Jeudi 9 Juillet 2020 – 11:00

Dans notre conception de la construction du nageur, le « corps flottant » est un passage obligé, cette construction est indispensable, autant que l’a été la construction de la station érigée dans la construction de la marche. L’enseigner c’est permettre la construction d’une sécurité active de l’élève dans l’eau. En effet, le changement de milieu et l’action combinée de la pesanteur et de la poussée d’Archimède suppose une organisation posturale spécifique que l’élève doit s’approprier. Le débutant qui refuse de laisser l’eau agir sur son corps se redresse pour préserver sa verticalité. Ce redressement entraîne son corps vers le bas et sa tête sous la surface de l’eau. C’est pour cette raison que la noyade est possible alors que le corps humain flotte ! Enseigner « le corps flottant » c’est permettre à l’élève de construire sa sécurité active mais c’est également anticiper et favoriser l’émergence d’un niveau de performance possible du nageur qui devra être en mesure d’adopter une posture dans la nage lui permettant d’aligner l’axe de son corps sur l’axe de son déplacement, première condition à remplir pour avoir un bon rendement.

Marc BEGOTTI CTS natation

Cheminement de construction du « corps flottant »

 
   

 

ETAPE  n° 1 :

Une nouvelle locomotion en grande profondeur  

 (Hauteur d’eau supérieure à la taille des élèves)

La tâche que les élèves doivent réussir :

Entrer dans l’eau (les élèves peuvent utiliser l’échelle pour descendre dans l’eau ou pas), se déplacer le long de la goulotte pour rejoindre l’autre extrémité du bassin, puis remonter par l’échelle

Ce qui sera observé par l’enseignant et perçu par les élèves :

Le déplacement s’effectue à l’aide des bras, (ancrages successifs des mains à la goulotte), le buste est rigidifié verticalement, les pieds et d’autres parties du corps multiplient les contacts  avec le mur vertical. Les élèves prennent appui sur la goulotte, leurs épaules sont émergées. L’espace d’action (là où on se déplace) et l’espace de vision sont distincts.

Les élèves confrontés à la grande profondeur découvrent une nouvelle locomotion. Le corps est perçu différent. La remontée à l’échelle sera perçue par l’élève comme une victoire, cette première étape est décisive.

ETAPE  n° 2 :

Une locomotion avec le corps en suspension     

Les tâches que les élèves doivent  réussir :

Se déplacer d’un point à un autre du bassin le long de la goulotte en utilisant les modalités suivantes (respecter la chronologie proposée) :

1) Se déplacer librement  

2) Se déplacer avec les épaules sous la surface de l’eau

3) Se déplacer avec une grande amplitude entre 2 appuis

4) Se déplacer le plus rapidement possible

5) Se déplacer en fermant les yeux

6) Se déplacer en alternant des retournements face au mur, dos au mur

Ce qui sera observé par l’enseignant et perçu par les élèves :

Les épaules s’enfoncent dans l’eau, le corps est perçu de moins en moins « pesant ». Les pieds ne sont plus toujours en contact avec le mur vertical. Ils participent à la préservation de l’orientation du corps. Les élèves lors des déplacements de plus en plus rapides préservent l’équilibre vertical par une action de jambes s’apparentant au schème de la course.

Les élèves passent de l’appui à la suspension. Situation totalement inédite pour les élèves.

ETAPE  n°3 :

Une immersion de plus de 10 secondes      

Les tâches que les élèves doivent réussir :

  1. Immerger la face, bouche ouverte visage orienté vers le fond, yeux ouverts
  2. S’immerger totalement et se déplacer le long de la goulotte
  3. immerger la tête le plus longtemps possible (nombre croissant d’ancrages et/ou durée accrue)
  4. Réaliser une apnée de plus de 10’’ corps immergé avec les mains comme seul contact avec le monde solide.
  5. Se déplacer à la goulotte sur la plus grande distance possible en immergeant la tête,  il est possible de prolonger l’immersion en expirant.
  6. Quitter le contact avec le bord pour le reprendre très rapidement.
  7. Se déplacer tête immergée le long d’une perche, d’une ligne d’eau sans contact avec le mur vertical de la piscine

 

Ce qui sera observé par l’enseignant et perçu par les élèves :

La tête immergée le corps commence à être perçu comme flottant. La peur du remplissage  disparait. Les multiples « changements de forme » modifient l’orientation du corps qui quitte la verticale. Les jambes remontent en surface. L’espace d’action et l’espace de vision sont confondus. Les jambes assurent la fonction équilibratrice. (Une durée d’immersion de 10 secondes est possible pour tous les élèves, cette durée sera nécessaire pour atteindre le but fixé par la tâche de l’étape suivante.

ETAPE  n° 4 :

Toucher le fond, profondeur 2 mètres environ  

Les tâches que les élèves doivent réussir :

  1. Descendre le long d’une perche ou le long du corps d’un camarade accroché à la goulotte pour toucher le fond avec les pieds puis ouvrir les mains avant de remonter sans impulsion au fond.
  2. Toucher le fond avec les genoux, puis avec la main, puis avec d’autres parties du corps.

 

Ce qui sera observé par l’enseignant et perçu par les élèves :

Descendre au fond est perçu comme une difficulté, la durée de la remontée est plus courte que la durée de la descente. Toucher le fond permet de « limiter » l’espace d’action.

Les élèves perçoivent qu’ils remontent en surface facilement et rapidement. La peur de l’engloutissement disparaît.

