[DOSSIER] Tour de France : l’utilisation de l’Intelligence Artificielle par les musées et lieux de patrimoine (07/02/2025)
Temps de lecture : 9 min

A l’occasion du Sommet et de la semaine de l’Intelligence Artificielle, à Paris, du 6 au 12 février 2025, le CLIC propose un nouveau dossier sur l’utilisation de l’IA dans et par les musées et lieux de patrimoine artistique, historique et scientifique français. Communication, médiation, exposition et collection … l’IA s’intègre progressivement dans les différentes activités et métiers des institutions culturelles. Des exemples sont présentés dans ce dossier qui sera régulièrement actualisé. 

[FORMATION CLIC] En 2025, le CLIC lancera sa première formation consacrée à l’usage de l’Intelligence Artificielle dans et par les musées et lieux de patrimoine. Ouvert à 8-10 institutions, ce programme se déroulera sur plusieurs journées, entre septembre et décembre 2025. Le pré-programme sera publié au début de mars 2025. Si vous souhaitez recevoir des informations, merci d’envoyer un mail à formation@club-innovation-culture.fr 

Sommaire:

. Information, communication et marketing relationnel

. Médiation in situ sur outil mobile ou fixe

. Expositions et expériences immersives

. Information, communication et marketing relationnel.

Forme “primitive” de l’utilisation de l’IA dans les lieux de patrimoine, le chatbot, ou agent conversationnel, permet de créer un interface de communication avec le public. En répondant à leurs questions, cet outil de communication mis en place depuis quelques années offre une interaction avec les visiteurs et permet de fluidifier la relation et de personnaliser la diffusion d’informations.

L’outil de plus en plus souvent accessible sur le site des musées et lieux de patrimoine (une centaine de destinations culturelles hexagonales en serait dotés) mais également sur sa page Facebook peut répondre à des questions d’ordre pratique, sur les horaires, les conditions de visite et la programmation. Dans certains lieux culturels, le chatbot peut également répondre à des questions sur les collections ou l’histoire du lieu. L’agent conversationnel produit et transmet automatiquement des réponses en s’appuyant sur une base de données fournie par le musée, concernant les œuvres, les expositions et l’institution. Outil d’information, de communication et de marketing relationnel, il permet un contact ciblé avec les visiteurs. Il peut parfois remplacer ou compléter une foire aux questions trop longue et même se substituer à une réponse aux mails fastidieuse.

Une des entreprises pionnières dans la création et la programmation de ces chatbot,  Ask Mona, s’est imposée sur la scène culturelle française, proposant un chatbot personnalisé à de nombreuses institutions culturelles telles que le Centre Pompidou, le Grand Palais, l’Atelier des Lumières, le Musée du Sport, Rouen Monuments, certains sites du Centre des Monuments Nationaux (ARTICLE CLICHuit sites du CMN offrent un chatbot développé par Ask Mona Studio dans le cadre de l’Incubateur du patrimoine) et plus récemment le Musée Rolin d’Autun. La plupart des chatbot élaborés par AskMona ont un design et un nom spécifiques pour permettre un échange ludique et renforcer l’identité du lieu. Pour la Fondation Louis Vuitton, Twelvy, chatbot disponible sur la page Facebook, peut orienter les visiteurs mais également leur proposer un récapitulatif de l’histoire du musée ou des expositions en cours. Ask Mona produit également le chatbot de lieux culturels hors de France, tels que le Museum of African American History (Washington) et le Musée canadien de l’histoire (Gatineau).

Des lieux culturels ont eu recours à d’autres plateformes et prestataires comme les musées de Reims avec le projet Anna, mis en place en 2024. (Article CLICL’agent conversationnel Anna, nouvelle guide virtuelle pour le musée numérique de Reims ) Ce guide virtuel fonctionne sur le même principe. Le personnage d’Anna répond aux questions des visiteurs et leur apporte des informations pratiques et culturelles. 

(AUTRES ARTICLES CLIC sur le chatbot : Doubs Tourisme et Livdeo lancent HeyDoubs, un nouvel agent conversationnel touristique qui “parle” 200 langues ! et Le Musée de la Pêche de Concarneau a lancé Pélagie, son robot conversationnel pour visiter l’Hémérica ) 

  • Médiation in situ sur outil mobile ou fixe 

L’intelligence artificielle peut également enrichir la visite du public, se présentant comme un guide virtuel in situ, sur téléphone mobile ou via une borne interactive, afin d’accompagner les visiteurs et stimuler leur curiosité. Questions et réponses permettent ainsi de mieux comprendre les collections et l’histoire des œuvres. 

