
La queerité, concept alliant dynamisme et potentialités, se caractérise par sa résistance aux normes, mais aussi par sa créativité. Autrement dit, la résistance queer relève d’une « négativité positive, c’est-à-dire une négativité qui se déploie en tant que création » (Ducharme, 2015, p. 119) – une opposition et une critique de systèmes normatifs en même temps qu’une ouverture des possibles. Ce double mouvement, lorsqu’il s’inscrit en littérature, appelle le développement d’une pensée utopique, dans la mesure où celle-ci met en récit une « rupture radicale et systémique avec ce futur prédit et colonisé qui ne constituerait qu’un prolongement de notre présent capitaliste » (Jameson, [2005] 2021, p. 314). Investie par des auteurs et autrices, l’utopie constitue « une mise en perspective de ce qu’est une norme et de ce qu’est une déviation » (Carabédian, 2022, p. 47). Cette affinité entre pensée utopique et queerité se manifeste notamment par l’entremise du concept d’« habiter » qui engage « la dimension spatiale de la socialité » (Duret, 2019, p. 144). Par conséquent, toute utopie pourrait être appréhendée dans une perspective queer à travers « les critiques de l’habiter contemporain et les propositions d’habiter alternatifs » (p. 70) qui sont mises en scène dans les textes. À ce titre, les dernières œuvres de Sabrina Calvo que sont le roman Melmoth furieux et la nouvelle écrite en collaboration avec dilem1, Maraude(s), publiés respectivement en 2021 et 2022 à La Volte, proposent un « point de départ d’un possible futur queer » (Calvo, dans Clameurs, 2021, § 5). Pour ce faire, l’autrice développe un univers formellement transgénérique où la science-fiction s’hybride à « la fantasy, […] l’uchronie […] [et au] réalisme magique » (Duret, 2022, p. 18). L’écrivaine justifie ce recours à la science-fiction par sa spécificité subversive : « la SF passe par le corps, comme dernier lieu de résistance au tranchant des abstractions, de la métrique : de la mise en mesure du conscient » (Calvo, 2022, p. 98). On retrouve la « Métrique » au sein de l’univers fictionnel partagé de Melmoth furieux et Maraude(s) sous la forme d’un dispositif répressif ordonnant le vivant et s’étendant au Grand Paris. C’est à partir des développements de Giorgio Agamben ([2006] 2014) que la notion de « dispositif », dénotant « tout ce qui a, d’une manière ou d’une autre, la capacité de capturer, d’orienter, de déterminer […] les gestes, les conduites, les opinions et les discours des êtres viv
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