L’esthétique comme critique : généalogie de la subjectivation queer chez Michel Foucault
Dans le champ des pensées queers, et en particulier dans celui de leurs sources francophones, il est un auteur incontournable tant les queer studies ont pu s’en inspirer dans leur développement, et continuent à le faire sur un mode plus ou moins critique : Michel Foucault, « grand manitou a posteriori de la théorie queer », selon la formule de Sam Bourcier (2021, p. 150). Ainsi que le rappelait Paul B. Preciado dans une interview pour Libération : En réalité, ce qu’on appelle la théorie queer fut en partie l’effet de la réception du premier volume de l’Histoire de la sexualité et de Surveiller et Punir par les féministes Gayle Rubin, Judith Butler, Teresa de Lauretis, Donna Haraway à partir de la fin des années 80 aux États-Unis, mais aussi les usages que les activistes d’Act Up ont fait de Foucault pour s’opposer à la gestion biopolitique et médiatique du sida. Ce sont ces usages politiques subalternes de Foucault qui m’ont marqué(e) et qui ont déterminé ma lecture postérieure du reste de son œuvre. (Preciado, 2014.) À celles et ceux qui optent résolument pour une « lecture queer » de Foucault à l’instar de Preciado, le philosophe offre moins une pensée toute prête qu’une boîte à outils permettant une formulation et une conceptualisation de questions au cœur des queer studies. On pense bien entendu à l’articulation que Foucault rend pensable entre savoir et pouvoir ; à l’idée de la biopolitique qui fait une place aux corps et à leur gestion ; à une conception du pouvoir comme production et non plus seulement interdit ; à la sexualité comme machine discursive au sein de laquelle sont pris les sujets modernes, contraints à dire le vrai sur eux-mêmes ou pathologisés pour leurs désirs ; ou encore à l’assujettissement et à la normalisation des identités (Sabot, 2017) tels qu’ils s’opèrent dans une société de surveillance, d’examen et d’orthopédie sociale. Autant de concepts, dans cette liste non exhaustive, qui se développent au milieu des années 1970 et dont la critique hérite à travers les ouvrages cités ci-dessus, en particulier La volonté de savoir (1976), premier tome de l’Histoire de la sexualité. Des tomes suivants de cette Histoire de la sexualité et des textes du Foucault des années 1980, l’usage est plus ponctuel au sein des queer studies – bien que l’édition des cours sur le néolibéralisme et Le Courage de la vérité ait suscité un certain nombre de reprises (Foucault Studies, 2012). C’est que Foucault s’adonne dans ces ouvrages à ce qu’il qualifie l
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