Rosario Latouchent (Chambly) : « Il ne faut pas s’enflammer ! »

Arrivé cet été au FC Chambly, Rosario Latouchent découvre un club en reconstruction après une intersaison mouvementée. À 30 ans, l’ancien joueur de Sannois Saint-Gratien et de la Ligue 2 revient sur un parcours fait de ruptures : départ précoce à Caen, expérience manquée en Écosse, arrêt du football, puis remontée depuis l’Excellence jusqu’au niveau professionnel.

Vous réalisez un bon début de saison avec Chambly (National 1). Comment jugez-vous cette dynamique ?
« Nous réalisons un bon début de championnat, surtout au regard de tout ce qui s’est passé durant l’été. Le club a été racheté, il devait sportivement descendre avant d’être repêché. Cela a retardé le recrutement, l’arrivée de l’entraîneur et même la mienne, puisque je suis arrivé à la mi-juillet. Nous avons ensuite bien travaillé pendant la préparation. L’entraîneur a installé ses idées et l’équipe a suivi. Nous avons également commencé le championnat par deux victoires à l’extérieur, ce qui a facilité notre installation. »

Qu’est-ce qui distingue ce Chambly de vos clubs précédents ?
« Ce qui me frappe, c’est l’alignement entre la direction, le staff et les joueurs. Le club cherche à construire quelque chose de solide et à retrouver des valeurs attendues par les supporters : des valeurs familiales, de combat et une équipe qui ne lâche rien. Il y a peu de joueurs très connus dans l’effectif, mais cela crée une réelle dynamique. Si nous sommes en National, c’est aussi parce que les clubs du niveau supérieur ne nous ont pas retenus. Lorsque l’on a des ambitions, il faut donner le meilleur de soi-même. »

Quels sont les objectifs du vestiaire ?
« Il ne faut pas s’enflammer. L’an dernier, le club a été sportivement relégué. Le premier objectif est donc de se maintenir le plus rapidement possible. En janvier, ce sera un nouveau championnat, selon notre classement. Nous voulons aussi tenter un coup en Coupe de France et jouer un maximum de matchs afin d’engranger des points et de la confiance. »

Rosario Latouchent : « En préformation, la pression est permanente »

Vous avez connu un parcours très mouvementé. Réalisez-vous aujourd’hui le chemin parcouru ?
« Je réalise que je reviens de loin, mais je ne pense pas avoir terminé. Il y a eu des difficultés et des regrets, car en football on ne maîtrise pas tout. Moi, je maîtrise ce qui se passe sur le terrain. Pour le reste, ce n’est pas toujours entre nos mains. Aujourd’hui, je suis fier du chemin accompli. Je sais d’où je viens. »

Pourquoi avez-vous arrêté le football ?
« Il faut remonter à mon départ de Sarcelles. Je suis parti à Caen à 13 ans, où j’ai effectué toute ma préformation et resté cinq ans. Lors de ma dernière saison chez les aspirants, le club a traversé des problèmes, notamment liés à mon agent d’alors, en conflit avec la direction. Je voulais rester à Caen, mais cela n’a pas été possible. À 17 ou 18 ans, je suis parti en Écosse, en première division. Ce n’était pas vraiment mon choix : mon agent avait un joueur là-bas et m’a orienté vers ce club. J’y suis arrivé avec le sentiment d’être un peu pistonné, ce qui m’a pesé. »

Comment s’est déroulée cette expérience écossaise ?
« Je ne parlais pas anglais et je n’ai pas joué. Le club m’a demandé d’observer et d’apprendre en attendant ma chance, mais les résultats n’ont pas suivi. L’entraîneur a été limogé et son successeur m’a expliqué que, dans une saison difficile, il devait privilégier des joueurs plus expérimentés. J’ai été envoyé en réserve, dont le niveau n’avait rien à voir avec ce que je connaissais en France. Au bout de quatre mois, j’ai décidé de résilier mon contrat et de revenir à Paris. Avec le recul, je pense que j’en avais besoin. J’étais parti très tôt en préformation, dans un environnement où la pression est permanente. Cette coupure m’a fait du bien, même si elle a aussi été douloureuse. »

Rosario Latouchent : « Il ne pas avoir honte de l’échec »

Vous êtes alors revenu très bas dans la hiérarchie. Qu’est-ce que le football amateur vous a appris ?
« La résilience. Quand on arrête le football malgré soi, à cause d’une blessure ou d’un problème de santé, ce n’est pas la même chose que lorsqu’on choisit de s’arrêter. Moi, j’avais perdu l’amour du jeu. Je ne regardais plus de matchs et jouer était devenu presque une corvée. J’avais aussi perdu une grande partie de mon niveau. Je suis alors retourné à l’AC Boulogne-Billancourt, alors en Excellence. Un an plus tôt, j’étais professionnel ; deux ans plus tôt, j’évoluais en CFA.

Cette première saison senior m’a sauvé. Le club avait un projet avec une équipe CFA et des U23. Gilles Bibé m’a expliqué le projet et je suis arrivé comme les autres. J’y ai retrouvé des joueurs contre lesquels j’avais joué étant plus jeune. Ils étaient surpris de me voir là, mais je leur ai dit que j’étais comme eux. Après deux mois avec l’équipe première, j’ai intégré la CFA, et tout est reparti à partir de là. »

Quel message adressez-vous aux jeunes joueurs qui craignent de devoir redescendre dans les divisions inférieures ?
« Chaque situation est différente, mais ce qui m’a aidé, c’est d’abord mon entourage. Quand on entre en centre de formation, on peut porter le poids des attentes familiales, avec cette idée qu’il faut réussir pour la famille. Moi, je n’ai jamais ressenti cette pression avec mes parents. Que je sois Rosario le footballeur ou Rosario qui travaille à la RATP, je reste leur fils. Cela m’a libéré. Ensuite, il faut croire à ses rêves et ne pas avoir honte de l’échec. J’ai travaillé à la RATP, je livrais des tickets de métro, puis j’allais jouer. Et c’est à cette période que j’ai réalisé ma meilleure saison. »

Quel rôle l’Entente Sannois Saint Gratien a-t-elle joué dans votre progression ?
« C’est la porte d’entrée vers le monde professionnel. J’y suis arrivé à 20 ans, en National, dans un club qui venait de monter et qui disposait d’un budget limité. Il fallait donc compter sur des joueurs en devenir, et je suis arrivé au bon moment. Nous avons réalisé deux très bonnes saisons, même si la seconde s’est terminée par une relégation. Mais c’est là que ma renaissance a commencé. »

Qu’est-ce qui vous a marqué au niveau de la Ligue 2 ?
« Je n’ai pas joué en Ligue 1, donc je ne peux pas comparer. Mais en Ligue 2, plus on monte, moins on s’entraîne, parce qu’il y a davantage de matchs. On entre davantage dans une logique de gestion. Sportivement, la différence se joue surtout dans les deux surfaces. De la Régionale 2 à la Ligue 2, deux équipes peuvent se valoir entre les surfaces. Mais dans les surfaces de réparation, le moindre détail se paie cash. »

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