Le parquet de Paris a ouvert une enquête pour

Le rap est ma culture, la shoah une part de mon identité. Or, depuis quelques jours, la petite-fille de déportée que je suis, qui s’ambiançait sur du gros son, ne danse plus.

L’affaire Freeze Corleone nous plonge une nouvelle fois dans des oppositions devenues classiques mais dont la violence s’accentue.  

Une nouvelle fois les identitaires sont victimes du reste du monde.

Une nouvelle fois l’extrême droite en profite.

Une nouvelle fois le hip-hop est stigmatisé. 

Une nouvelle fois les injonctions de choisir un camp s’affirment. 

Mais une fois encore, je ne souhaite pas me laisser happer par le rythme des réseaux sociaux qui alimentent tensions et replis des deux côtés sans jamais résoudre notre problème: la montée de l’antisémitisme

la Ligue contre le racisme et l’antisémitisme (Licra) a dénoncé “l’obsession des juifs” du rappeur, pointant l’antisémitisme, le complotisme, l’apologie d’Hitler et du Mollah Omar dans ses punchlines. Le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin a lui aussi réagi. Le rappeur fait l’objet aujourd’hui d’une enquête pour provocation à la haine raciale et injure à caractère raciste. 

 

A sur-réagir comme nous le faisons, nous rajoutons de la tension là où il faudrait de l’éducation.

 

Comme l’a rappelé le directeur de Mouv’, Bruno Laforestrie, les artistes exercent leur liberté d’expression mais ne sont pas au-dessus des lois de la République. Sans jamais le programmer, Mouv’ a repéré il y a un an Freeze Corleone et la radio avait la première interrogé publiquement le caractère antisémite de certains titres. 

Un an après Universal Music en faisait le nouveau phénomène du rap, assurant les meilleurs ventes d’album aujourd’hui avec plus de 16 millions de stream.  

Son succès est dû à sa marque de fabrique: un flow autour de punchlines qui heurtent, le tout porté par un personnage obscur. 

Mais jamais le débat n’a eu lieu, jamais l’artiste ne s’est exprimé. Voilà notre échec collectif. 

Or, depuis une semaine, l’artiste a été supprimé des plates-formes vidéos et la menace de la suppression de son catalogue plane. Universal qui l’avait pourtant bien signé le lâche sans autre forme de procès. 

Le rap est la musique la plus diffusée en France et la plus écoutée par les jeunes. Ainsi, la manière dont l’affaire est traitée laisse penser à notre jeunesse et à ses nombreux fans qu’un artiste avec son talent et ses punchlines borderlines ou tombant potentiellement sous le coup de la loi est condamné sans passer devant le tribunal, que les jugements sont expéditifs pour les uns et n’ont jamais lieu pour les autres, ou pire que certains condamnés ont toujours voix au chapitre en boucle sur les chaînes d’info. 

Dans les TL de nos adolescents, un autre montage circule, juxtaposant les images de la jeune Mila à celles de Freeze Corleone et créant une confusion sans que jamais on ne formule avec leurs mots où se situe l’interdit. 

“J’en ai marre de tous ces négros comme un supremacy Blanc”, “je les fouette à fond comme des négriers”. J’aurais aimé que la Licra, dont je suis proche, précise dans ses revendications les punchlines négrophobes et relatives à l’esclavage. Cela n’aurait pas rendu le personnage plus fréquentable, mais aurait éviter de nourrir encore la concurrence des victimes. 

A sur-réagir comme nous le faisons, nous rajoutons de la tension là où il faudrait de l’éducation. 

Je ne parle pas de l’artiste ici.

Seulement, croire en la France c’est d’abord mettre en place des solutions républicaines qui dépassent le stade de ce qu’il fallait démontrer du rappeur, pour engager un travail de fond avec notre jeunesse qui l’écoute. 

Contrairement à l’époque où nous avions encore des grands-parents rescapés qui allaient témoigner dans les écoles, les jeunes ne sont plus conscients de ce que la Shoah veut dire pour les juifs, ni ce qu’elle a pu être notamment pour les homosexuels et les noirs! 

