Ex-coéquipier, Lilian Thuram sans détour sur Zinédine Zidane : « Il faut arrêter de faire croire qu’il était…
Lilian Thuram et Zinédine Zidane

Par Rédaction | Sport

Ils ont tout gagné ensemble sous le maillot bleu et marqué à jamais l’histoire du football français. Pourtant, derrière l’image lisse du héros national, Lilian Thuram a toujours refusé les raccourcis et les mythes faciles concernant Zinédine Zidane. Admiratif du joueur, l’ancien défenseur n’a jamais pour autant renoncé à son esprit critique. Quitte à froisser certaines légendes bien installées.

Champions du monde en 1998, champions d’Europe en 2000 et finalistes malheureux en 2006, Lilian Thuram et Zinédine Zidane ont partagé les plus grandes émotions de l’équipe de France. Le latéral droit devenu recordman de sélections et le meneur de jeu au numéro 10 iconique se sont forgé un respect mutuel au fil des années, sur les terrains comme en dehors. Même s’ils ne se sont que brièvement croisés en club, notamment à la Juventus, leur histoire commune reste indissociable de l’âge d’or des Bleus.

Figure engagée et rarement dans la langue de bois, Lilian Thuram a souvent pris la parole pour nuancer certaines lectures trop simplistes autour de Zinédine Zidane. Pour lui, réduire l’ancien joueur du Real Madrid à un simple génie inspiré relève d’une erreur profonde, qui occulte une réalité bien plus exigeante : celle du travail acharné et de la rigueur quotidienne. Dans un entretien accordé à L’Équipe, l’ancien joueur de Parme est ainsi revenu sur sa première rencontre avec celui qui allait devenir une légende du football mondial :

« Le plus fort avec lequel j’ai joué ? Zidane. La première fois que je l’ai rencontré, en équipe de France, j’avais 17 ans et demi. À l’échauffement, il jonglait, lançait des ballons très haut en l’air et jonglait à nouveau derrière. Je n’avais jamais vu quelqu’un de mon âge faire ça avec un ballon. Puis j’ai suivi son évolution jusqu’au joueur confirmé qu’il est devenu en Italie. »

Mais au-delà de la fascination technique, Lilian Thuram s’est surtout attaché à déconstruire une idée reçue qui l’agace profondément, toujours dans les colonnes de L’Équipe :

« Je n’aimais pas qu’on laisse croire qu’il était simplement doué et talentueux. Zidane était surtout un très gros travailleur, extrêmement rigoureux, avec beaucoup de caractère. »

Une mise au point claire, loin de l’image du génie paresseux parfois fantasmée par le grand public. Toutefois, l’admiration n’empêche pas la lucidité, notamment lorsqu’il s’agit de la finale de la Coupe du monde 2006 et du célèbre coup de tête face à l’Italie. Sur cet épisode, Lilian Thuram s’est montré bien plus sévère, estimant que l’erreur ne devait pas être relativisée. Dans une prise de parole restée marquante, il expliquait sans détour :

« Il me paraît normal de dire que Zidane s’est trompé. N’importe qui d’entre nous peut faire des erreurs dans la vie, mais je ne suis pas d’accord pour dire, comme certains voudraient le faire croire, qu’il avait raison. Parce qu’il n’avait pas raison. Il s’est trompé. Les gens qui disent qu’il a eu raison, ne sont jamais retrouvés dans une situation où il est nécessaire de travailler ensemble pour atteindre un objectif extraordinaire. Et, tout à coup, il y en a un qui met en danger et rend quasiment impossible à atteindre cet objectif, pour lequel vous avez travaillé toute votre vie »

Un jugement dur, mais cohérent avec la vision collective et exigeante du champion du monde 1998. Pour Lilian Thuram, Zinédine Zidane reste un immense joueur, forgé par le travail autant que par le talent, mais aussi un homme faillible. Une manière, sans doute, de rappeler que les légendes n’en sont pas moins humaines.

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