FAIT DU JOUR Jean-Paul  Fournier : « Ce n'est pas Vincent Bouget qui a gagné, ce sont Franck Proust et Julien Plantier  qui ont perdu »

Objectif Sud le magazine : Cela fait six mois que vous n'êtes plus maire de Nîmes. Quel est votre quotidien aujourd'hui ?

Jean-Paul Fournier : La lecture et la télévision. Mais l'occupation de la mairie me manque beaucoup. Les dossiers, les sujets importants…

Vous avez dirigé Nîmes pendant plus de vingt ans. Les premières semaines ont-elles été difficiles ?

Très difficiles. J'ai aussi passé six semaines en clinique. Cela n'a pas été facile.

Qu'est-ce qui vous a fait le plus de mal : quitter la mairie ou la défaite de votre camp ?

Quitter la mairie m'a fait du mal. La défaite aussi. Elle a été lourde.

© Corentin Corger

« Franck Proust n'a pas fait le job »

Six mois après, comment expliquez-vous cette défaite ?

Il a manqué un leader. Quelqu'un qui en voulait vraiment. Finalement, Franck Proust n'a pas fait le job.

Vous êtes sévère avec lui…

Je peux le dire sans lui cracher dessus. Je me suis toujours très bien entendu avec lui. C'est quelqu'un de très gentil. Mais ce n'est pas un leader. Quand vous voulez gagner en politique, il faut savoir trancher. Si vous ménagez tout le monde, si vous dites une chose à l'un et autre chose à l'autre, cela ne peut pas tenir. Les gens se parlent.

Le problème principal reste donc, selon vous, l'absence d'accord entre Franck Proust et Julien Plantier ?

Oui. Je leur ai toujours dit : « S'ils partent à deux, on est cuits. » Ils avaient trop d'ego. Ils ne m'ont pas écouté.

Vous avez essayé jusqu'au bout de les convaincre de s'entendre ?

Oui, j'ai essayé. Mais ce n'était pas possible. Ils n'ont rien entendu.

Finalement, pour vous, la droite a davantage perdu l'élection que Vincent Bouget ne l'a gagnée ?

Ce n'est pas Bouget qui a gagné. Ce sont Franck Proust et Julien Plantier qui ont perdu.

« En six mois, il ne s'est pas passé grand-chose »

Vous aviez fait le choix de ne pas briguer un cinquième mandat. Six mois plus tard, est-ce que vous le regrettez ?

J'aurais effectivement pu y aller. Mais j'avais fait quatre mandats et j'avais 80 ans. J'ai dit : « Il est temps de partir. » Je regrette un peu.

Vous vous dites parfois que vous auriez pu conserver la mairie ?

Oui, bien sûr. Mais à un moment donné, il fallait aussi savoir partir.

Est-ce que votre tort, finalement, n'a pas été d'avoir trop protégé cette génération ? Pendant des années, ils ont gagné avec Jean-Paul Fournier sans avoir à apprendre à gagner sans Jean-Paul Fournier…

Il y a peut-être un peu de ça. Ils n'ont pas su faire sans moi.

Vincent Bouget est désormais maire depuis six mois. Quel regard portez-vous sur ses débuts ?

Pour l'instant, je ne vois pas grand-chose. Il fait ce qu'il peut, mais en six mois, il ne s'est pas passé grand-chose. Le Festival de Nîmes, les Jeudis de Nîmes, les travaux du futur parc… Tout cela était déjà préparé. Tout était déjà en place.

Justement, votre majorité avait choisi de donner à ce futur parc le nom de Jacques Chirac. Vincent Bouget a laissé entendre qu'il pourrait revenir sur ce choix. Cela vous dérange ?

Oui. Je trouve que ce n'est pas une bonne façon de faire. Ce choix avait été fait. Je ne trouve pas normal de vouloir revenir dessus comme cela.

Plus largement, avez-vous peur que la nouvelle majorité cherche à défaire une partie de ce que vous avez construit ?

Oui, un petit peu. Je trouve dommage que certains projets soient remis en cause ou modifiés. Maintenant, j'attends de voir ce qu'ils vont réellement faire.

Que pensez-vous de la méthode de Vincent Bouget, notamment de ses rencontres avec les Nîmois et du banquet républicain organisé le 14 juillet dans les jardins de la Fontaine ?

