![[DOSSIER] [TOUR DU MONDE] Art et neurosciences : de la recherche aux expositions](https://i0.wp.com/www.club-innovation-culture.fr/wp-content/uploads/Art-in-Neuroscience_Saber.jpg?fit=1200%2C675&ssl=1)
Comment expliquer qu’une œuvre d’art puisse émouvoir, bouleverser ou, au contraire, laisser indifférent ? L’émotion provoquée par une œuvre d’art a été souvent explorée par les philosophes ou les historiens de l’art. Depuis plus récemment, la science s’y penche également afin de comprendre comment le cerveau humain réagit face à un tableau, un monument ou une sculpture. Grâce aux neurosciences, il est en effet possible de mieux comprendre les effets de l’art sur le cerveau en étudiant notamment la perception des formes et des couleurs, de l’harmonie… En partenariat avec des musées, des chercheurs étudient ces comportements neurologiques.
Ce dossier rassemble les différentes expériences récentes menées par les institutions culturelles, en France et dans le Monde, en collaboration avec des équipes scientifiques. Elles prennent la forme de programmes de recherches ou d’expositions.
- Programmes de recherches
. Musée du Louvre (2015)
En 2015, le Louvre s’est livré à une expérience de eye-tracking, en partenariat avec la start-up Suricog. Cette technologie de suivi des mouvements oculaires, permet de voir où les yeux des visiteurs s’attardent sur une œuvre et donc d’en déduire quels sont les zones d’intérêt de celle-ci. Lorsque le visiteur s’attarde sur un certain point du tableau, un son se déclenche afin de proposer une expérience immersive.
. Louvre Lens (2017)
En 2017, le Louvre Lens a collaboré avec le CNRS dans le cadre de l’exposition Le Mystère Le Nain pour proposer une expérience aux visiteurs. Grâce à une tablette tactile et à l’application Ikonikat, 300 personnes ont pu choisir les éléments les plus marquants de sept toiles de l’exposition. Plusieurs déductions ont pu être faites sur la perception des œuvres par le public, en fonction de la composition du groupe de visiteurs ou du cartel de description. Les regards se sont par exemple attardés sur les détails à l’arrière-plan des toiles, sûrement influencés par le titre de l’exposition.
Ce genre d’étude est lié aux neurosciences car elle permet de faire le lien entre regard, et donc cerveau, et l’interprétation de l’œuvre. Elle permet de comprendre notamment ce qui stimule le cerveau humain dans une œuvre d’art.
. Peabody Essex Museum (depuis 2017)
En 2017, le Peabody Essex Museum (PEM) s’est lancé dans un programme de recherches plus ambitieux afin d’approfondir le lien entre les neurosciences et l’art. L’objectif de se programme était également d’exploiter les résultats d’études pour la création d’expériences culturelles.
Le PEM est un des musées pionniers dans ce domaine. Il est le premier musée au monde à proposer une résidence pour neuroscientifiques avec la création de la Neuroscience Initiative. L’objectif est également d’utiliser les neurosciences pour créer des expériences artistiques et stimuler l’engagement des visiteurs.
Au cours d’un protocole scientifique défini, plusieurs phases se succèdent avec une étape de recherches et d’hypothèses, une implémentation pour vérifier ces hypothèses et enfin une phase d’évaluation. Plusieurs méthodes sont utilisées pour évaluer l’impact de l’expérience comme le eye-tracking pour capter les réponses neurologiques conscientes et inconscientes face à une œuvre d’art. Dans le même esprit, l’utilisation de système de réponse galvanique cutanée permet de mesurer une réponse physiologique aux stimuli externes et internes à travers la peau. Plus simplement, des discussions ou sondages avec les participants peuvent prendre place à la fin de l’expérience afin d’évaluer leurs ressentis.
Toutes ces études permettent au musée de comprendre quelles œuvres stimulent particulièrement son public et de quelle manière afin d’adapter son offre de médiation avec, par exemple, des descriptions plus émotionnelles. L’amélioration de l’expérience muséale est au cœur de cette initiative afin de la rendre plus captivante.
(Article CLIC : Le Peabody Essex Museum (PEM) souhaite utiliser les neurosciences pour améliorer l’expérience des visiteurs )
. Leiden Université et le Rijksmuseum (2023/2024)
En 2023, aux Pays-Bas, le chercheur Francesco Walker de l’université Leiden a conduit une étude et publié le rapport « Les descriptions de tableaux adaptées à l’âge modifient le comportement visuel des jeunes visiteurs du Rijksmuseum. » en 2024. Il observe les réactions des enfants face à des tableaux en fonction de la description qui leur est fournie.
Grâce à l’utilisation d’un dispositif d’eye-tracking, il est possible de voir où les yeux des enfants s’attardent sur l’œuvre. Lorsque ces enfants reçoivent des explications normalement destinées aux adultes, ils ne ciblent pas un endroit du tableau en particulier, leur regard est dispersé. La même réaction est observée lorsqu’aucune explication ne leur est fournie.
En revanche, lorsqu’ils ont accès à des descriptions ludiques, ils arrivent à concentrer leurs observations et à plus se focaliser sur certains points du tableau.
Cela montre une disparité dans l’observation d’une œuvre entre un public jeune et un public plus âgé. Grâce à cette étude, une nouvelle forme de médiation peut être imaginée pour stimuler l’attention des plus petits, en proposant des descriptions sur mesure et adaptées aux intérêts et expériences des enfants.
