En France, la seule cour suprême, c’est le peuple. Je lui donnerai le dernier mot

En France, la seule cour suprême, c’est le peuple. Je lui donnerai le dernier mot

LE FIGARO. – Depuis Beauvau et jusque dans votre campagne, vous dites qu’aucune transformation profonde du pays n’est possible sans révision de la Constitution. Jusqu’où faut-il aller ?

BRUNO RETAILLEAU. – La révision de la Constitution est la mère de toutes les batailles. La France va mal, son État est impuissant face à la submersion migratoire et à l’ensauvagement de la société. Notre système est à bout de souffle, il faut tout changer. La prochaine élection présidentielle est celle de la dernière chance. Mais cette dernière chance, ce sont les Français eux-mêmes !

Je veux leur redonner le pouvoir de choisir pour que l’État retrouve le pouvoir d’agir. Les Français voient bien que le pouvoir n’a plus le pouvoir, que les députés votent des lois mais qu’elles sont vidées de leur substance par les juges. Au cœur de la crise démocratique, il y a ce constat d’impuissance et cette rupture de confiance.

Le peuple français est dépossédé et sent qu’il n’a plus la capacité d’agir sur son destin. Moi, je veux lui rendre la parole, en finir avec la confiscation démocratique. Car ce n’est pas le peuple qui a approuvé l’immigration de masse, ce n’est pas non plus le peuple qui a approuvé le laxisme judiciaire. Il faut renverser la table, et cela passe par une refondation profonde.

Comment comptez-vous réviser la Constitution en profondeur ?

Je souhaite proposer aux Français un pacte constitutionnel afin de restaurer le régime fondé par le général de Gaulle, qui a été profondément dénaturé. Le gaullisme repose sur une double exigence : la souveraineté du peuple et l’autorité de l’État. Or, cet esprit a été progressivement détourné par une petite élite laxiste et progressiste.

Ce pacte reposera sur deux textes : un projet de loi de révision constitutionnelle et une charte de l’ordre républicain, sur le modèle de la charte de l’environnement.

Dès mon arrivée à l’Élysée, j’en saisirai le Parlement, et les Français auront un choix à faire : je soumettrai ce pacte constitutionnel à un référendum dès la rentrée 2027. J’irai très vite.

Quelle est la nature des deux textes que vous soumettrez aux Français ?

Le premier concerne un projet de loi qui révisera la Constitution et reposera sur trois principes.

D’abord, le peuple français doit pouvoir décider, par référendum, de toute question législative. Aujourd’hui, il y a des questions interdites aux Français : la politique pénale, la politique migratoire et, plus largement, les questions de société. Avec ce pacte, tout changera : ce que le Parlement peut faire, le peuple le pourra aussi.

Pour cela, je veux élargir le périmètre de l’article 11 de la Constitution et, par ailleurs, alléger les contraintes nécessaires à l’organisation d’un référendum d’initiative partagée : plutôt que 5 millions de signatures, il en faudrait moitié moins.

Deuxième pilier : je veux créer un bouclier constitutionnel afin de protéger nos lois contre les interprétations abusives des juridictions européennes et internationales. Ces dernières portent parfois atteinte aux intérêts fondamentaux de notre nation et outrepassent leurs compétences. Ce que je propose existe déjà en Allemagne, en République tchèque ou encore au Danemark.

Je souhaite que les institutions européennes s’en tiennent à leurs attributions et que les juges internationaux, par exemple la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH), cessent d’interpréter les traités au-delà de ce que les gouvernements ont signé, et de ce à quoi ont consenti les peuples.

Exemple très concret : il n’est inscrit dans aucun traité que l’UE peut se mêler du temps de travail de nos militaires ou des enquêtes de police. Il est même écrit le contraire : ces questions relèvent des États.

Est-ce à dire que vous réfutez la primauté du droit européen et des traités ?

Dans certains cas, oui. Je veux que l’État de droit puisse protéger les plus faibles, comme il aurait dû protéger Lola ou Philippine. Je ne veux pas d’un État de droit qui protège mieux le bourreau que la victime.