Je trouve que c'est un peu du pipeau. Dans les jardins de la Fontaine, on peut faire autre chose que cela. Franchement, pour l'instant, je ne vois pas grand-chose.

Vous semblez néanmoins vouloir laisser encore un peu de temps à la nouvelle majorité avant de porter un jugement plus définitif…

Oui. Au bout d'un an, je ferai le point. Je ferai une conférence de presse pour regarder tout ce qui va et tout ce qui ne va pas.

© Anthony Maurin

« Il faut déjà préparer quelqu'un »

Vous allez donc dresser publiquement un premier bilan de la première année de Vincent Bouget ?

Oui.

Avez-vous des relations avec votre successeur ?

Non, pas vraiment. Il est venu me dire bonjour quand j'étais à l'hôpital. Nous nous sommes aussi salués aux Antonins. Mais pas davantage.

Quand vous vous promenez dans Nîmes, les habitants continuent-ils à vous arrêter ?

Oui, les gens viennent me parler, me dire bonjour. Certains me disent qu'ils ne sont pas contents de la gauche. On me parle aussi de la propreté de la ville.

Est-ce que Jean-Paul Fournier veut jouer un rôle dans la reconstruction de la droite nîmoise ?

Oui. Il faut relancer tout cela.

Concrètement, comment ?

Il faut notamment rouvrir une permanence. On ne peut pas ne plus avoir de permanence. Il faut trouver un nouveau local, un endroit ouvert régulièrement, deux ou trois fois par semaine, où les gens puissent venir et où l'on puisse se retrouver.

Vous êtes donc prêt à vous investir personnellement dans cette reconstruction ?

Oui. Il faut relancer la droite à Nîmes. Et il faut déjà préparer la suite.

Vous réfléchissez déjà à celui ou celle qui pourrait reconquérir Nîmes ?

Oui, j'y pense. J'ai plusieurs pistes.

Vous avez des noms en tête ?

Oui. J'ai notamment deux personnalités en tête. Des gens d'une cinquantaine d'années.

Vous ne voulez pas encore donner leurs noms ?

Non, on réfléchit. Mais il faut préparer. Il faut aussi regarder du côté d'une nouvelle génération.

Vous considérez donc que la reconquête ne passera pas nécessairement par ceux qui étaient candidats cette année ?

Je ne pense pas que Franck Proust ou Julien Plantier reviendront. Il faut préparer quelqu'un.

Les prochaines élections départementales peuvent-elles servir de première étape ?

Oui. Il y a une carte à jouer. Certains cantons peuvent être repris. Les départementales vont être importantes pour reconstruire et elles peuvent aussi permettre de faire émerger des personnalités.

Votre regard sur le Rassemblement national semble également avoir évolué. Qu'est-ce qui vous sépare aujourd'hui du RN ?

Pas grand-chose.

C'est une déclaration importante venant de vous…

Julien Sanchez fait des propositions intéressantes. Avec le recul, il aurait peut-être fallu regarder les choses autrement.

« Marine Le Pen a une grande chance de gagner »

Vous pensez qu'un accord entre la droite et le RN aurait dû être envisagé à Nîmes ?

Oui, il fallait trouver un accord rapidement. Il y avait des propositions. À la fin, on n'a plus rien.

Vous auriez donc accepté que la droite traditionnelle s'allie avec le RN pour conserver Nîmes ?

Il fallait discuter et trouver un accord. Quand on veut gagner une élection, il faut aussi regarder la réalité.

Et à l'échelle nationale ? Bruno Retailleau peut-il gagner la présidentielle ?

Non, je ne pense pas qu'il puisse gagner. Je pense qu'il finira par se retirer pour Édouard Philippe.

Et Marine Le Pen ?

Elle a une grande chance de gagner. À mon avis, cela peut se jouer entre Marine Le Pen et Édouard Philippe.

Dans quelques jours, Nîmes vivra la feria des Vendanges. Ce sera l'une de vos premières ferias sans être maire. Vous allez la vivre comment ?

Je vais aller voir quelques corridas.

Une première Feria sans l’écharpe

Cela va vous faire quelque chose d'entrer dans les arènes sans être le maire de Nîmes ?

Forcément, ce sera différent.

Six mois après, avez-vous finalement réussi à décrocher de Nîmes ?

Non. Je regarde toujours ce qui se passe. Et je pense déjà à la suite.

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