. Médiation sur téléphone mobile

Les chatbot peuvent ainsi avoir une fonction de médiation, créant une conversation autour des œuvres. 

AskMona a par exemple créé et lancé en 2021 un guide de visite conversationnel, pour le Centre Pompidou, Tubo (Article CLICLe Centre Pompidou lance son chatbot de communication et de médiation avec Ask Mona ). En prenant en photo une œuvre reconnue par l’IA, le visiteur peut ainsi découvrir des contenus exclusifs et poser des questions au chatbot. L’institution offre de cette manière un guide virtuel, permettant de personnaliser l’échange et de rendre la visite plus stimulante et plus interactive qu’elle ne peut l’être via un audioguide. L’IA peut apporter des précisions sur la démarche de l’artiste et sur le contexte historique. Au Centre Pompidou, Tubo propose des contenus sur cent treize œuvres et un visiteur sur cinq l’utilise.

La Fondation Louis Vuitton utilise également son chatbot et l’IA comme guide virtuel. Pendant la visite, via l’application mobile de la Fondation, le chatbot Twelvy peut interagir avec les visiteurs. Il répond à leurs questions sur les œuvres, sur l’architecture et la démarche créative et culturelle de la Fondation, instantanément et de manière personnalisée. Pour l’exposition Pop Forever, Tom Wesselmann &…, organisée d’octobre 2024 à février 2025, le public a pu profiter d’un parcours interactif pour découvrir le pop art et ses concepts. Le chatbot guide visite peut s’adapter aux visiteurs en proposant par exemple un parcours famille, ludique et accessible. Cela permet à tous les publics, des plus jeunes aux amateurs d’art contemporain, de profiter d’une visite fluide, enrichie par des informations et des anecdotes. 

Ce système de guide virtuel “made in France” s’est également exporté outre-atlantique avec un partenariat entre AskMona et le Musée National des Beaux-Arts du Quebec (ARTICLE CLIC : ).

. Médiation sur écran ou borne fixe

L’intelligence artificielle peut également être utilisée pour créer un outil de médiation in situ, mais sous la forme d’un terminal fixe, borne ou écran.

C’est le cas du programme lancé en septembre 2024 au Centre Minier de Lewarde et qui s’appuie largement sur les témoignages des anciens mineurs. L’expérience développée par la société Hovertone permet un face à face entre les anciens mineurs – guides du musée et les visiteurs. En recueillant les témoignages de trois mineurs et à l’aide d’un outil de Large Language Model, chaque question du public peut recevoir une réponse personnalisée et détaillée de la part des anciens mineurs, qui furent également jusqu’à une époque récente guides conférenciers dans le musée. (Article CLICPour ses 40 ans, le Centre Historique Minier Lewarde lance un dispositif numérique de médiation pour aller “à la rencontre des anciens mineurs” )

. L’IA peut également permettre aux visiteurs d’interagir avec des personnages emblématiques disparus. 

Au Musée d’Orsay, lors de l’exposition Van Gogh – Auvers sur Oise de 2023, le public a pu poser ses questions à un avatar de Van Gogh, grâce à l’expérience Bonjour VincentDéveloppée par la société Jumbo Mana, cette expérience basée sur l’intelligence artificielle prend la forme d’une borne interactive et s’appuie sur un corpus de 900 lettres de Van Gogh afin de répondre aux questions du public. Elle permet aux visiteurs d’avoir l’impression de dialoguer directement avec l’artiste afin de mieux comprendre ses intentions, ses états d’âmes et ses créations. 

D’autres expériences similaires ont été été élaborées par JumboMana :

. en 2024 pour la Maison des Ailleurs, à Charleville-Mézières, qui permet d’interagir avec Arthur Rimbaud (Article CLICBonjour Rimbaud: grâce à l’IA, l’aventurier poétique dialogue avec le public, à Charleville-Mézières )

. à l’occasion du sommet de l’IA 2025 de Paris, Jumbo Mana a collaboré avec l’Ambassade de France aux Etats-Unis pour créer un avatar du Marquis de Lafayette. Cet agent virtuel va permettre la promotion de la culture française outre-atlantique. 

