
À quelques mois des élections municipales, la vie politique viassoise voit revenir sur le devant de la scène une figure bien connue, Richard Monedero. Conseiller municipal durant vingt-cinq ans, puis maire de Vias de 2008 à 2014, l’élu annonce officiellement sa volonté de conduire une nouvelle liste. Un retour motivé, selon lui, par la situation préoccupante dans laquelle se trouverait aujourd’hui la commune.
Entre décisions de justice récentes, finances locales fragilisées et fiscalité jugée insoutenable, Richard Monedero dresse un état des lieux sans concession : endettement important, taxe foncière parmi les plus élevées du canton et du littoral, prix de l’eau et de l’assainissement en hausse, services publics devenus trop coûteux, urbanisme dégradé, espaces verts « détruits » et cœur de village à l’abandon. Autant de constats qu’il associe à la nécessité d’un changement profond.
Face à ce qu’il décrit comme une “urgence” administrative, financière et morale, l’ancien maire affirme vouloir rassembler une équipe d’élus “courageux, lucides et expérimentés”, capables de remettre Vias “sur la voie de la légalité” et de relancer une dynamique d’avenir. Dans cet entretien, il revient sur son diagnostic, ses motivations et les enjeux majeurs du scrutin à venir.
Hérault Tribune : Pourquoi revenir aujourd’hui, après plusieurs années de retrait ? Qu’est-ce qui vous a décidé à vous présenter aux élections municipales de 2026 ?
Richard Monedero : Ce qui m’a décidé, c’est la situation. J’avais décidé d’arrêter définitivement ma carrière politique. Mais il faut savoir que la commune de Vias est aujourd’hui l’une des plus endettées de la région. Le niveau d’imposition de la taxe foncière est le plus élevé de toute la communauté d’agglomération, supérieur à celui d’Agde, qui est pourtant déjà un taux élevé. La situation financière est bloquée, les marges de manœuvre sont très limitées : un taux d’imposition déjà haut, une taxe de séjour au maximum… Donc très peu de possibilités d’action. Il fallait quelqu’un qui ait un peu de compétence, de recul, et une bonne connaissance des finances locales.
Vous dites conduire une liste de femmes et d’hommes « maîtrisant les dossiers » et capables de diriger immédiatement. Quel profil avez-vous souhaité réunir, et pourquoi ?
J’ai souhaité réunir un peu tout le monde, avec une expérience affirmée de la politique locale. Il y a des chefs d’entreprise qui étaient sur le Cap d’Agde, des professionnels de santé… Beaucoup de profils différents, toutes les personnalités que j’ai pu rassembler.
Dans un contexte budgétaire très contraint, quels seraient par exemple vos trois premiers engagements concrets si vous êtes élu ?
Nous nous engageons à réduire l’endettement de la commune et à réduire aussi les taux d’imposition, afin de revenir dans la fourchette de la communauté d’agglomération. Nous ne voulons pas être le plus mauvais élève : aujourd’hui les taux sont très élevés par rapport aux autres communes, alors même que la situation économique locale n’est pas favorable. À Vias, il y a beaucoup de retraités, les retraites n’augmenteront pas, et les revenus non plus. Vias est aussi un village où le taux de chômage et le taux de pauvreté sont les plus élevés de l’agglomération, malgré l’image touristique qui pourrait laisser croire que la commune est riche, ce qui n’est pas le cas.
Votre précédente mandature a-t-elle laissé des projets que vous souhaiteriez reprendre ou actualiser ?
Oui, certains projets étaient en cours et budgétisés, comme l’agrandissement du restaurant scolaire, qui a été abandonné. Il faudra aussi rattraper le retard sur les fondamentaux, notamment la voirie. La voirie de l’ancien village est en très mauvais état. Si vous prenez la rue Racine, par exemple, vous verrez la dégradation. Ce n’est pas tolérable. Ce sera l’une de nos priorités.
Vous parlez de projets tournés vers l’avenir. Pouvez-vous citer un ou deux projets structurants que vous souhaiteriez mettre en place ?
Nous avons un projet qui pourrait être notre projet phare, la construction d’une médiathèque associée à l’école. Pourquoi associée à l’école ? Parce que cela permettrait aux enfants et aux enseignants d’accéder directement aux livres, au numérique, à l’image, etc.
Si les marges de manœuvre sont étroites, quelle méthode de gouvernance adopteriez-vous pour garantir transparence et rigueur ?
La rigueur viendra des économies. Nous supprimerons certaines dépenses qui, selon moi, ne sont pas nécessaires à Vias. Par exemple, il y a eu des frais de représentation, environ 30 000 € sur un mandat, dont ni moi ni mon prédécesseur Michel Saint-Blancat n’avons jamais bénéficié. Nous nous contentions de nos indemnités d’élus. Il y a aussi les vœux du maire, nous n’avons pas besoin d’un spectacle à 10 000 € pour souhaiter une bonne année. On peut se contenter de sandwichs, de cacahuètes, d’olives et de vin en cubi et faire des économies ! Je ne parle même pas des spectacles… Pendant des années, il y avait des élections de miss. En cette période pré-électorale, tout cela a été supprimé car la commune se rendait bien compte qu’elle avait trop dépensé.
