Souiller l’histoire, souiller la mémoire, souiller le paysage – qu’importe, puisque tel est le diktat de l’écologie radicale ? Les éoliennes ne servent presque à rien, sauf à flatter l’idéologie verte en implantant de plus en plus de ces immenses dagues dans le corps de la France.


Si les éoliennes avaient existé dans le monde soviétique, elles auraient nourri l’inspiration des chantres réaliste-socialistes au même titre que les grues, les camions et les hauts fourneaux – symboles du triomphe des plans quinquennaux.

C’est à cela qu’on pense immanquablement en regardant la mer depuis la plage de débarquement d’Arromanches et en imaginant les soixante moulins à vent qui s’élèveront bientôt non loin de là, au large de Courseulles. Les centaines de milliers de visiteurs qui viennent chaque année se recueillir en ce lieu de mémoire les admireront par-dessus les pontons – monuments historiques – qui ont servi, en juin 1944, à former le port artificiel où les navires de guerre sont venus accoster pour chasser l’occupant.

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Les millions de tonnes de béton coulé dans la mer pour agripper les énormes mâts, non seulement enverront au chômage les marins-pêcheurs de la région, mais changeront le trajet des courants marins, qui, à leur tour, finiront par modifier la configuration du littoral. On nous expliquera, bien entendu, que c’est le réchauffement climatique, croque-mitaine des temps modernes, qui en est responsable.

C’est aussi au stakhanovisme industrialo-culturel d’autrefois qu’on pense en regardant ces champs encore paisibles d’entre Bayeux et la mer, où d’autres éoliennes vont être érigées malgré les protestations des communes alentour. Elles seront à quelques centaines mètres du Cimetière militaire britannique de Bazenville, troublant de la manière la plus impie le sommeil des soldats morts pour la liberté de la France. Et elles seront au centre d’une ceinture de monuments, accompagnant dans le paysage, de la manière la plus incongrue, des clochers d’églises classées monuments historiques, des tours de châteaux, des murs de fermes fortifiées vieilles de plusieurs siècles.

Elles seront, surtout, inutiles dans une région qui produit plus d’électricité qu’elle n’en consomme – hideux rappels infligés à tous et en permanence de la victoire d’une idéologie : l’écologie radicale.

Lorsqu’elle était ministre de la Transition écologique, Madame Élisabeth Borne s’insurgeait contre le « développement anarchique de l’éolien » (19 février 2020). « On a malheureusement, ajoutait-elle, laissé des implantations de parcs éoliens […] en co-visibilité avec des monuments historiques. Je ne comprends même pas comment on a pu arriver à ces situations. » On a laissé et on continue, hélas !, à laisser, puisqu’aussi bien le président que Madame Borne elle-même demandent une rapide et substantielle multiplication des parcs éoliens. En dépit d’une opposition grandissante des habitants des zones sur lesquelles s’abat la malédiction.

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Mais, en fin de compte, une chose demeure incompréhensible dans ces histoires de construction d’éoliennes. Il s’agit de la terre. Certes, l’agriculteur qui, pour un peu d’argent, accepte de pervertir la terre qui, souvent, a été dans sa famille pendant des générations, en est le propriétaire et peut en faire ce qu’il veut – entre autres, la laisser mourir à l’ombre de ces géants d’acier. Mais l’horizon ne lui appartient pas. Il n’a pas le droit de le corrompre selon son bon vouloir, même si cela devait lui assurer une rente annuelle. (D’ailleurs, les autorités qui l’encouragent à accepter les éoliennes sur ses terres, lui interdiraient formellement de construire au même endroit un immeuble de 50 étages qui ferait, éventuellement, sa fortune.) Non, cet homme qui dévoie sa terre et qui laisse à sa descendance un héritage empoisonné – car il faudra un jour payer le prix exorbitant du démantèlement des mâts, que les sociétés qui les installent n’assument pas –, cet homme n’est pas propriétaire de l’horizon et il n’a moralement pas le droit d’imposer à ses concitoyens un paysage ainsi défiguré.

Et puis, il y a un détail particulièrement croustillant dans ces affaires. Certains habitants dans le voisinage des parcs éoliens se sont vu proposer par les sociétés qui les installent des dédommagements. N’est-ce pas là un aveu explicite, éclatant, que la proximité de ces choses constitue un dommage ? Et, donc, n’est-ce pas pure absurdité, voire malveillance, de continuer dans cette voie qui ne mène à rien ?

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