
Ils se préparaient fébrilement pour ce deuxième samedi consécutif de manifestation dans les rues de Nîmes, mais surtout avec la crainte que les casseurs rééditent les scènes de pillages vues le 17 octobre. Pour cela, les commerçants nîmois n'avaient pas beaucoup d'options : soit faire comme si de rien n’était, soit protéger leur boutique, ou baisser le rideau...
« J’ai acheté un flingue pour me défendre, on ne va pas se laisser faire ! »
Les commerçants rencontrés tout au long de la semaine ne cachaient ni leur appréhension, ni leur colère et certains n’hésitaient pas à évoquer le principe de l’autodéfense : « J’ai des amis qui m’ont proposé de venir me défendre avec des armes blanches », confiait l’un d’entre eux. Un autre enchaîne : « J’ai des copains grands, costauds et équipés de battes de baseball s’il y a besoin. » Un troisième lance : « J’ai acheté un flingue pour me défendre, on ne va pas se laisser faire ! »
La violence d’un côté et la force de l’autre, le week-end ne laissait rien présager de bon, d'autant que des opérations se prépareraient sur la toile : « Sur le réseau social TikTok, il y a des groupes de casseurs qui annoncent déjà la couleur et qui nomment même les endroits qu’ils vont attaquer. Chez les commerçants, il y a des groupes d’autodéfense qui se mettent en place », affirme une commerçante du centre-ville.
« C’est une sage décision »
Mais, coup de théâtre ce vendredi, puisqu’après avoir annoncé jeudi que la manifestation serait limitée à l’avenue Jean-Jaurès et au boulevard Sergent Traire, Fabienne Decottignies, la préfète du Gard, interdit les rassemblements, les attroupements et les manifestations à Nîmes le samedi 24 octobre de 6h à 0h.
Voilà qui change beaucoup de choses et qui est reçu de façon différente par les commerçants : « C’est une sage décision et nous ne nous attendions pas à cela en sortant de notre réunion avec la mairie ce matin. Ça rassure et on se sent écouté par la préfecture. Même s'il y a des attroupements, ils seront plus facilement identifiés par la police », souligne Melissa Delmas, présidente de Régale & Co, l'association qui regroupe 33 commerçants des rues Régale, de la Viollette, la place de la Marie, le bas de la rue de l’Aspic et l’Esplanade.
« Les casseurs n’ont pas besoin d’une manifestation pour agir »
Pour autant, l’annonce de la préfecture ne fait pas bondir de joie certains commerçants qui craignent tout de même la présence de casseurs. « On s’est préparé au pire, maintenant ça soulève d’autres questions. Cela fait des jours que nous sommes sous pression. Je ne sais pas si ça va calmer ou énerver les groupes de casseurs qui avaient prévu de venir en nombre. Cette annonce arrive un peu tard et ça nous laisse aucun recul. Nous sommes devant un quitte ou double. Ça ne suffit pas à me rassurer car les casseurs n’ont pas besoin d’une manifestation pour agir et on va rester sur le qui-vive », confie Jérôme Garcia, le gérant de la boutique Longchamp.
« Les restrictions à la liberté de manifester doivent rester exceptionnelles »
Dans la foulée de la décision de la préfète du Gard, les réactions n’ont pas tardé, à commencer par celle de Vincent Bouget, le maire de Nîmes : « Si le maintien de l’ordre est une exigence légitime, les restrictions à la liberté de manifester doivent rester exceptionnelles. Je m’interroge aussi sur la responsabilité de nombreux commentateurs ou représentants politiques qui ont fait le choix de présenter les manifestants comme des délinquants, créant un climat anxiogène empêchant l’organisation de manifestations et l’expression de revendications pacifiques. Je suis très inquiet par cette situation, révélatrice de l’état d’un pays où un fossé immense s’est créé entre les habitants et les institutions de l'État. »
En revanche, du côté de la CCI du Gard, l’interdiction de manifester est bien accueillie : « Face aux risques identifiés et aux faits survenus samedi dernier à Nîmes, la CCI se réjouit de sa volonté d’aller plus loin et de prendre les mesures nécessaires pour préserver l’ordre républicain. Le samedi est une journée essentielle pour nos commerçants. Les organisateurs de manifestations qui choisissent ce jour-là sans tenir compte des conséquences pénalisent ceux qui ont le courage d’entreprendre, leurs salariés et toute l’économie locale. Au nom de l’ensemble des commerçants et plus largement des entrepreneurs du Gard, j’apporte tout mon soutien à l’ensemble des forces de l’ordre mobilisées pour protéger les personnes et les biens », explique Éric Giraudier, le président de la CCI du Gard.
L’interdiction de manifester prise par la préfecture du Gard divise et elle ne rassure qu’en partie les commerçants qui ne savent pas vraiment de quoi ce 24 octobre sera fait.
Le dispositif de sécurité et des mesures administratives Journée de mobilisation du 24 octobre 2026
INTERDICTION DE MANIFESTER DANS CERTAINS SECTEURS À NÎMES ET ALES
Afin de prévenir les troubles à l’ordre public, la préfète du Gard interdit les rassemblements, attroupements et les manifestations à Nîmes le samedi 24 octobre de 6h à minuit.
À Alès, la préfète du Gard interdit les rassemblements, attroupements et les manifestations nondéclarées
le samedi 24 octobre de 6h à minuit.
COUVRE-FEU POUR LES MINEURS A NÎMES
La préfète du Gard, en concertation avec le maire de Nîmes, a décidé d’instaurer un couvre-feu à
destination des mineurs non accompagnés de leurs représentants légaux, le samedi 24 octobre à partir
de 22h et jusqu’au lendemain matin 5h dans le centre-ville et dans les zones commerciales du sud de Nîmes.
INTERDICTION DE L’USAGE ET DU TRANSPORT DES ARTIFICES ET ARTICLES PYROTECHNIQUES
L’usage et le transport des artifices, des articles pyrotechniques seront interdits du vendredi 23
octobre 06h00 au dimanche 25 octobre 23h00 dans tout le département. L’usage détourné et ayant provoqué des blessures graves de tels produits, non seulement le 17 octobre
mais également au cours des semaines de mobilisation lycéenne précédentes, motive cette
interdiction.
AUTORISATION DE LA CAPTATION D’IMAGES PAR DRONE
Des arrêtés préfectoraux autorisant la captation d’images par drone pour les forces de sécurité sont pris dans différents secteurs de Nîmes, Alès, du Vigan et de Saint-Ambroix.
MESURES PRÉVENTIVES
Durant cette semaine, un certain nombre d’échanges ont eu lieu avec la chambre de commerce et de l’industrie du Gard ainsi que les commerçants nîmois. Ces derniers ont été sensibilisés. Ils sont appelés à la vigilance, à suivre les consignes des autorités







