doivent obtenir rapidement des résultats. Ils ont donc moins de temps à consacrer individuellement aux joueurs. »

« La région parisienne possède énormément de structures de qualité »

Le passage par un centre de formation est-il encore une garantie de réussite ?
« Non. Aujourd’hui, passer par un centre de formation ne garantit plus l’obtention d’un contrat professionnel. Je dirais même parfois l’inverse. Il existe des clubs amateurs en région parisienne qui travaillent mieux que certains clubs professionnels dans la formation des jeunes. La région parisienne possède énormément de bons éducateurs et de structures de qualité. À Saint-Brice, nous sommes entourés de clubs qui travaillent très bien avec les jeunes, comme Sarcelles et beaucoup d’autres. »

Faut-il donc réfléchir avant de partir en centre de formation à 16 ou 17 ans ?
« Oui. Si l’environnement familial, scolaire et structurel est bon, il faut parfois privilégier le développement du joueur plutôt que le prestige du club. On voit des joueurs progresser très rapidement après être restés dans le football amateur. Le parcours de Youssouf Fofana, qui a rejoint la réserve de Strasbourg à 18 ans, montre qu’il existe d’autres chemins vers le haut niveau que le passage précoce par un centre de formation. »

Quel message voudrais-tu faire passer aux jeunes joueurs et à leurs familles ?
« Signer dans un centre de formation n’est pas une garantie. Il faut regarder l’environnement dans lequel le joueur va évoluer, le temps de jeu qu’il peut avoir et l’accompagnement qui lui sera proposé. Le plus important reste de permettre au joueur de progresser et de prendre du plaisir. Le prestige du club ne doit pas être le seul critère. »

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