Effondrement de l’école et immigration : le dernier tabou

Le récent retour du débat sur les “temps scolaires”, à l’occasion de la publication du rapport de la convention citoyenne sur le temps de l’enfant, prouve, s’il était encore besoin d’une preuve en la matière, le refus définitif de nos gouvernants de s’attaquer aux véritables maux de l’école. Quand le niveau des élèves s’effondre, quand la violence se banalise dans les établissements et quand il devient impossible de pourvoir tous les postes d’enseignants, on ergote sur l’organisation des journées et sur la durée des vacances… Naturellement, le nombre d’heures de cours et leur répartition resteront des données accessoires tant que le professeur devra passer la majeure partie de son temps en classe à faire la discipline et tant qu’aucune forme d’exigence ou de sélection ne viendra pousser les élèves à travailler.

​Chacun en a bien conscience désormais, notre école est malade et notre système éducatif au bord de l’effondrement. La raison en est d’abord la disparition de l’autorité du professeur et de toute l’échelle des sanctions sous l’effet de l’idéologie post-soixante-huitarde, ainsi qu’une orientation pédagogique délirante, qui fait encore dire à des inspecteurs aujourd’hui que l’enseignant ne doit pas incarner une “posture de savoir” face aux élèves ni leur transmettre ce savoir de manière “descendante”. La plupart des acteurs du système sont encore partie prenante de cette idéologie et ce faisant, ils ont largement contribué à creuser leur propre tombe depuis des années.

L’immigration, un facteur systématiquement occulté dans le débat scolaire

​Cependant, à côté de ces dérèglements propres au système éducatif, d’autres facteurs extérieurs sont venus dans le même temps peser sur lui et aggraver son délitement depuis les années 1980 ; il s’agit en particulier de l’immigration massive de personnes issues du monde arabo-musulman et de l’Afrique subsaharienne. Certes, excepté quelques hypocrites ou fanatiques, chacun reconnaît désormais le poids de cette immigration dans différents domaines, comme la délinquance, le trafic de drogue, l’insécurité ou le terrorisme. On commence également à prendre conscience du poids de ce phénomène sur notre système social et notre système de santé, même si le sujet est rarement abordé de manière directe.

​C’est par le biais de questions comme celle du financement de l’aide médicale de l’État, de la dette des étrangers dans nos hôpitaux, des visas accordés pour soins ou encore de la pénurie d’organes pour les greffes que le rôle joué par l’immigration dans l’effondrement de notre hôpital parvient à se frayer une place dans le débat public. Mais s’agissant de l’école, le mot n’est pratiquement jamais prononcé et, pourtant, il est notoire que les établissements difficiles, classés en “réseau d’éducation prioritaire” (Rep ou Rep+), sont fréquentés en très grande majorité par des élèves issus de l’immigration. « C’est l’éléphant dans la pièce », écrivait dans un article du Figaro Joachim Le Floch-Imad, l’un des rares à aborder la question, notamment dans son dernier livre, Main basse sur l’Éducation nationale (Les Éditions du Cerf), mais également dans une récente note pour l’Observatoire de l’immigration et de la démographie.

La plupart des acteurs du système éducatif n'ont jamais renoncé aux mantras du progressisme et continuent à creuser leur propre tombe et celle du pays tout entier. Photo © Lily Franey/Gamma-Rapho
La plupart des acteurs du système éducatif n’ont jamais renoncé aux mantras du progressisme et continuent à creuser leur propre tombe et celle du pays tout entier. Photo © Lily Franey/Gamma-Rapho

​Le déni de la société sur ce sujet reste aujourd’hui presque total et n’a d’égal que le déni des acteurs sur le terrain. Ainsi, une étude de l’association Le choix de l’école, sortie le 15 octobre 2025, stipulait que « sept professeurs sur dix travaillant en Rep l’ont fait par choix », et que « deux professeurs sur trois disent vouloir rester dans les cinq prochaines années » à leur poste. Le président de l’association insistait encore sur la « fierté d’enseigner en Rep » , procédant chez ces enseignants d’un « fort sentiment d’utilité sociale » . Ce type d’enfumage est classique concernant des zones et des établissements où, en réalité, personne n’a envie d’aller travailler, comme en témoignent on ne peut plus clairement les “barres” de mutation de l’Éducation nationale, qui indiquent le nombre de points qu’un professeur doit avoir gagné, par ancienneté ou par sa situation familiale, pour obtenir sa mutation dans un établissement. Évidemment, plus un établissement est demandé, plus il faut de points pour l’obtenir. Dans une matière comme le français, il faut 14 points pour enseigner dans un collège de Seine-Saint-Denis, et il en faut entre 700 et 1 000 pour enseigner dans un bon établissement de Paris intra-muros. On trouvera donc toujours pléthore de ces enseignants qui clament leur amour pour les élèves de ces établissements et affirmeront mordicus qu’ils sont heureux d’y travailler ; cependant, presque aucun n’y reste une fois les fameux points acquis, comme en témoigne le jeune âge des équipes travaillant en Rep et Rep+.

