Essai - Ariel Atom 4 : plus forte qu’une Ferrari, aussi docile qu'une citadine !
<p>On dit souvent qu’une voiture radicale se savoure sur un circuit, casque vissé sur la tête, combinaison ignifugée et chronomètre en main. Mais il faut parfois la sortir de ce décor convenu pour comprendre ce qu’elle a vraiment dans le ventre.<br /> C’est sur les routes de Dordogne, entre Angoulême et Beynac, que j’ai pris le volant de l’Ariel Atom 4, une voiture si dépouillée qu’on a du mal à la qualifier de… « voiture ». C’est une structure, un moteur, quatre roues, et le reste n’est que superflu. Et pourtant, à son volant, on découvre une forme d’évidence : la liberté mécanique absolue.<br /> Angoulême s’éveille à peine lorsque le moteur Honda s’allume derrière mon dos. Un 4 cylindres 2.0 turbo, tout droit sorti d’une Civic Type R FK2, mais ici, il respire mieux, souffle plus fort et fait chanter son turbo comme une trompette de métal.<br /> 360 ch pour 595 kg. Le calcul est simple : 1,7 kg par cheval. Autant dire une catapulte. Mais la magie, c’est que cette puissance ne se jette pas sur vous : elle se tend, elle s’offre, elle s’apprivoise. La boîte manuelle à 6 rapports, d’origine Honda elle aussi, a des débattements ultracourts. Le levier en aluminium brut claque net, sans jeu.<br /> Chaque passage est un instant mécanique : pas de câble mou, pas de flou, seulement une connexion directe entre votre bras et la boîte. Ça claque, oui, mais c’est de la musique. Je quitte la ville lentement, casque ouvert, l’air du matin qui s’engouffre sous la visière.<br /> L’absence totale de pare-brise fait l’effet d’un électrochoc sensoriel. A 50 km/h, vous sentez déjà que vous êtes dehors. A 90 km/h, c’est un déluge d’air, un torrent de sons, de vibrations, d’odeurs. On ne fait pas uniquement corps avec la voiture, mais aussi avec ce qui nous entoure. L’Atom 4 ne vous isole pas du bitume, elle vous y greffe.<br /> Chaque gravier, chaque changement de texture de route remonte dans les doigts. Et paradoxalement, tout reste fluide. La direction, lourde même à haute vitesse, est précise mais jamais nerveuse. Le châssis, en acier tubulaire soudé à la main dans l’usine du Somerset, ne bouge pas d’un millimètre. On croirait piloter un scalpel.</p> <h2>Transparence mécanique</h2> <p>Les premiers kilomètres filent, la Charente cède la place aux collines du Périgord. Les routes s’enroulent autour des forêts, la lumière glisse sur la carrosserie… ou plutôt sur le squelette, puisque l’Atom n’a pas de carrosserie au sens classique.<br /> De profil, on distingue le moteur nu, les conduits du turbo, les superbes amortisseurs jaunes Ohlins en pleine lumière. C’est presque indécent de transparence mécanique. Tout est à nu, comme si Ariel avait voulu exposer la vérité brute de la performance. Et pourtant, malgré cette brutalité d’apparence, la voiture se conduit comme une citadine.<br /> L’embrayage est étonnamment doux, progressif, sans à-coups. Le turbo souffle dès 2 000 tr/mn, le moteur reprend sans agressivité et dévoile une élasticité surprenante. Il faut dire qu’il n’a pas grand-chose à emmener…<br /> Aussi, à 3 800 tr/mn, il semble regagner vigoureusement en vitalité. En ville, elle se comporte comme une Twingo. Sauf qu’une grenouille ne fait pas de 0 à 100 km/h en 2’’8. Quand la route s’élargit, je pousse un peu plus fort.<br /> Le moteur siffle, se tend, puis déferle. L’accélération est fulgurante, et violente. L’admission me hurle dans l’oreille droite, avant que les chuintements des décharges de turbo ne viennent me susurrer des mots plus doux. Pas de temps mort, pas d’inertie.