
Par Elsa Girard-Basset | Journaliste web
Réputée pour son franc-parler et sa rigueur à l’antenne, Léa Salamé s’est imposée comme l’une des figures incontournables du paysage audiovisuel français. Derrière cette image de femme forte se cache pourtant un parcours intime marqué par des questionnements identitaires profonds. À 46 ans, la journaliste est revenue sans détour sur un épisode très personnel de son adolescence. Un aveu longtemps gardé pour elle.
Figure majeure du PAF, Léa Salamé n’a jamais caché être profondément marquée par son histoire familiale et ses origines libanaises. Née à Beyrouth et arrivée en France à l’âge de 10 ans, la compagne de Raphaël Glucksmann a grandi entre deux cultures, avec tout ce que cela implique de richesse, mais aussi de tiraillements. Un élément en particulier a longtemps pesé dans sa construction : son prénom de naissance, Hala, qu’elle a eu du mal à assumer durant ses jeunes années.
Dans un entretien accordé à L’Orient Le Jour, la journaliste est revenue sur les moqueries et incompréhensions auxquelles elle faisait face à l’école, et sur ce silence qu’elle a longtemps gardé vis-à-vis de son père :
“C’est vrai qu’à l’école, quand j’avais 12, 13 ans, ils disaient : « Hala, tes parents t’ont appelée Dieu, Allah ». Je disais : « Non, c’est pas Allah c’est Hala. » Ça n’a rien à voir, on est sur deux trucs totalement différents. Mais ça ne percutait pas. Pour le coup, il faut que je salue ma mère parce que je n’ai pas osé le dire à mon père.”
Avec le temps, celle qui anime toujours Quelle Époque chaque samedi soir sur France 2 a trouvé une solution pour apaiser ce malaise identitaire, avec le soutien discret de sa mère :
“C’est à un moment où je me suis fait virer de mon lycée pour indiscipline chez les jésuites et j’avais atterri dans une autre école. Au lycée, en seconde, je dis à ma mère : ‘Tu sais quoi ? On va mettre les deux prénoms : Hala et Léa.’ Et d’ailleurs sur mon passeport aujourd’hui, il y a les deux prénoms dans le sens inverse. Je garde mon prénom libanais et j’en suis très fière. Je l’aime beaucoup.”
Très consciente des réalités du milieu médiatique français, l’intervieweuse redoutée estime également que ce choix a joué un rôle déterminant dans son parcours professionnel, comme elle l’expliquait avec lucidité :
“Je ne sais pas si je pressentais le fait de faire une carrière publique plus tard. Parce que souvent on me pose la question de savoir si j’aurais pu faire carrière à la télé française avec ce prénom-là. Aux États-Unis, il y a Hala Gorani parce qu’ils savent le prononcer. En France, ça aurait été compliqué.”
Aujourd’hui pleinement réconciliée avec ses identités multiples, Léa Salamé regarde ce passé avec apaisement. Si elle n’a jamais osé confier à son père les difficultés qu’elle rencontrait enfant, ce choix n’a jamais altéré leur relation. Une histoire intime assumée, qui éclaire autrement le parcours d’une femme désormais solidement ancrée dans le paysage médiatique français.