L’impact de l’immigration sur notre système scolaire est effectivement multiple.

​En réalité, si ces établissements sont considérés comme prioritaires et absorbent en vain depuis des décennies des millions d’euros d’aide afin de financer des classes à effectif réduit, les primes des enseignants, des conseillers principaux d’éducation et surveillants supplémentaires et toutes sortes d’équipements coûteux, c’est parce qu’ils cumulent le niveau de réussite le plus faible avec le plus haut niveau de violence. Et ces tristes résultats doivent évidemment être mis en lien avec le fait que les établissements en question se situent dans des zones ghettoïsées et islamisées. L’impact de l’immigration sur notre système scolaire est effectivement multiple ; il touche les trois principaux secteurs dans lesquels l’école se trouve particulièrement affectée : l’échec de notre modèle de laïcité, la violence et la baisse du niveau.

Une laïcité désarmée face à l’islamisation de l’école

​En ce qui concerne ce qu’on appelle pudiquement les “atteintes” à la laïcité, mais qui sont en fait une islamisation rampante de notre école, l’hypocrisie est double, car l’institution n’aborde le sujet qu’en mettant toutes les religions sur le même plan et en refusant de faire le lien avec l’immigration, comme si l’islam était une composante essentielle de notre culture et la présence massive d’élèves musulmans une fatalité, alors que cette religion s’est développée en France récemment, évidemment par le biais du phénomène migratoire.

L’islam est une religion prescriptive marquée par une forte dimension communautaire et qui se vit à travers des signes extérieurs.

​Notre modèle laïc, conçu comme une machine de guerre contre l’Église catholique par ceux qui voulaient l’éradiquer de notre société, s’est montré aveugle et faible face à cet islam montant, d’abord parce qu’il continuait de voir dans le catholicisme l’ennemi à abattre, ensuite parce que ses tenants, de gauche pour la plupart, ont adhéré à l’idéologie diversitaire et sombré dans la haine de soi sous couvert de tolérance. En outre, là où le christianisme se vit avant tout comme une spiritualité intérieure et personnelle, assez compatible avec une société laïque, l’islam est une religion prescriptive marquée par une forte dimension communautaire et qui se vit à travers des signes extérieurs.

Les manifestations concrètes d’une islamisation du quotidien scolaire

​Le résultat est que notre système éducatif s’occupe de débaptiser les vacances de Noël pour les appeler “trêve hivernale” et de renommer la galette des Rois “galette républicaine” alors que, dans certains établissements, l’atmosphère islamique est omniprésente : dans les vêtements noirs, amples et longs, surmontés d’une capuche, qui flirtent souvent avec la tenue religieuse ; dans les cantines, désertes durant le ramadan ; dans les sonneries de téléphone portable qui font parfois entendre l’appel à la prière en classe et, surtout, dans le langage de nos jeunes qui sont nombreux à ne pouvoir faire une phrase sans jurer sur le Coran ou ponctuer leur propos de nombreux « wallah ». Certains enseignants s’inquiètent encore des fillettes qui portent de petites croix en classe, quand l’une de leurs collègues est giflée pour avoir demandé à une élève de retirer son voile ou, plus récemment, quand un instituteur est menacé de mort par des parents qui ne souhaitent pas que leur fille ait un homme comme enseignant.

Les facteurs culturels à l’origine de cette plus grande violence des immigrés ont été niés par ceux qui ne veulent y voir qu’un problème social et réclament toujours davantage de “moyens”.

​Si l’on s’intéresse maintenant au sujet des violences scolaires, très souvent abordées sous l’angle du “harcèlement”, là aussi on s’aperçoit que les enfants issus de l’immigration sont surreprésentés parmi ceux qui les commettent, tout simplement parce qu’ils sont surreprésentés parmi les mineurs délinquants et ultraviolents, comme le rappelle régulièrement le pédopsychiatre Maurice Berger. Ce dernier a bien montré comment le trafic de drogue, mais également les logiques claniques liées à la culture d’origine, entraînait les mineurs des quartiers ghettoïsés dans une spirale de violence. La prévalence des troubles psychiques chez les personnes migrantes est également un facteur de violence dans ces milieux sociaux. Or, le dogme de l’inclusion et la faiblesse de la justice des mineurs font que bon nombre de jeunes perturbés et violents, souvent bien engagés dans un parcours de délinquance, se trouvent en milieu scolaire normal alors qu’ils relèveraient de structures spécialisées ou du foyer éducatif. La porosité entre le milieu scolaire et la petite délinquance est telle désormais que l’on en vient à organiser des fouilles à l’entrée des collèges pour débusquer les couteaux qui se cachent bien souvent dans les sacs de nos “élèves”.

