Une séquence de trente minutes aura suffi pour placer le Centre d’Évaluation et de Traitement de la Douleur du CHU de Montpellier sous une lumière crue. Jeudi 20 novembre, la vidéo publiée par G Milgram, cumulant 176 000 vues en une journée, dévoile le récit d’une patiente et des images de consultations qui interrogent. L’emballement du public a poussé l’hôpital à réagir ce vendredi 21 novembre.

Dans la vidéo virale de G Milgram, Camille raconte son parcours au Centre de la douleur ©Capture d'écran de la vidéo Youtube

En 48 heures, une vidéo de G Milgram (276 000 abonnés sur YouTube) retraçant le parcours d’une patiente au Centre d’évaluation et de traitement de la douleur du CHU de Montpellier a embrasé les réseaux : près de 200 000 vues et un flot de réactions qui ne faiblit pas. Témoignage en face caméra, images tournées en cure thermale, propos sur les vêtements et la douleur : il n’en a pas fallu davantage pour faire vaciller la confiance autour du service. Ce vendredi 21 novembre, le CHU a annoncé l’ouverture d’une enquête interne et la suspension d’un praticien mis en cause.

Derrière le récit de Camille, jeune patiente souffrant d’une maladie génétique invalidante et fil rouge de l’enquête, la vidéo de G Milgram concentre en réalité son feu sur deux médecins : le Dr Patrick Giniès et le Dr Olivier Abossolo. Le youtubeur ne se contente pas de relayer le témoignage de Camille, il déroule un dossier documenté.

“Il m’a demandé si ma grand-mère était gentille ou méchante” 

Camille raconte que sa première consultation avec le Dr Patrick Giniès a dévié vers des questions inattendues : “Il m’a posé plein de questions sur ma grand-mère… comment elle était, comment elle agissait, si elle était gentille ou méchante.” Selon la patiente, le médecin lui aurait expliqué que “la fibromyalgie est due à des traumatismes générationnels”, ajoutant que “c’était soit la faute de la mère, soit de la grand-mère”.

G Milgram ne se contente pas de diffuser ce témoignage : il confronte ces propos à des prises de parole publiques du médecin. Dans l’une d’elles, on entend le Dr Patrick Giniès affirmer : “Tous les patients que je vois entre 6 et 16 ans… ont une injustice dans la fratrie, liée à un défaut d’attention amoureuse d’un des parents. Vous l’avez accepté, refoulé et oublié.” Dans une autre séquence filmée lors d’une cure thermale, il établit même un lien entre l’origine des douleurs et… les vêtements des patients : “Quand on porte des T-shirts bleu foncé comme le vôtre, c’est que la mère était parfois défaillante. Quel âge vous aviez quand vous avez manqué d’amour, Madame ?”. 

Le youtubeur ajoute à cela le témoignage d’un ancien interne, rapportant une consultation où le médecin aurait déclaré, après 15 minutes : “Elle s’est fait violer à neuf ans mais elle ne s’en rappelle plus. Je le vois à son aspect physique.”

L’effet recherché est net : montrer une cohérence entre ce que raconte Camille et ce que le Dr Patrick Giniès affirme publiquement dans d’autres contextes.

https://www.youtube.com/watch?v=ILTgwty4bWM&t=2153s

Prescriptions illégales et spiritualité

La seconde partie de la vidéo est consacrée au Dr Olivier Abossolo, dont le parcours est décrit par G Milgram comme “encore plus déconcertant”. D’abord sur le plan thérapeutique : une ordonnance officielle pour des huiles essentielles et de l’homéopathie. Puis “une feuille blanche”, sans nom, sans signature, pour du silicium organique G5 de Loïc le Ribault. “C’est toi qui m’as appris qu’il avait été condamné pour exercice illégal de la médecine…”, glisse Camille à celui qui l'interroge.  

Elle affirme également, papier à l’appui, que le médecin lui aurait conseillé d’acheter des “coquilles d’huîtres en poudre” pour “reprogrammer mes gènes”, une cure à “200 € pour trois mois de traitement”. Lorsque Camille refuse à cause du prix, elle rapporte que le médecin lui aurait répondu : “C’est pour vous guérir… demandez à vos parents. J’ai eu des patients qui n’avaient plus de douleurs depuis vingt ans.”

G Milgram entre alors dans un second corpus d’images publiques du Dr Olivier Abossolo. On le voit, en blouse du CHU de Montpellier, expliquer : “Je travaille en thérapie quantique, énergétique, vibratoire, spirituelle… La guérison dépend aussi de notre relation à Dieu.” Dans une autre séquence : “Peut-être que ce qu’il y a à réguler se trouve au niveau de l’âme… Peut-être qu’on a ramené quelque chose d’une vie antérieure… qu’on a à guérir par la maladie.”

Le CHU annonce des mesures

Face au retentissement, le CHU de Montpellier a réagi dans la soirée de vendredi, il reconnaît que la vidéo “met défavorablement en lumière les pratiques de deux praticiens”. L’hôpital indique “avoir lancé une enquête interne”, tandis que la doyenne de la faculté de Médecine engage “une évaluation pédagogique des enseignements liés au service mis en cause”. La direction annonce également un audit de pratiques, confié à “un expert hospitalo-universitaire de la douleur appartenant à un autre CHU”, mission qui doit être menée “à brève échéance” et “en toute indépendance”.

Le CHU précise la situation des deux médecins cités dans la vidéo. Il explique que le Dr Olivier Abossolo “n’exerce plus au sein du centre et n’enseigne plus à la faculté de Médecine”. Il aurait quitté le CHU de Montpellier il y a un an, où il intervenait “en qualité de vacataire, à raison d’une journée par semaine”. Il n’exercerait plus en France. Le second praticien, Dr Patrick Giniès, “a été suspendu de son exercice hospitalier à titre conservatoire”.

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