Jumbo Mana a également produit un “avatar” de Napoléon qui sera prochainement présenté au public.

(AUTRE ARTICLE CLIC sur la médiation grâce à l’IA : Dans le cadre de l’exposition Molière, la BnF et ses partenaires créent un chatbot consacré à Dom Juan )

  • Expositions et expériences immersives 

L’intelligence artificielle a également accompagné certains musées et lieux de patrimoine pour la création d’expositions ou d’expériences immersives. L’IA devient alors un outil d’aide à la production et facilite la génération de contenus intégrés dans l’exposition ou l’expérience.

. Au Musée de l’Armée, l’exposition Revivez la Liberation, organisée à la fin 2024, a ainsi exploité le potentiel de l’IA pour proposer aux visiteurs d’assister à la Libération  de 1944, en proposant une immersion dans les archives historiques, photos et vidéos. Pour la partie Paysages de la mémoire, grâce à l’IA, des photographies issues des collections du musée mais également de l’armée américaine ont pu être projetées sur un grand écran en étant colorisées ou en y ajoutant une perspective 3D. Cela a permis de créer une expérience beaucoup plus immersive et de plonger le public dans cette période historique marquante. L’exposition propose également une cartographie et une chronologie alimentées par l’IA afin de replacer ces documents d’archives dans leur contexte historique et géographique. Dans une autre partie de l’expérience, Visages de la mémoire, l’IA a permis la diffusion de témoignages enrichis par des photographies. Cela permet de conserver la mémoire des témoins directs de cet événement et de proposer aux visiteurs un récit personnel et subjectif, un dialogue avec des “héros” de la libération. (Article CLICLe musée de l’Armée invite ses visiteurs à “revivre la libération de 1944”, grâce à l’intelligence artificielle et à l’immersion).

. L’IA peut également aider des artistes à produire une création originale. 

Dans le cadre exceptionnel du Théâtre antique d’Orange, l’expérience vidéo et audio immersive Odyssée Sonore, présente le monument antique sous un autre jour. Elle propose au visiteur de plonger dans des décors végétaux, des visages, des dieux et déesses projetés sur les pierres de l’ancien théâtre pendant un spectacle de 45 minutes. Les images produites largement par l’intelligence artificielle, sont diffusées à l’aide de 25 vidéoprojecteurs sur le sol, les gradins et la scène, les images. Cette première mondiale récompensée offre également une immersion sonore en équipant chaque visiteur d’un casque offrant un son binaural et géolocalisé. (ARTICLE CLIC : )

Les expositions du Grand Palais Immersif utilisent également régulièrement l’intelligence artificielle comme inspiration et outil de création. Artificial Dreams, exposition-performance immersive centrée sur la création numérique assistée par l’IA, a été proposée pendant l’été 2024. Démontrant l’expansion accélérée de l’IA et soulignant son potentiel artistique, cette exposition explorait “les frontières entre virtuel et réel tout en présentant aux spectateurs toutes les possibilités créées par la collaboration entre l’homme et la machine”. Depuis octobre 2024, le Grand Palais Immersif présente une autre exposition immersive s’appuyant largement sur l’IA. PIXELS est la première grande exposition parisienne consacrée à Miguel Chevalier, pionnier français de l’art numérique. Déployée sur deux étages, l’exposition explore les thèmes de la technologie et de la rencontre entre le virtuel et le réel et utilise largement l’intelligence artificielle. (Article CLICLe Grand Palais Immersif présente “PIXELS”, une expérience immersive et interactive imaginée par Miguel Chevalier).  

  • Les expériences et activités post-visite 

L’intelligence artificielle peut également accompagner les visiteurs après leur visite grâce à la création de produits dérivés originaux. 

. Les magnets intelligents créés par AskMona sont vendus 5 à 7 euros dans les boutiques de certains musées et lieux de patrimoine tels que le Château royal de Blois, les musées de Bayeux, la Comédie Française ou le Musée de la Grande Guerre de Meaux. Ils permettent de prolonger la visite et de converser chez soi avec des personnages artistiques ou historiques rencontrés dans le musée ou le monument. Ces souvenirs numériques à emporter sont équipés d’un QR code que le visiteur peut scanner afin de poser des questions à un artiste ou à un personnage historique tels que Van Gogh, la Joconde, Claude Monet, Cléopâtre, Catherine de Medicis, et plus récemment Schubert, Montaigne, Cathédrale St Maclou (Pontoise), Bastêt (pour l’expérience “Horizon de Kheops” / Excurio). Ces magnets fonctionnent avec l’IA et les réponses qu’ils élaborent s’appuient sur une base de données définies par AskMona et le lieu partenaire. Près de 200 000 magnets ont été écoulés depuis leur lancement. (ARTICLE CLIC : )