​Pendant des décennies, les facteurs culturels à l’origine de cette plus grande violence des immigrés ont été niés par ceux qui ne veulent y voir qu’un problème social et réclament toujours davantage de “moyens”. Et pourtant, il faut prendre en compte ici la réalité de sociétés d’origine souvent bien plus violentes et inégalitaires que la nôtre, l’expérience de conflits armés dans certains cas, mais également le choc propre à la migration et celui qu’implique pour l’esprit humain tout déracinement.

Langue, niveau scolaire et échec de l’assimilation

​Enfin, il faut admettre que l’immigration a un impact probablement colossal sur la baisse du niveau scolaire en France. Encore mal évalué, ce phénomène est l’objet d’une omerta encore plus grande que les deux précédents. Et pourtant, comment a-t-on pu feindre d’ignorer pendant toutes ces années que l’absence de maîtrise, voire de pratique, du français dans des milliers de foyers serait un désastre pour notre système scolaire ? On sait pourtant que le nombre de mots maîtrisés par un enfant à l’entrée à l’école est déterminant pour le reste de sa scolarité ; en France, d’un milieu à un autre, ce nombre de mots peut passer de 500 à 2 500, un fossé difficile à combler par la suite. Aujourd’hui, chacun peut ainsi constater que le français parlé par beaucoup de jeunes de banlieue est un idiome indigent, mâtiné de termes arabes ou africains, qui leur permet à peine de communiquer entre eux et leur permet de moins en moins de comprendre une consigne simple en classe, sans parler d’un texte littéraire.

Le français parlé par beaucoup de jeunes de banlieue est un idiome indigent, mâtiné de termes arabes ou africains, qui leur permet à peine de communiquer entre eux. Photo © Jeanne Accorsini/SIPA
Le français parlé par beaucoup de jeunes de banlieue est un idiome indigent, mâtiné de termes arabes ou africains, qui leur permet à peine de communiquer entre eux. Photo © Jeanne Accorsini/SIPA

​Cette question du langage ne serait évidemment pas insurmontable si le phénomène migratoire en France était minime et d’une nature différente de celui que l’on connaît : c’est l’exemple du fils d’ambassadeur qui réussit à l’école. Mais, dans les faits, notre immigration massive est par conséquent mal assimilée, les personnes restant entre elles, enfermées dans leur culture d’origine, parlant une langue étrangère à la maison, regardant les médias étrangers, etc.

Ces jeunes ne sont pas victimes du racisme systémique qui, selon certains, serait à l’œuvre dans notre système scolaire.

​En outre, la réalité de l’immigration actuelle est également celle de personnes sous-diplômées par rapport aux personnes nées en France et bien plus souvent inactives, donc dans une situation sociale précaire. Beaucoup de familles immigrées cumulent ainsi problèmes sociaux, faible maîtrise de la langue, méconnaissance du système scolaire et de la culture du pays – au point de ne pas connaître le Corbeau et le Renard ni Cendrillon -, voire l’absence d’adhésion aux valeurs et aux institutions françaises. Il va sans dire que l’augmentation des violences à l’école ne crée pas non plus un cadre favorable aux apprentissages. Par ailleurs, les parcours scolaires remarquables que connaissent certains enfants d’immigrés, même de condition modeste, n’infirment en rien ce diagnostic général. En conséquence, d’après les enquêtes Pisa, le score en lecture des enfants immigrés est de 18 % inférieur à celui des Français autochtones, et un enfant issu de l’immigration a 2,5 fois plus de chance d’être faible en mathématiques.

​Ces jeunes ne sont pas victimes du racisme systémique qui, selon certains, serait à l’œuvre dans notre système scolaire. Dans bien des classes françaises, ils sont majoritaires et tout le système s’est pourtant plié à leurs revendications de minorité victimisée, en acceptant les menus alternatifs dans les cantines, en faisant étudier des contes africains au lieu de ceux de Perrault et en organisant des événements où ils sont invités à se vêtir et à s’exprimer selon les codes de leur culture d’origine. Dans ces classes, ce sont les petits Blancs qui subissent souvent le harcèlement ou du moins l’exclusion, quand le mot “français” est une insulte. Il serait temps d’ouvrir les yeux sur cette réalité afin de protéger nos enfants, qui pâtissent d’un système scolaire davantage fait pour assurer la paix sociale dans un pays fracturé que pour les instruire et leur permettre de s’élever.

Un prof ne devrait pas dire ça, d’Ève Vaguerlant, L’Artilleur, 192 pages, 18 €.

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