<br /> Tout est immédiat. Les passages de rapport sont autant d’uppercuts assénés avec précision. Le châssis encaisse, les suspensions filtrent les irrégularités avec une rigueur de voiture de course.<br /> Et malgré la proximité du sol – on est à peine à 10 cm du bitume –, la stabilité est bluffante. La mise au point est remarquable, les roues ne dribblent jamais, sont toujours plaquées au sol. Au profit d’une belle motricité. Et il n’a jamais été aussi évident de placer un train avant, surtout quand vous l’avez dans le viseur.<br /> L’équilibre est finalement neutre sur les appuis prolongés, joueur mais jamais piégeur sur les transferts. A chaque virage, on sent la voiture pivoter autour de soi, légère, réactive, comme suspendue à un fil invisible. On peut doser l’accélération au millimètre, sentir le couple qui s’installe, puis la poussée qui vous colle au siège sans jamais vous trahir.</p> <h2>Objet de curiosité</h2> <p>Sur la route de Brantôme, la Dordogne commence à montrer son visage apaisé : de grands chênes, des champs dorés et quelques vaches qui lèvent la tête à notre passage. L’Ariel attire tous les regards.<br /> Pas uniquement parce qu’elle est rare – elle l’est, incroyablement même, une poignée d’exemplaires produits chaque année –, mais parce qu’elle semble sortir d’un autre monde. Les enfants rient, les adultes sourient.<br /> Ce n’est pas la crainte qu’inspire une supercar, mais la curiosité. On la prend en photo, on la questionne, on s’en approche. L’Atom est un ovni sympathique. Et quand on leur dit qu’elle est homologuée sur route seulement depuis 2025 chez nous, on sent la surprise : oui, ce truc roule légalement.<br /> Je repars, les bras nus, le casque ouvert, et la route serpente. Les virages s’enchaînent avec une vraie limpidité. L’absence de filtre entre le conducteur et la route donne une impression de télépathie.<br /> On pense « virage à droite », la voiture est déjà dedans. « Freine », elle freine. « Relance », elle explose. La pédale de frein, ferme et progressive, est une leçon de dosage. Pas d’assistance excessive, pas de mollesse : juste la sensation pure.<br /> Et puis il y a ce bruit, ce sifflement du turbo à chaque lever de pied, ce souffle qui rappelle qu’ici tout respire la mécanique anglaise la plus folle. On se surprend à rouler sans chercher la vitesse, juste pour savourer l’équilibre, la précision, la respiration du moteur. Car c’est bien là tout l’intérêt.<br /> Atteindre des vitesses inavouables est déjà un défi en soi pour le plus téméraire des pilotes, mais ce n’est absolument pas nécessaire avec cette Atom, aussi bavarde que généreuse, même en dessous des limitations.<br /> Entre deux villages, j’ai cette pensée étrange : l’Ariel Atom 4, c’est peut-être la seule voiture capable de réconcilier le puriste et le poète. Elle est d’une efficacité dantesque, mais son plaisir n’est pas que dans la performance. Il est dans la manière.</p> <h2>Dialogue entre homme et machine</h2> <p>On peut la conduire comme un kart de course ou la promener tranquillement sur un ruban de bitume qui serpente entre les noyers, coude nonchalamment posé sur le châssis tubulaire. Elle ne vous agresse jamais, elle vous invite à jouer.<br /> Et c’est sans doute sa plus grande réussite : transformer la radicalité en douceur. Plus loin, la route descend vers Sarlat, véritable joyau médiéval au charme intact. Le soleil tape, les odeurs de terre chauffée montent.<br /> Le vent devient plus chaud, plus dense. J’imagine le contraste entre cette voiture et le silence des ruelles médiévales qui m’attendent là-bas. Mais avant d’y arriver, la portion est trop belle. Encore une fois, j’appuie à fond.