Au Lido, « Les demoiselles de Rochefort » reviennent en fanfare

Presque soixante ans après le film de Jacques Demy, le Lido accueille une nouvelle version de la mythique comédie musicale des sœurs jumelles. Une adaptation fidèle, pleine de charme, mais sans surprise.

Arrivé en 2022 à la direction artistique du Théâtre du Lido, Jean-Luc Choplin a décidé d’y présenter le dernier né de sa trilogie consacrée au cinéaste Jacques Demy et au compositeur Michel Legrand : après un premier spectacle adapté des Parapluies de Cherbourg présenté au Théâtre du Châtelet en 2014, puis Peau d’âne au Théâtre Marigny en 2018, le producteur de théâtre a confié au metteur en scène Gilles Rico la tâche d’adapter pour la scène un troisième film du cinéaste… les mythiques Demoiselles de Rochefort.

En professionnel habitué de l’Opéra — et de son puissant lien à la musique —, Gilles Rico fait honneur au travail de Jacques Demy et Michel Legrand. « Nous sommes des sœurs jumelles, nées sous le signe des gémeaux  », « Nous voyageons de ville en ville  », tous les tubes du long-métrage sont au rendez-vous de cette adaptation très fidèle. Sur scène, on retrouve avec plaisir la blonde Delphine (Juliette Tacchino, en alternance avec Marine Chagnon), qui se voit danseuse à l’Opéra, et la rousse Solange (Maïlys Araboui-Westphal), qui rêve de devenir compositrice.

Les deux jumelles donnent des cours, à Rochefort, où elles vivent avec leur demi-frère Boubou et leur mère Yvonne. Le café de d’Yvonne, où toute la ville se retrouve, est recréé sur scène. On y croise les forains qui débarquent en caravane et en moto et, surtout, les marins en garnison. Parmi eux, le mélancolique Maxence (David Marino) qui se rêve artiste et recherche éperdument « son idéal féminin ». Dans un décor jouant complètement avec le charme de la province française, on découvre rapidement que les vies de ces personnages sont toutes faites d’espérances… et d’espoirs déçus. D’amours perdus… et jamais (re)trouvés.

Une adaptation efficace

À première vue, ces Demoiselles de Rochefort sont très efficaces ! Cela notamment grâce à une équipe technique de grant talent, et un spectacle qui s’appuie avec une grande rigueur — trop grande ? — sur le scénario du film de Jacques Demy. Gilles Rico n’a sacrifié aucune des intrigues, séquences, et sous-intrigues pensées par le cinéaste : du quiproquo amoureux entre Delphine et Maxence, aux regrets d’Yvonne (Valérie Gabali) et de Monsieur Dame (Arnaud Léon), en passant par les forains en quête de jolies filles pour compléter leur numéro… tout y est. Même la mystérieuse femme coupée en deux par le si sympathique Monsieur Dutrouz fait une apparition ! Le tout, dans un univers aux couleurs pop et acidulées. Comme dans le film de Jacques Demy.

Certes, les contraintes scéniques ne permettent pas de reproduire tous les passages dansés tournés dans les rues mais l’usage de la vidéo et l’inventivité de la scénographie (signée Bruno de Lavenère) font illusion. A la chorégraphie, Joanna Godwin livre quelques beaux tableaux très rythmés, et aussi kitsches que l’original. Le charme de l’ensemble doit beaucoup aux interprètes. Les quatre chanteuses qui incarnent Solange et Delphine, toutes de formation lyrique — alors que, dans le film, les actrices Catherine Deneuve et Françoise Dorléac sont doublées — portent le spectacle de bout en bout.

Pas de surprise

Elles sont bien aidées par les 22 autres chanteurs et danseurs, tous très engagés et convaincants dans des morceaux de groupe parfois impressionnants. Il ne faudrait pas oublier l’orchestre dirigé par Patrick Peyriéras qui fait résonner avec talent toute la beauté des arrangements de Michel Legrand depuis les côtés de la scène. Difficile de ne pas se laisser émouvoir par son duo au piano avec Solange qui conclut presque le spectacle.

Si la principale qualité du spectacle est sa fidélité à l’œuvre originale, c’est également sa principale limite. Cette version scénique a beau être très réussie — et très aboutie, notamment d’un point de vue technique —, elle peine à exister ailleurs que dans l’ombre du long-métrage de Jacques Demy. Gilles Rico n’arrive pas vraiment à insuffler de modernité à sa mise en scène et, par certains aspects, le spectacle semble même plus faible que le film. Par exemple, les costumes signés par le créateur Alexis Mabille, qui ne sont que de pâles copies des originaux. De même, bien que très talentueux, le jeune crooneur canadien David Marino ne parvient pas à faire oublier le charme de Jacques Perrin, figure indissociable de l’œuvre de Demy. Un spectacle sans surprise, donc, mais idéal pour rentrer dans l’ambiance des fêtes de fin d’années.

Les demoiselles de Rochefort, d’après Jacques Demy. Mise en scène de Gilles Rico. Jusqu’au 11 janvier 2026 au Théâtre du Lido. Durée : 2h30, avec entracte.

L’article Au Lido, « Les demoiselles de Rochefort » reviennent en fanfare a été publié sur Maze.

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