La CEDH nous a interdit d’expulser des individus dangereux au motif qu’ils avaient une vie privée et familiale en France. Ou encore parce que leur pays d’origine ne leur offrirait pas de procès équitable. Dans ces cas-là, je propose qu’une loi organique puisse revenir sur une jurisprudence européenne si elle est contraire à nos intérêts fondamentaux.

Bien sûr, j’entends que la France tienne ses engagements vis-à-vis de l’UE, car elle doit respecter sa parole, être loyale et fiable vis-à-vis de ses partenaires. Mais je veux remettre le droit de l’UE à sa juste place : au-dessus des lois — car, sinon, c’est un Frexit juridique, que je ne souhaite pas — mais en dessous de notre Constitution.

Je veux donc préciser à l’article 88 de notre Constitution que le droit européen ne sera supérieur à la loi qu’à deux conditions. La première, qu’il respecte notre Constitution. La deuxième, qu’il respecte la répartition des compétences entre les États membres et l’UE. C’est le principe de subsidiarité.

Le Conseil constitutionnel n’est-il pas aussi responsable de la censure de réformes voulues par les Français ?

C’est le dernier pilier de mon projet de réforme constitutionnelle. Je veux créer une nouvelle procédure qui donne au peuple français, ou à ses représentants, le dernier mot.

À l’avenir, lorsque le Conseil constitutionnel censurera une loi votée par le Parlement, le président de la République pourra donner la parole au peuple français pour censurer la censure. Soit par référendum, soit en réunissant le Parlement en congrès.

Avec un tel mécanisme, la fin des aides sociales automatiques pour les étrangers, qui avait été votée par le Parlement mais censurée par le Conseil constitutionnel, serait appliquée aujourd’hui.

Quels domaines voulez-vous précisément « déverrouiller » grâce à cette révision ?

En plus de la révision de notre Constitution, je veux ajouter une charte de l’ordre républicain. L’objectif est clair : réarmer juridiquement la France contre les grandes menaces qui pèsent sur notre sécurité et notre cohésion nationale.

Concrètement, je souhaite instaurer un droit constitutionnel à la sécurité des Français. La protection des libertés — à laquelle je suis attaché — et la sécurité des Français doivent avoir la même valeur juridique.

Je prends un exemple : si aujourd’hui les peines minimales existent, leur application dépend du juge. Je veux qu’elles soient désormais obligatoires et, grâce à cette charte, elles le seront.

Ensuite, en matière d’immigration, je souhaite que les choix majoritaires des Français soient rendus possibles. Expulser tous ceux qui n’ont rien à faire en France, supprimer le droit au mariage pour les OQTF, abolir le droit du sol et revenir à l’assimilation pour qu’il n’y ait plus de naturalisations automatiques. Devenir français, cela se mérite.

Enfin, l’identité. Cette charte doit permettre de combattre toute forme de séparatisme et d’entrisme religieux tout en sanctuarisant les éléments culturels qui font partie de notre patrimoine commun.

Par exemple, on n’a pas le droit d’installer une crèche de Noël dans une mairie, mais en revanche une conseillère municipale peut y siéger voilée ! Cette charte reconnaîtra les racines judéo-chrétiennes de la France. Un peuple qui oublie d’où il vient est un peuple qui s’efface.

Vous parlez de crise démocratique. Est-ce une crise de régime ?

Les Français voient bien ce qu’aucun homme politique n’ose dire : nous ne sommes plus vraiment en démocratie. Les parlementaires votent des lois qui sont défaites par des juges, sur des bases juridiques contestables.

Quant aux Français, lorsqu’ils ont refusé la Constitution européenne, on leur a imposé le traité de Lisbonne ; et quand, dans ma région, les habitants ont dit oui à Notre-Dame-des-Landes, Édouard Philippe leur a répondu non.

Que répondez-vous à ceux qui considèrent que les principes de l’État de droit ne sauraient être soumis aux circonstances politiques ?