Certains jeunes, que j’ai pu interroger, pensent que Freeze Corleone dénonce des injustices, sans arriver précisément à me dire lesquelles. D’autres encore ont le sentiment qu’on les infantilise, lorsque nous pensons qu’il ne savent pas faire la part des choses entre les codes hip-hop, le personnage des clips et la vraie vie, sans compter ceux qui ne comprennent pas  la disponibilité d’un Gouvernement qui s’attaque à leur rappeur, “comme si les dirigeants n’avaient que cela à faire en pleine pandémie de la COVID”, je cite. 

Avec Freeze Corleone, nous sommes dans la personnification, sans regarder le problème global à la source: nous ne vivons pas sur la même planète que celle de nos enfants. 

Nos codes, nos références, nos valeurs, nos histoires n’ont rien à voir avec leurs préoccupations, nous sommes dans deux mondes différents: Cnews versus Instagram, JDD versus Tik Tok.  

Au lieu de prendre nos responsabilités d’adultes pour recoudre avec la jeunesse par la transmission, l’éducation, la création nous agissons par la punition, pour montrer l’exemple! Or, ce positionnement sans explication ne fait que cristalliser la haine. Voulons-nous créer un Dieudonné 2.0?

L’affaire Freeze Corleone dit beaucoup de nous.  

Combattre l’antisémitisme et le racisme c’est soutenir un dialogue permanent entre la société, la culture, les artistes et notre jeunesse. Ce n’est pas se moquer de leurs fautes d’orthographe lorsqu’ils tentent de défendre leur icône. 

 

Ce positionnement sans explication ne fait que cristalliser la haine.

 

En 2010, quand un rappeur de Sexion d’Assault avait tenu des propos homophobes, une rencontre a été initié entre le Refuge, association LGBT, et l’artiste. Il avait alors pris conscience de sa déroute.

Depuis 4 ans, je vais au contact des détenus “fichés S” dans les centres pénitentiaires. Cela ne m’amuse pas, croyez-moi, mais je vois comment avec de l’attention, une bonne oreille et de bons mots la déconstruction de la haine opère. Il n’y a rien de pire pour l’avenir que la rupture de tout dialogue. 

Il est temps de prendre nos responsabilités à bras le corps. Le darknet ou les réseaux qui alimentent la majorité des jeunes doivent faire l’objet d’un débat, dans de nouveaux médias, à l’école, dans nos familles, partout. Il est important que les professeurs de l’éducation nationale parlent de cette affaire Corleone dans leurs classes, que des personnalités artistiques en lien avec l’éducation nationale puissent intervenir dans les établissements pour conduire notre jeunesse à raisonner par elle-même, pour elle-même. 

De nombreux juifs comme moi ont une culture rap, certains sont des artistes, il est fondamental de nous exprimer et d’échanger de manière constructive avec les jeunes sur ces questions essentielles pour notre pays. 

Alors que nous approchons de Kippour, je ne sais pas si je pourrais tout à fait pardonner les mots du rappeur. Mais laisser Freeze Corleone, seul, face à des gens non moins fréquentables, c’est conforter une haine généralisée dont nous n’avons pas besoin. Par ce texte, je lui propose un dialogue.

 

A voir également sur Le HuffPost: Une syndicaliste voilée à l’Assemblée provoque le départ de députés

Voir la source

Une réaction ?
+1
0
+1
0
+1
0
+1
0
+1
0
+1
0
+1
0
Faire développer son site web par des professionnels a un coût. C'est pourquoi l'Agence Paris E-commerce E-business (APEE) vous propose un paiement en leasing sur 1 ou 2 ans. Votre site est en ligne rapidement et vous permet de rentabiliser votre activité. L'offre est 100% sérénité puisque vous avez le nom de domaine, la maintenance et l'hébergement de compris. Demandez-nous vite un devis !


Nous redécouvrons le plaisir d'une liberté retrouvée. Pour vos lectures d'été, adoptez l'abonnement liberté sans engagement ; Choisissez des magazines, changez au gré de vos envies. Autre avantage, c'est des dépenses plus légères : avec le prélèvement Sepa mensuel, vos paiements sont étalés mois par mois. Cerise sur le gâteau : vous payez seulement le mois suivant la réception des numéros.C’est le moment de vous faire plaisir !