<br /> La poussée est immédiate, violente. Le 2.0 turbo hurle, la boîte claque comme une arme. Les arbres deviennent flous. Et soudain, tout s’aligne : la route, la voiture, le conducteur. La symphonie parfaite. Pas une once de roulis, pas de flottement.<br /> Et une impression de confiance grandissante. L’Ariel Atom n’est pas l’explosive caractérielle que l’on croit. Dans le petit club très sélect des barquettes supersoniques, elle propose un ABS, un ESP (déconnectable, of course) et un contrôle de motricité.<br /> Ce dernier étant même paramétrable sur sept crans. Je coupe le moteur sur la place, le métal claque en refroidissant. Les passants s’approchent, curieux. Les regards glissent sur les tubes, sur le moteur à nu, sur les pneus encore chauds.<br /> L’Atom n’a rien à cacher : tout est là. C’est une voiture qui ne ment pas. En l’observant, on comprend pourquoi elle fascine. Parce qu’elle est tout ce que l’automobile moderne n’est plus : légère, mécanique, simple, directe.<br /> Pas d’écran, pas de GPS, pas de mode « Confort ». Uniquement un moteur, quatre roues, et vous. Le lendemain, en repartant vers Beynac, je prends conscience que cette machine n’est pas seulement une voiture. C’est une école.<br /> Elle vous apprend à conduire à nouveau, à écouter, à ressentir. On découvre des sensations oubliées. Elle vit, mais ne mord pas. Sur la montée du château de Beynac, je la laisse respirer. Le moteur ronronne, le vent caresse les bras.<br /> Le contraste est parfait : la brutalité maîtrisée de la machine face à la douceur millénaire du paysage. La Dordogne coule en bas, paisible. Je coupe le contact. Le silence revient. Les oiseaux, le cliquetis du métal qui refroidit, et cette impression d’avoir vécu un instant suspendu. Je repense à tout ce que cette voiture incarne : la déraison anglaise et la rigueur mécanique, en trois mots, la passion pure.</p> <h2>L'avis de notre essayeur Walid Bouarab</h2> <p><em>L’Ariel Atom 4 est la preuve que l’on peut construire une supercar sans carrosserie, avec le minimum d’électronique, sans compromis, et qu’elle peut quand même être agréable à vivre.<br /> Elle accélère plus fort qu’une Ferrari, mais se conduit avec la docilité d’une citadine. Elle est folle, mais logique. Sauvage, mais raffinée. Et surtout, elle est vivante. Elle ne cherche pas à plaire, elle cherche à éveiller. Et dans ce dialogue-là, l’Ariel Atom 4 a trouvé la voix parfaite.</em></p> <h2>Ariel Atom 4 : sa fiche technique</h2> <ul> <li>Moteur : 4 en ligne, turbo, 16 S</li> <li>Cylindrée : 1 996 cm3</li> <li>Puissance maxi : 360 ch à 6 500 tr/mn</li> <li>Couple maxi : 46,9 mkg à 3 000 tr/mn</li> <li>Transmission : roues AR, 6 rapports manuels</li> <li>Antipatinage : de série déconnectable (en option)</li> <li>Autobloquant : de série, mécanique</li> <li>Poids annoncé : 595 kg</li> <li>Rapport poids/puissance : 1,7 kg/ch</li> <li>L - l - h : 3 520 - 1 880 - 1 122 mm</li> <li>Empattement : 2 390 mm</li> <li>Pneus AV &amp; AR : 195/50 R 16 &amp; 255/40 R 17 (Yokohama Advan A052)</li> <li>Freins AV/AR : disques ventilés (290/290 mm)</li> <li>Réservoir : 40 l</li> <li>Prix de base : 104 393 €</li> <li>Prix des options/malus : 32 676/13 014 €</li> <li>Prix du modèle essayé : 150 083 € (malus compris)</li> <li>V. max. : 260 km/h</li> <li>0 à 100 km/h : 2’’8</li> <li>0 à 165 km/h : 6’’8</li> </ul> <p><strong>Retrouvez notre essai de l'Ariel Atom 4 dans le <em>Sport Auto</em> n°767 du 28/11/2025.</strong></p> <meta name="original-source" content="https://www.sportauto.fr/essai/ariel-atom-4-test-essai-2026-446322.html" /><meta name="syndication-source" content="https://www.sportauto.fr/essai/ariel-atom-4-test-essai-2026-446322.html" /><meta name="robots" content="noindex, follow" />
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