
Ce week-end, Michelin met à l'épreuve pour la première fois sa nouvelle gamme de pneumatiques destinées aux catégories reines de l'endurance. Et cela pourrait redistribuer les cartes…
Il est toujours rond, il est toujours noir, mais il change. Ce week-end, la manche d'ouverture du championnat d'endurance nord-américain IMSA voit l'arrivée d'un nouveau pneumatique.
Le Michelin Pilot Sport Endurance équipera toutes les voitures de la catégorie reine GTP, ainsi que les Hypercars du Championnat du monde d'endurance (WEC) et des prochaines 24 Heures du Mans. Cette nouvelle gomme effectue ses débuts en compétition ce week-end aux 24 Heures de Daytona.
Principale nuance : il utilise 50 % de matériaux recyclés ou durables. « Une difficulté majeure a consisté à reformuler toutes nos recettes de mélanges de gommes et à revoir nos techniques de mélangeage en conséquence, détaillait récemment Philippe Tramond, directeur technique de Michelin Motorsport.
« Les nouvelles matières premières utilisées ayant des propriétés différentes, il n'était pas possible de simplement remplacer un composant existant par un autre ».
La mise en température a été un autre sujet majeur. En l'absence de couvertures chauffantes, proscrites en IMSA comme en WEC, la durée nécessaire pour maintenir la surface de roulement à sa température optimale (70-80°C) a été raccourcie sur ce nouveau pneumatique. La plupart des équipes s'en sont félicitées après les premiers essais.
(Ré)apprentissage
Si les équipes ont beaucoup travaillé ces derniers mois sur les simulateurs ou à l'occasion d'essais privés, les récents tests préliminaires sur le circuit de Daytona (dits « ROAR ») ont permis d'en comprendre encore mieux l'exploitation.
D'autant que les repères ont bougé ces derniers mois. Porsche, Acura, Cadillac ou BMW ont tous modifié leurs homologations cet hiver. L'Hélice a également changé d'écurie exploitante, confiant désormais ses M V8 Hybrid à l'écurie belge WRT pour l'IMSA et non plus uniquement en Championnat du monde (WEC). Seule l'Aston Martin Valkyrie demeure identique à l'an passé.
« C'était important de collecter beaucoup d'informations et d'impressions », rappelle Felipe Nasr, vainqueur l'an dernier de la classique floridienne au volant d'une Porsche 963.
« L'un des aspects les plus importants était les pneumatiques, étant donné l'arrivée de nouvelles spécifications cette saison. Le premier jour était frais, le deuxième plus chaud, nous avons donc pu apprendre beaucoup dans des conditions différentes ».
Et au concret, qu'est-ce que cela change pour le pilote ? « Je pense que le gros des améliorations et des changements seront évidents en course », expliquait Jack Aitken, pilote de la Cadillac n°31 après les qualifications.
« Les performances avec les pneus froids ou sur un relais entier ont changé considérablement ».
Le pilote anglo-coréen avait signé la pole position avant que sa Cadillac ne soit repoussée plus loin sur la grille de départ en raison d'un patin sur la partie arrière de sa GTP jugé non-conforme par les commissaires. C'est l'Acura n°93 qui mènera le peloton au départ de la course, ce samedi, à 19h40 (heure française).
Le Pilot Sport 2026 se distingue aussi… par son style. La bande de roulement porte en effet de légers motifs évoquant une structure alvéolaire, façon corail. C'est un clin d'œil au concept « Vision », anticipant le pneumatique de 2050. Les marquages disparaissent après quelques kilomètres. Ceci n'aura pas d'impact majeur sur la surface de contact entre le pneu et la piste.
Incertitudes stratégiques
La montée en température plus rapide des pneumatiques rendra logiquement leur remplacement moins « coûteux », chronométriquement parlant. De même, les premiers tours après la sortie des stands étaient jusqu'ici un moment périlleux, avec un grip très faible et de gros différentiels de vitesse avec d'autres voitures chaussées de gommes à température.
Les ingénieurs piste et pilotes pourraient ainsi avoir davantage de flexibilité stratégique, même s'ils demeurent contraints par l'allocation totale, plafonnée à 21 trains pour les concurrents de la catégorie reine (GTP) pour les qualifications et le double tour d'horloge.
Si Daytona n'est pas un tracé abrasif et agressif, il présente quelques défis uniques aux gommes. D'abord l'appui sur l'extérieur sur les courbes relevées. Ou des températures de piste possiblement fraîches pendant la nuit. L'usage des Michelin les plus tendres, voués à ces conditions, est autorisé entre 17 heures et 10 heures du matin.
La course permettra ainsi de mesurer le moment idéal pour le « crossover », instant où des gommes plus tendres deviennent plus pertinentes que les « medium » utilisées en journée. L'an passé, les pilotes utilisaient souvent le « soft » non pour sa vitesse, mais pour sa plage d'utilisation.
« Il permet de se poser moins de questions en cas de neutralisation par une voiture de sécurité », nous décryptait récemment Frédéric Makowiecki, pilote Alpine en WEC, au sujet du pneu tendre ancienne génération.
« Le but est de ne pas se retrouver en difficulté en sortant de la fenêtre de température du pneu ».
Le soin supplémentaire porté par Michelin sur la montée en température pourrait changer cette donne.
Horaires et chaîne TV pour la France
La 64e édition des 24 Heures de Daytona sera diffusée sur Automoto La Chaîne, sur IMSA TV et sur la chaîne Youtube du championnat.
Enseignements
Autant de retours de terrain intéressants, donnant un surcroît d'expérience aux marques engagées des deux côtés de l'Atlantique par rapport aux constructeurs uniquement engagés en Championnat du monde d'endurance (WEC).
« Nous repartons tous un peu d'une feuille blanche, nous confiait récemment Antonello Coletta, patron du programme Endurance de Ferrari. Et les pneus seront l'un des thèmes dominants des premières courses de la saison ». Or, ses 499P ne s'aventurent pas en IMSA…
Bref, les premiers enseignements de ces 24 Heures de Daytona nous en diront beaucoup sur la saison à venir.
Espace publicitaire · 300×250








