Montpellier : les pavés de l’ancienne place Maréchal Pétain portent désormais le courage des résistants

Vendredi 21 novembre, au pied de la préfecture de Montpellier, des pavés cuivrés ont été dévoilés sur celle qui fut la place du Maréchal Pétain. Roses blanches, regards croisés, récits échangés : sur la place des Martyrs de la Résistance, descendants et habitants ont partagé leurs histoires, parfois parallèles, parfois entrecroisées.

Les héros qui ont sauvé l'hier honorés ce vendredi 21 novembre ©L.B/Hérault Tribune

Ils se faisaient appeler Pépé, Mamie, Nanou... Des aïeux familiers, des voisins, des figures de rue. Des noms qui vivaient dans les repas de famille mais n’avaient jamais trouvé leur place dans la ville. Le vendredi 21 novembre, Montpellier les a enfin sortis de l’ombre : 145 pavés cuivrés ont été incrustés devant la préfecture, sur la place des Martyrs-de-la-Résistance. Une place qui, sous l’Occupation, s’appelait place du Maréchal Pétain, théâtre de la visite de Pétain et de Franco. L’histoire revient ici, dans le même espace où elle avait été tordue.

Récits croisés

La cérémonie, dans le froid piquant de novembre, a suspendu le temps. Sur les pavés dévoilés, les roses blanches apportées par les descendants, les associations et les élus sont devenues des ponctuations. Agenouillée, une femme murmurait le nom de sa grand-mère en touchant le carré cuivré. Un homme, le regard embué, expliquait "qu’il attendait ce moment depuis des décennies". Un adolescent demandait à son père ce que son arrière-grand-père avait fait “exactement”.

Les générations se sont rassemblées ce vendredi sur les pavés de la place des Martyrs de la résistance ©L.B/Hérault Tribune
Les générations se sont rassemblées ce vendredi sur les pavés de la place des Martyrs de la résistance ©L.B/Hérault Tribune

Quelques minutes plus tard, autre chose s’est produit : les gens ont commencé à parler. À se demander si leurs aïeux s’étaient connus, s’ils avaient agi ensemble quelque part dans l’Hérault, dans les maquis ou les ateliers clandestins.

Une petite-fille confiait qu’elle découvrait ce jour-là que le grand-père de la voisine avait parcouru les mêmes routes que le sien. Un Montpelliérain âgé, entouré de ses trois petits-enfants, expliquait que son oncle avait "caché des enfants dans une ferme aux abords de la ville". Une mère racontait à son fils que leur aïeule “passait pour une simple couturière”, alors qu’elle fabriquait des caches discrètes dans les vêtements de résistants.

Montpellier face à son passé

“Montpellier se souvient, 80 ans après la libération du sol national… Elle se souvient des joies et de l’allégresse, mais aussi des larmes et des drames”, a ouvert le maire de Montpellier Michael Delafosse. Il n’a pas esquivé la part d’ombre de la place qui honore aujourd’hui ces sacrifices humaines : “Entre 1940 et 1944, elle portait le nom du maréchal Pétain. C’est ici que furent reçus Pétain et Franco, dans une mise en scène de leur alliance avec le régime nazi. Mais c’est aussi ici que des femmes et des hommes se sont battus pour la liberté et l’humanité, au prix de leur propre vie”. 

Il fallait regarder cette réalité en face pour rendre hommage à celles et ceux qui, au même moment, prenaient tous les risques. Le préfet François-Xavier Lauch l’a souligné avec force : “Ces personnes ont choisi et parfois ont payé de leur sang la désobéissance républicaine plutôt que l’obéissance aveugle.” Il a cité plusieurs figures héraultaises: Camille Ernst, secrétaire générale de la préfecture ; Jean Benedetti, Roger Friedrissi, Thérèse Mistervitz ; ainsi que des résistantes souvent oubliées : Jeanne Blaquier, Amélia Benedetto, Madeleine Leyssac. “Ce soir, nous honorons toutes ces combattantes et ces combattants. Nous honorons également les survivants, les descendants, les associations…”

136 noms sont aujourd'hui honorés ©L.B/Hérault Tribune
136 noms sont aujourd'hui honorés ©L.B/Hérault Tribune

Parmi les 135 noms, beaucoup n’avaient jamais été honorés nulle part. Certains transportaient de la nourriture, d’autres hébergeaient des enfants, fabriquaient des faux papiers, transmettaient des messages sous couvert de leur vie quotidienne. "Des femmes, souvent, dont l’importance a longtemps été minimisée parce que la mémoire collective les imaginait cantonnées au foyer". Les pavés les remettent à égalité.

Une mémoire qui respire encore

136 pavés portent des noms, des dates, des traces. Neuf autres sont volontairement restés vides, en attente de découvertes futures, de familles qui viendront peut-être encore frapper à la porte de l’Hôtel de Ville. “La mémoire continue de s’écrire, et elle n’a rien d’un folklore. C’est un repère”, appuie le maire.

La transformation de la place des Martyrs-de-la-Résistance participe de cette réécriture. Près de 4 000 m², autrefois dévorés par la circulation, sont désormais offerts aux piétons. Et au sol, ses pavés sont traversés par un cercle lumineux et un jet d’eau, qui viendront dessiner un nouveau paysage au pied de la préfecture. “Rendez-vous el 26 novembre pour l’admirer dans toute sa nouveauté”.

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