(Article CLIC : [OPINION] Francesco Walker, Leiden University : « Les enfants regardent l’art différemment, nous apprennent les dernières recherches avec eye-tracking »)
. Mauritshuis (2024)
L’étude menée en octobre 2024 par le Maurtishuis de La Haye (Pays-Bas) avait pour objectif d’observer comment le cerveau réagit face à une œuvre originale face à sa reproduction. Célèbre pour abriter “La Jeune Fille à la Perle” de Vermeer, le musée s’est associé à Neurofactor pour étudier le comportement neurologique des visiteurs face à ce chef-d’œuvre.
Pour réaliser cette expérience, dix volontaires ont été équipés de casques électroencéphalogrammes (EEG) ainsi que d’oculomètres pour parcourir La Jeune fille et quatre autres tableaux du musée. Ils ont ensuite observé la reproduction de ces tableaux. Dix autres volontaires ont suivi le même processus mais en commençant par observer les reproductions.
L’étude révèle une plus grande réaction émotionnelle face à l’oeuvre originale, une attraction “dix fois plus fortes” que face aux reproductions. L’activité cérébrale est donc plus intense face au réel, une démonstration clé dans le monde muséal.
(Article CLIC : Recherche en Neuroscience : comment « La Jeune Fille à la Perle » de Vermeer captive visuellement le visiteur ?)
. Musée d’Orsay (2024-2026)
Depuis 2024, les musées d’Orsay et de l’Orangerie collaborent avec l’Unité de Recherche Clinique Pierre Deniker du Centre Hospitalier Henri Laborit de Poitiers et le laboratoire IMAGER (UR 3958) de l’Université Paris-Est Créteil (UPEC) pour mener l’étude APPREN’ART.
Cette étude vise à analyser les réactions du cerveau face aux chefs d’œuvres des collections du Musée d’Orsay. L’ objectif principal est de comprendre comment l’art impacte les mécanismes neurologiques, comment le cerveau reçoit et traite ces informations visuelles et la réaction émotionnelle que cela peut provoquer. Cela pourrait permettre de proposer des méthodes d’art thérapie mais également de nouvelles offres de médiation et de sensibilisation artistique.
L’étude s’étend sur 8 mois. Les volontaires sont confrontés aux œuvres préalablement sélectionnés par l’équipe de recherche et leurs réactions sont évaluées grâce à la technique l’électroencéphalographie (EEG) haute densité.
(Article CLIC : Le musée d’Orsay et ses partenaires lancent l’étude APPREN’ART qui conjugue art et neurosciences)
- Utiliser les neurosciences dans un contexte d’expositions
Le lien entre les neurosciences et l’art peut ne pas apparaître évident aux yeux du public. L’organisation d’expositions peut permettre de présenter le potentiel des neurosciences et de rendre cette science plus compréhensible.
. Galerie Danysz : IMAGINE by Obvious (2024)
A l’occasion du parcours Paris Surréaliste organisé par le Comité des Galeries d’Art et le Centre Pompidou, la galerie Danysz a présenté “IMAGINE by Obvious”, une exposition rassemblant art numérique, IA et neurosciences.
Inaugurée en octobre 2024, IMAGINE by Obvious explore le potentiel immense de l’imagination. Les œuvres sont créées grâce à la technique Mind-to-Image qui permet de générer des images à partir de l’activité cérébrale, en collaboration avec l’Institut du Cerveau et de la Moelle épinière de Paris.
Lors de sessions d’entraînement, les réponses cérébrales du trio d’artistes Obvious, confrontés à des stimulis visuels, ont été récoltées et analysées grâce à des IRMs. Elles sont collectées comme données exploitables par des algorithmes d’intelligence artificielle qui vont pouvoir générer des images à partir de ces schémas neurologiques.
Faisant écho au mouvement surréaliste, qui cherche à illustrer la pensée et l’invisible, cette exposition associait art et sciences « pour explorer l’esprit humain et sa puissante créativité ».
(Article clic : IMAGINE », la nouvelle exposition du collectif Obvious » associe art numérique, surréalisme, intelligence artificielle et neurosciences )
. Peabody Museum of Natural History (Yale) : Mind / Matter (2024/2025)
Le Peabody Museum of Natural History, situé sur le campus de Yale, présente depuis décembre 2024 l’exposition Mind/Matter : The Neuroscience of Perception, Attention and Memory.
Les visiteurs suivent un parcours interactif pour découvrir les mécanismes du cerveau humain à l’aide de dessins historiques, d’illusions et de présentations d’expériences et de découvertes scientifiques. Le public peut alors comprendre les biais cognitifs, le fonctionnement de la mémoire ou comment son cerveau réagit face à des stimuli visuels.
L’objectif est que les visiteurs en apprennent davantage sur le fonctionnement du cerveau et donc sur eux-mêmes à travers des activités ludiques et enrichissantes.
Les résultats des recherches récentes réalisées par des chercheurs de Yale sur l’intelligence artificielle ou sur le cerveau animal sont également présentés.
SOURCES: musées, institutions, presse, Sinapses Conseils
PHOTOS : musées
PHOTO du carrousel: « Morphologie des neurones primaires de l’hippocampe C57 » présenté par Saber Abd Elkader dans le contexte du QBI Art in Neuroscience Image Competition 2023
Date de première publication: 20/02/2025
Le musée d’Orsay est membre du CLIC








