
Saute ma ville (1968) marque le début de la carrière cinématographique de la réalisatrice, actrice, écrivaine et artiste Chantal Akerman (1950-2015)1. Dans ce court-métrage de treize minutes, Akerman joue le seul personnage. L’image montre d’abord un complexe résidentiel sur lequel le titre et la dédicace apparaissent, ensuite un immeuble filmé de bas en haut, puis l’arrivée précipitée de la jeune protagoniste. Elle entre dans son immeuble, prend son courrier, court vers l’ascenseur et, sans attendre qu’il arrive, monte les escaliers quatre à quatre en criant « pipi ! ». Une voix hors-champ accompagne l’arrivée de la protagoniste. Elle chante le mouvement « Tambourin » de la Suite en mi mineur (1724) de Jean-Philippe Rameau. Cette danse baroque conçue pour le clavecin est transposée par la voix d’Akerman, qui la chante en prenant ses libertés avec le rythme de danse écrit par Rameau, modérant la vitesse en fonction de l’essoufflement de son personnage qui monte les escaliers en même temps. C’est le premier de plusieurs refus. Une fois arrivée dans son appartement – la suite du film se déroule uniquement dans la cuisine –, une série d’actes se succèdent. La protagoniste scotche l’encadrement de la porte fermée sans faire attention à son travail et abandonne vite la tâche, se mettant à table pour manger. N’ayant pas terminé son plat, elle le place par terre, casse le robinet en essayant de boire dedans, met de l’eau à bouillir sur le feu et retourne à la porte. Ensuite, la protagoniste commence à accomplir des tâches ménagères à l’envers. Après avoir jeté un seau d’eau sur les poêles et produits éparpillés par terre, la protagoniste passe le balai avec de grands gestes exagérés. De temps en temps, elle reprend le travail de calfeutrer la porte. La voix hors-champ accompagne les actes réalisés dans la cuisine et annonce l’explosion que la coupe au noir remplace visuellement. En effet, dans les dernières minutes du film, la protagoniste met le feu à une lettre qu’elle a reçue et s’allonge la tête à côté du gaz ouvert en mimant le suicide, un bouquet de fleurs dans la main gauche. L’écran coupe au noir et nous entendons la voix hors-champ annoncer « bang ! », puis une série d’explosions. Le tournage de ce film en noir et blanc a été réalisé au cours d’une nuit par une équipe de trois personnes, dont Akerman, et il se déroule dans la cuisine de ses parents à Bruxelles (Rich, 2016, p. 17). Akerman explique dans un entretien avec B. Ruby Rich que cela est dû au fa
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