Un autre exemple d’expérience post-visite utilisant l’IA est le photomaton nouvelle génération. La borne photo IA de la société BryanThings, un designer de mobilier connecté pour la culture et le patrimoine, permet de générer un souvenir de la visite par la création de photos où le visage du visiteur est fusionné avec le portrait d’un personnage historique ou artistique. Générés par une intelligence artificielle, ces clichés souvenirs sont imprimés par la borne (pour un prix de 2 à 5 euros) ou envoyés gratuitement au visiteur par mail. Ils prolongent ainsi l’expérience du visiteur de nombreux lieux culturels tels que le Centre Pompidou, le musée Galliera, le Clos Lucé, le musée d’Orsay, mais également en dehors des frontières, au Louvre Abu Dhabi et au centre d’art immersif Phoenix Dortmund. 

  • Gestion des collections 

Les outils d’intelligence artificielle vont également pouvoir apporter une aide précieuse dans la gestion des collections, en ce qui concerne la conservation, l’indexation, l’archivage ou la numérisation. 

Plusieurs institutions françaises mènent actuellement des projets expérimentaux et des programmes de recherche dans ce domaine.

. L’IA peut être utilisée pour évaluer et prédire l’état des collections. 

A la BnF, le doctorant Alaa Zreik a été chargé de programmer une intelligence artificielle afin de prédire et d’attester de l’état sanitaire des collections. Des bases de données existantes peuvent déjà recenser l’état de dégradation des documents mais elles ne sont pas toujours homogènes et ne répondent pas forcément aux mêmes critères. Il faut donc d’abord créer une terminologie stable afin d’identifier les principales causes de dégradation des documents afin de pouvoir prédire leur évolution. Alaa Zreik explique “ j’ai créé une ontologie, c’est-à-dire un modèle conceptuel définissant des relations possibles entre les différents événements qui peuvent affecter les documents, et j’ai représenté l’histoire de la conservation des documents par des trajectoires sémantiques”. Ainsi, l’utilisation de l’intelligence artificielle permet de croiser ces données, de comparer les trajectoires similaires des documents entre eux afin de prédire leur état futur. Le recensement des dégâts matériels et leur classification n’est pas encore terminé, retardant l’application du programme. Une telle application pourra être utile à tous les lieux d’archives, leur permettant une meilleure gestion des documents afin d’anticiper les potentielles dégradations. 

. L’IA peut également être un outil puissant d’aide à l’indexation et à la description des œuvres des collections.

Au Musée des Arts Décoratifs, l’IA est ainsi au cœur du projet TORNE-H, un partenariat entre le musée et l’Ecole nationale des Chartes. Ce projet explore comment l’IA pourrait contribuer à l’analyse d’images et ainsi à la classification de documents et d’archives du musée. Son objectif est de démontrer l’efficacité de l’IA pour la gestion des collections, notamment de collections de photographies et d’images. 

Au Musée Guimet, le projet HikarIA vise également à exploiter le potentiel de l’IA pour la gestion de ses collections. Ce projet s’est construit en partenariat avec la société TEKLIA afin d’élaborer des modèles automatiques pour classifier les collections de photographies anciennes japonaises. L’IA pourrait se servir du large corpus de données mis à disposition par le musée afin de s’entraîner à l’analyse des images patrimoniales. Grâce à cela, le dispositif servirait à  mieux étudier et valoriser ces images en permettant leur indexation automatisée mais aussi le développement de descriptions automatiques des photographies. Déployé sur trois ans, de 2023 à 2026, HikarIA a pour objectif d’explorer les possibilités offertes par un tel processus, l’appliquant à l’histoire de l’art et à la photographie. 

SOURCES: institutions, synthèse par Sinapses Conseils 

PHOTO du carrousel : l’application mobile de la Fondation Louis Vuitton qui guide le visiteur dans l’exposition grâce à l’IA

Date de première publication: 07/02/2025

Ask Mona, BryanThings, CMN, Fondation Louis Vuitton, musée de Reims sont membres du CLIC

Voir la source
Espace publicitaire · 300×250