Je réponds que l’État de droit, ce n’est pas la confusion des pouvoirs : le juge ne peut pas se substituer au législateur. Que l’État de droit, ce n’est pas la démocratie sans le peuple : comme le disait le général de Gaulle, en France, la seule cour suprême, c’est le peuple, et je lui donnerai le dernier mot.

Aujourd’hui, l’État de droit n’est plus un cadre juridique mais il est devenu un cadre idéologique pour ceux qui poussent un agenda progressiste. Nous tombons dans le gouvernement des juges !

Les institutions de la Ve République sont bonnes, c’est leur dévoiement qui a conduit à cette situation. Soit nous revenons à l’esprit du régime, soit le régime tombera : il n’y a pas plus rebelle qu’un peuple qui se sent méprisé.

Il faut avoir le courage de le dire et personne ne me fera renoncer à cet engagement qui est au cœur de mon projet.

Édouard Philippe et Gabriel Attal proposent des réformes à Constitution inchangée. Leurs projets sont-ils applicables ?

Édouard Philippe et Gabriel Attal ne tiendront pas leurs promesses sans une révision constitutionnelle courageuse, et ils le savent très bien.

C’est typique du « en même temps » : ils semblent vouloir faire, mais ils vont faire semblant. Moi, je veux faire vraiment. À quoi sert de jouer les Jupiter si c’est pour finir comme Gulliver, ligoté par des jurisprudences qui entravent toute action ?

La question des institutions n’est-elle pas éloignée des préoccupations des Français ?

Cela peut paraître technique, mais c’est profondément politique. Que nous ont dit les « gilets jaunes » ? Qu’ils voulaient reprendre la parole et le contrôle de leurs vies. Le peuple français est un peuple éminemment politique. Il veut avoir la capacité de peser sur son destin.

Nous sommes désormais à quelques mois de l’élection présidentielle. Dans quel état d’esprit êtes-vous ?

Je suis certain que je peux gagner cette élection présidentielle. Car je suis le seul à porter un vrai projet de droite.

Je suis en effet convaincu que les Français ne voudront pas du choc brutal entre LFI et le RN, qui conduira à la chienlit. Ils ne voudront pas davantage d’une troisième saison du macronisme.

Marine Le Pen a un programme économique socialiste qui encourage l’assistanat et ruinera le pays. LFI prépare le chaos. Édouard Philippe et Gabriel Attal sont comptables du bilan désastreux d’Emmanuel Macron et sont centristes.

La droite peut-elle s’allier à un centriste ?

Qu’on n’attende pas de moi un ralliement. C’est mal me connaître : quand je m’engage, je ne m’arrête pas à mi-chemin.

Je suis imprégné par une responsabilité qui me dépasse : le redressement de la France. Je me battrai et je gagnerai l’élection présidentielle.

La question de la primaire revient avec insistance à droite. David Lisnard la réclame pour éviter les divisions et départager les candidats. Êtes-vous prêt à l’envisager ?

J’ai beaucoup d’estime pour David Lisnard, avec qui je partage la conviction que c’est d’abord par la liberté que notre pays se redressera.

Sur la primaire, je n’ai pas d’opposition de principe. Je n’ai jamais eu peur de la compétition. Mais dans cette affaire, personne n’est d’accord sur rien : je ne veux pas perdre mon temps avec ces considérations politiciennes. Ma seule priorité, c’est de parler aux Français.

D’autres figures de la droite, comme Sarah Knafo, défendent, malgré leurs différences, des idées proches des vôtres. Est-il possible de travailler avec elles avant le premier tour ? Comptez-vous engranger des ralliements ?

Bien sûr, pour gagner, il faut rassembler. Je tends la main à tous ceux qui partagent l’essentiel avec moi. Ils sont les bienvenus, à condition de porter un vrai projet de droite, solide et crédible.

C’est l’avenir du pays qui se joue. La France est menacée d’effacement, et elle peut sortir de l’Histoire. Et c’est pourquoi rien ni personne ne me détournera de ce combat.

Retrouvez l’entretien dans Le Figaro

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