
En réponse à kl42.
Très franchement, l'Europe aurait tout intérêt à faire sauter le verrou de Bab-el-Mandeb. Les Houthis sont un jouet aux main de Téhéran (tout comme le Hamas et le Hezbollah) et on ne peut pas accepter que l'Iran prenne en otage notre politique énergétique (et notre politique, tout court). Laisser sombrer l'Egypte n'est pas non plus dans notre intérêt. Et laisser les saoudiens se débrouiller seuls n'est pas nécessairement un bon calcul à moyen terme. Nous sommes les otages et les perdants de la situation actuelle, rester simples spectacteurs n'est clairement pas dans notre intérêt.
En considérant que le Yémen est loin d'être perdu (les forces gouvernementales ont pris une sérieuse raclée, mais tiennent toujours une grande partie du pays), que l'Arabie Saoudite n'a désormais plus le choix que de s'engager militairement à fond contre les Houthis (PS : on n'aurait rien contre une ristourne sur le pétrole, en contrepartie de notre engagement...), qu'on pourrait sans doute convaincre les EAU (et leurs alliés locaux) de revenir dans la partie, que le soutien des USA (aérien + renseignement) est quasiment déjà acquis, que les israéliens pourraient très probablement apporter un discret mais efficace soutien dans les opérations de ciblage... on peut esquisser un scénario façon Afghanistan/Enduring Freedom (2001), lorsque les USA avaient chassé les talibans du pouvoir avec l'appui de l'Alliance du Nord, et une très faible empreinte au sol.
Même si nos moyens sont modestes, une coalition européenne (potentiellement élaergie à la Turquie) a largement les moyens de mener une campagne aérienne et navale, depuis la Mer Rouge (porte avions), Djibouti, et l'Arabie Saoudite, et d'appuyer au sol les alliés locaux avec des forces spéciales et contrôleurs JTAC chargés de guider les frappes aériennes et coordonner les attaques au sol. On pourrait commencer par reprendre les îles de la mer Rouge récemment passées sous contrôle des Houthis. Avec une aide occidentale, de bons renseignement, et un bon soutien aérien, les forces saoudiennes sont en principe capables de prendre l'avantage sur les Houthis, qui devront rapidement battre en retraite sous les bombardements et se réfugier dans leurs bastions des grandes villes du nord et du centre-ouest. L'objectif serait dès lors atteint : les Houthis, sur la défensive et occupés à survivre, privés de leur logistique iranienne (les stocks de missiles et drones ne sont pas extensibles et ne poussent pas dans le désert...) ne seraient plus une menace pour le trafic maritime. Au moins pour un temps... on laisserait alors prudemment les saoudiens et le gouvernement yéménite décider de la poursuite de la guerre : continuer jusqu'à l'anéantissement des Houthis avec destruction des villes (à l'irakienne, façon élémination de Daech), ou négocier une paix plus ou moins durable. Ce ne serait pas notre affaire.
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