Vous affirmez que Vias est aujourd’hui une commune surendettée. Comment expliquez-vous cette situation ?
On a voulu faire des investissements importants à Vias-Plage. Il fallait en faire, mais pas d’une telle ampleur. Et tous ces investissements ont été réalisés à crédit. La commune n’a pas dégagé suffisamment d’excédents de fonctionnement pour les financer. Pourquoi ? À cause de dépenses somptuaires.
Selon vous, la taxe foncière de Vias serait la plus élevée du canton. Comment en est-on arrivé là et quelles en sont les conséquences pour les habitants ?
Le moyen de rembourser les emprunts, ce sont… les emprunts. Et les échéances d’emprunt. Voilà l’origine de l’augmentation de la taxe foncière.
Vous parlez d’un « matraquage fiscal sans précédent ». Quels impôts ont le plus augmenté ces dernières années ?
Principalement la taxe foncière, puisque la taxe d’habitation a été supprimée. Mais la surtaxe sur les résidences secondaires, dans une commune touristique comme Vias, est au maximum : 65 %. À Agde, qui a aussi beaucoup de résidences secondaires, elle n’est que de 15 %.
Concernant le prix de l’eau et de l’assainissement, que vous jugez exorbitant, quelles solutions concrètes envisagez-vous ?
La commune a délégué la gestion de l’eau au syndicat du Bas Languedoc en 2017, qui lui-même délègue à Suez. La commune est liée par ce contrat. Il faudra négocier avec l’agglo et le syndicat pour essayer de ramener la gestion de l’eau dans le giron de la communauté d’agglomération, qui mutualisera les frais.
Le prix de l’eau a quasiment doublé en peu de temps, tout comme celui de l’abonnement. Ce n’est pas normal.
Vous évoquez aussi des routes à l’abandon et des espaces verts dégradés. Quelles seraient vos priorités pour restaurer l’espace public ?
Notre priorité est la re-végétalisation de la ville. Il faudra travailler avec les riverains, car certains veulent plus d’espaces verts près de chez eux. Il y avait auparavant des places et des rues avec des arbres ; beaucoup ont disparu. Nous regarderons les politiques de végétalisation mises en place ailleurs, toujours en accord avec les habitants.
Les constructions « anarchiques » sont un sujet sensible. Quel regard portez-vous sur l’urbanisme récent et comment rétablir une cohérence réglementaire ?
Des immeubles ont été construits en zone résidentielle, au milieu ou devant des lotissements, avec deux, trois ou quatre étages. Cela déplaît aux habitants, ce qui est compréhensible. Il y a eu plusieurs recours, par exemple sur un immeuble prévu près de l’Intermarché, ou encore sur la station-service route de Béziers, un dossier en attente depuis cinq ou six ans. La municipalité actuelle veut agrandir la zone alors qu’elle n’est même pas terminée, et sur des zones agricoles ou paysagères. Nous ne sommes pas d’accord : il faut conserver un minimum d’espaces verts autour de la commune. Créer de nouveaux quartiers, c’est bien, mais il faut des services qui suivent : cantine, crèche…
Justement, vous estimez que les tarifs de la cantine, du centre aéré ou de la crèche sont trop élevés. Comment souhaitez-vous les revoir, et comment compenser la perte de recettes ?
Il faut moduler les tarifs en fonction des revenus. Et réaliser des économies sur d’autres dépenses moins utiles. À l’époque, deux classes partaient chaque année en classe de neige : une semaine, 30 000 €. C’est un choix. Il y aura des arbitrages à faire, on ne fera pas que des heureux, mais on fera au mieux.
Niveau sécurité, comment voyez-vous les choses ?
Le service actuel est globalement satisfaisant, mais certains secteurs sont très mal surveillés et connaissent encore de la délinquance, notamment des zones un peu isolées l’hiver. Il faudrait une présence plus importante de la police municipale, une brigade de nuit, et installer des caméras de vidéoprotection sur plusieurs secteurs sensibles.
Vous mentionnez aussi dans votre tract des décisions de justice récentes confirmant des difficultés financières pour Vias…
Il y a effectivement l’affaire du promontoire : 280 000 € de pénalités exécutoires immédiatement, et un million d’euros avec sursis. Cela signifie que si une nouvelle construction illégale en bord de mer était condamnée, le sursis tomberait. Une décision est attendue mi-décembre. On verra.
Au niveau du patrimoine de Vias, avez-vous des projets ?
Oui, il faut mettre en valeur le bâti existant et rendre les rues du village plus attrayantes, pour redonner envie aux gens de circuler. Il faut aussi revoir les patrimoines extérieurs et paysagers : les bords du Libron, du Canal… Les ouvrages du Libron sont remarquables, ils mériteraient une vraie zone d’accueil et une mise en valeur.
Que retenez-vous comme enseignement majeur de vos précédents mandats ? Et comment voyez-vous Vias en 2026 ?
Je vois un Vias qui doit grandir, mais grandir avec modération, en conservant cette charnière entre ville et village : avoir la dimension d’une ville pour en offrir les services, tout en préservant l’esprit du village.