Ne pas masquer le sens de la tâche (toucher le fond ce n’est pas ramasser un objet au fond)

ETAPE  n°5 :

Rester au fond 5 secondes       

La tâche que les élèves doivent réussir :

Multiplier les déplacements à la verticale et tenter de rester au fond quelques instants avant de remonter sans s’aider du corps du camarade.

Ce qui sera observé par l’enseignant et perçu par les élèves :

Rester au fond est impossible pour la majorité des élèves, cela n’en demeure pas moins un objectif de tâche.

 (Attention ! C’est une absurdité pédagogique de demander aux élèves de vider leurs poumons pour rester au fond.)

C’est l’impossibilité de réussir la tâche qui transformera « la peur de rester au fond ».

 La différence de densité entraîne la remontée du corps. Le corps est perçu comme flottant.

Contradiction entre les faits et les représentations = Changement des représentations !

ETAPE  n°6 :

Laisser passivement l’eau agir sur son corps         

 Les tâches que les élèves doivent réussir :

  1. Descendre au fond et remonter sans rien faire, arrivé à la surface garder la tête immergée, orienter le visage vers l’arrière jusqu’à ce que le corps se stabilise  puis ouvrir  grande la bouche.

 

L’extension de la tête puis le déplacement des membres supérieurs vers l’avant ou vers l’arrière modifient l’orientation du corps vers l’obliquité ou l’horizontalité.

  1. S’allonger sur le ventre, bras dans le prolongement du corps pendant 10’’ sans bouger avant de se redresser, (en amenant les genoux aux épaules).

 

  1. Idem sur le dos beaucoup plus longtemps le temps de plusieurs échanges respiratoires.

 

En position dorsale, le redressement implique le déplacement des bras le long du corps suivi du placement de la tête entre les genoux.  Il est plus long à obtenir qu’en situation ventrale.

Ce qui sera observé par l’enseignant et perçu par les élèves :

La durée de la remontée passive est plus longue que la descente active. Arrivée en surface les élèves changent de forme et laissent l’eau agir sur leur corps passivement. Les élèves sont capables de choisir une forme en fonction de l’orientation souhaitée.

A ce stade du processus les élèves ont construit le corps flottant et une sécurité active.

La construction du corps flottant est « le premier niveau de construction du nageur » qui en compte six, c’est le pré requis à la construction du « corps projectile » puis du « corps projectile – propulseur ».

Lors de ces 6 étapes les élèves ont été confrontés à des problèmes psychologiques ou émotionnels (des peurs), à des problèmes physiques (la conjugaison de nouvelle forces qui s’exercent sur son corps) et à des problèmes physiologiques (réflexes pré câblé d’équilibration de terrien).

Problèmes psychologiques : la « grande » profondeur place le débutant devant une « épreuve » : le risque de disparaître, l’engloutissement.

La peur est liée à une incertitude quant à la posture à adopter lorsque le corps « passe à travers » le fluide sans rencontrer une surface consistante. Si un enfant ne s’engage pas dans l’action c’est parce que des informations lui font défaut. 

Problèmes physiques : passer de la station verticale érigée soumise à la pesanteur en appui sur le solide et à un équilibre instable à la suspension dans le liquide et à un équilibre stable. Le corps humain hétérogène implique des centres d’application des forces différents pour la pesanteur et pour la poussée d’Archimède (centre de gravité et centre de poussée), un changement de forme du corps déplace les centres donc génère une orientation différente. L’orientation du corps dans l’eau dépend donc de la forme du corps.

Problèmes physiologiques : pour ne pas s’enfoncer il va falloir inhiber la fonction d’équilibration de terrien afin d’accepter le jeu des deux forces sur son corps qui lui donneront une orientation en fonction de la forme qu’il aura prise (passer d’un équilibre instable sur terre à un équilibre stable). Autre problème physiologique : l’action des deux forces sur le corps entraîne une perception différente de son corps et de la position de ses segments dans l’espace.

Les étapes 1 à 6 ont permis l’acceptation de l’action de l’eau sur son corps => « Construction du corps flottant »

Les étapes suivantes vont concerner l’action du corps sur l’eau => « Construction du corps projectile-propulseur »

ETAPE  n°7 :

Sauter dans l’eau et se rendre indéformable pour  toucher le fond avec les pieds (en grande profondeur progressivement accrue)  

Les tâches que les élèves doivent réussir :

Sauter dans l’eau par les pieds depuis le bord en restant bien vertical et en conservant le regard à l’horizontal :

  • Bras le long du corps,
  • Bras dans le prolongement du corps.
  • Dans l’espace avant,
  • Dans l’espace arrière.
  • Les élèves exécutent des demi-tours à droite, à gauche.

A chaque saut ils touchent le fond avec les pieds pour remonter « passivement ».

ETAPE  n°8 :

Accepter le déséquilibre et le changement de direction     

Les tâches que les élèves doivent réussir :

Les élèves basculent du bord et entrent dans l’eau sans pousser pour que le premier contact avec l’eau se fasse par la nuque

Les élèves basculent du bord dos à la surface sans pousser pour que le premier contact avec l’eau se fasse par les fesses, corps en « V »

Debout  avec de l’eau jusqu’aux genoux, bras dans le prolongement du corps tête sous les bras les élèves basculent et se laissent glisser vers l’avant dans l’eau en préservant la posture.

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