Incendie de Neuves-Maisons : cinq morts “innocents”, cible ratée et des ordres donnés depuis la prison

Dans la nuit du 30 novembre au 1er décembre, il est trois heures du matin lorsque le feu dévaste une habitation de Neuves-Maisons, près de Nancy (Meurthe-et-Moselle). À l’intérieur dorment six personnes : un couple, leurs enfants et deux amis. Cinq périssent dans les flammes. Parmi les victimes, Alonzo, 15 ans, et sa cousine Morgane.

D’après les premiers éléments de l’enquête, l’incendie, d’origine criminelle, aurait été déclenché dans le cadre d’un règlement de comptes. L’action aurait même été orchestrée depuis une cellule de la prison de Metz, par deux codétenus, avec pour mobile une dette liée au trafic de stupéfiants. La cible présumée : Trystan, l’aîné des enfants et seul survivant du sinistre. Interpellés le 6 janvier et déférés devant le magistrat instructeur, les deux détenus ont été mis en examen et placés en détention provisoire, l’instruction judiciaire étant toujours en cours.

Les enquêteurs ont aussi établi que, cette nuit-là, trois mineurs se sont rendus en voiture à Neuves-Maisons. Selon les éléments, l’un d’entre eux est entré dans l’immeuble où résidaient les victimes, a aspergé les lieux d’essence avant d’y mettre le feu, puis a rejoint les deux autres mineurs restés à l’extérieur. Les trois adolescents ont ensuite quitté les lieux ensemble pour regagner Châlons-en-Champagne. Le véhicule utilisé appartenait à un proche des mineurs, un jeune homme majeur, utilisateur régulier de celui-ci.

À ce stade, les suspects sont soupçonnés d’avoir agi dans le cadre d’un règlement de comptes lié au trafic de stupéfiants. L’instruction judiciaire se poursuit. À l’issue des gardes à vue, les quatre suspects interpellés en décembre ont été déférés puis mis en examen des chefs de meurtres en bande organisée et tentative de meurtre en bande organisée : les deux mineurs de 17 ans ont été placés en détention provisoire, tandis que le majeur et le mineur de 15 ans ont été placés sous contrôle judiciaire.

Alonzo, « un enfant plein de vie »

Les proches des victimes sont formels : ni Alonzo ni Morgane, les deux amis présents au domicile, n’étaient impliqués dans un quelconque trafic. Ils étaient simplement là, réunis pour passer du temps ensemble. « Ce sont des victimes collatérales d’une affaire qui ne les concernait pas », confient-ils, anéantis.

La maman d’Alonzo se souvient d’un enfant « plein de vie ». Son fils, nous confie-t-elle, était en première au lycée à Toul, passionné de football, joueur au FC Toul et fervent supporter du Paris Saint-Germain. « Il rêvait de faire carrière dans le foot. Il disait toujours à son père : “Papa, plus tard, quand j’aurai percé, je t’offrirai la plus belle voiture.” »

La mère éplorée évoque un jeune homme d’une grande bonté : « Il ne laissait jamais personne de côté. À la rentrée, un élève de sa classe était isolé, Alonzo l’a pris sous son aile pour l’intégrer. C’était un enfant joyeux, aimant, très familial. » Le week-end, il retrouvait souvent sa cousine Morgane « pour se détendre, voir des amis, souffler après la semaine ». Rien ne le prédestinait donc à se retrouver au milieu d’un dramatique règlement de comptes. Ce soir-là, ils se retrouvaient comme souvent chez leur ami d’enfance, Diego, qu’ils connaissaient depuis plus de dix ans.

Morgane, « le cœur sur la main »

Même son de cloche du côté des proches de sa cousine, Morgane. Contactée, sa meilleure amie évoque la mémoire d’« une jeune fille avec la joie de vivre, le cœur sur la main. Elle détestait les conflits, cherchait toujours à apaiser. Elle pardonnait tout. Elle était sensible, rigolote, toujours là pour redonner le sourire quand ça n’allait pas ». Très proche de son père, qu’elle considérait comme son héros, Morgane aimait sortir, faire la fête avec ses amis, donner sans compter, même lorsqu’elle n’avait plus rien.

« Quand j’ai appris sa mort et celle d’Alonzo, mon monde s’est écroulé. Son rire résonnait partout », poursuit-elle. La jeune femme insiste, comme toute la famille : « Morgane était droite. Elle n’était impliquée en rien. »

La colère des proches est à la hauteur du choc. « Des innocents sont morts pour une histoire de drogue et de dettes. Payer pour incendier une maison en sachant qu’il y a des gens à l’intérieur, c’est inhumain. Mineurs ou pas, ce sont des monstres. », déplore la mère d’Alonzo.

Une enquête toujours en cours, aidée par la vidéosurveillance

Les qualifications retenues — incendie volontaire avec préméditation ayant entraîné la mort — exposent les mis en cause à la réclusion criminelle à perpétuité. Mais les familles rappellent que l’enquête n’est pas terminée et attendent que toutes les responsabilités soient établies.

Dans l’attente de nouveaux éléments, les proches vivent dans l’angoisse et bénéficient d’un suivi psychologique. « Notre vie s’est arrêtée cette nuit-là », confie la maman d’Alonzo. « Nous parlerons plus tard avec notre avocat. Trop d’informations fausses circulent. Les victimes n’étaient pas liées au trafic ni à la dette. Elles étaient simplement là. »

Un point, en revanche, fait consensus : le rôle décisif des caméras de vidéosurveillance installées par la municipalité de Neuves-Maisons. « Sans elles, l’enquête n’aurait pas avancé aussi vite. La mairie a été présente et continue de nous soutenir. », se félicite L., maman d’Alonzo. En attendant les conclusions de la justice, les familles n’ont qu’une certitude : cinq vies ont été sacrifiées pour une dette de drogue qui ne les concernait pas.

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