Le couple était jugé au tribunal de Beauvais ce jeudi 25 septembre.
(Photo d’archives : OH)

Je passe chaque jour sur cette route pour mon travail. Il n’y a pas un jour sans que l’image me revienne à chaque fois que je passe au même endroit.” sanglote Ludovic L., né en 1984, à la barre du tribunal correctionnel jeudi 15 janvier. “Des faits dramatiques mais relativement simples” résume Maître Ledru, l’avocat de la défense. Une faute d’inattention et c’est le drame ce 20 octobre 2024.

Ce dimanche soir, Ludovic L. se réjouit de pouvoir rentrer plus tôt qu’à l’accoutumée du stade de foot de Crèvecoeur le Grand pour profiter de la soirée avec sa femme et sa fille qui le suivent à plusieurs dizaines de mètres en voiture. Il est environ 21 heures lorsqu’il croise sur sa route à hauteur de Haute-Epine en direction de Marseille-en-Beauvaisis (sur la RD930), une ligne droite légèrement en côte, un scooter avec à son bord deux adolescents qui rentrent chez eux après avoir passé la soirée au skatepark, à côté du stade, qu’il percute.

“Je n’ai pas eu le temps de faire quoi que ce soit”

C’est le choc. “Je ne l’ai pas vu. Quand j’ai vu une masse noire, j’ai fait ouf ! Je n’ai pas eu le temps de faire quoi que ce soit.” se souvient Ludovic L. Les jeunes gens sont éjectés du scooter. Le choc est fatal à l’un des deux jeunes à bord qui décède malgré l’arrivée des secours. Le second est transporté à l’hôpital le plus proche avec de sérieuses blessures. Il y restera trois jours. Encore choqué, incapable d’évoquer ce drame brutal qui a bouleversé sa vie et lui a fait perdre son meilleur ami, il n’a pas souhaité se porter partie civile d’après ses parents présents à l’audience pour témoigner en sa faveur à l’audience. Lors de ses auditions, il fait néanmoins preuve d’une grande empathie vis à vis du mis en cause relève le tribunal.

Un témoin qui a croisé le scooter le soir des faits atteste que le scooter circulait dans cette côte à faible allure, avec un faible éclairage certes à l’avant, mais tous les feux fonctionnaient. Les jeunes gens portaient leur casque retrouvé d’après le témoignage d’un pompier à un endroit qui pouvait laisser supposer qu’ils n’étaient pas bien fixés souligne la défense. “Rien ne gênait la visibilité, la chaussée n’était pas grasse, y-a-t-il eu quelque chose pour que vous ne soyez pas bien vigilant ?” interroge le président du tribunal. “Je ne me rappelle pas. J’ai juste vu une masse noire” réitère le prévenu penaud face aux sanglots de la mère et grand-mère de la jeune victime face à lui.

Un homme toujours prêt à aider

Le prévenu qui exerce le métier de chauffeur livreur n’a jamais fait l’objet d’aucune condamnation. Juste quelques points en moins sur son permis de conduire pour quelques excès de vitesse en 20 ans de conduite. Au moment de l’accident, d’après l’expert, le conducteur roulait à une vitesse évaluée entre 80 et 108 km/heure, soit le double de la vitesse du scooter. Père de deux enfants du même âge que celui des ados en scooter, un garçon de 14 ans et une fille de 19 ans, ses multiples casquettes de président du club de foot de l’US Crèvecoeur, d’arbitre et d’éducateur pour les adolescents lui valent une reconnaissance au plus haut dont un gendarme qui témoigne de sa bienveillance et sa générosité. Un homme décrit par tous comme “toujours prêt à aider“.

La victime, Théo G.-N., qui était apprenti se préparait un bel avenir en CAP agricole à la MFR de Songeons. Amoureux de la nature, il résidait à la campagne chez ses grands-parents avec lesquels des liens solides s’étaient noués.

“Jamais je n’accepterai son pardon”

Il aurait eu 18 ans. Pour la famille de la victime décédée, Théo G-N., la mère et grand-mère qui a en partie élevé son petit-fils comme son fils, les excuses répétées et remords du prévenu n’atténuent pas leur colère : “Pour moi, il a détruit tout le monde. Pour sa grand-mère, Théo était comme son petit-fils. Elle va devoir vivre jusqu’à la fin de sa vie avec ça. Jamais je n’accepterai son pardon.” peste en sanglots Cindy Nicolas, mère de la victime décédée. Arrivée sur les lieux de l’accident, on lui fait comprendre qu’il n’y a plus rien à faire. “Je suis effondrée, détruite...” Venue spécialement de Rouen pour le voir avant sa rentrée, ils se quittent en ayant tout juste le temps de se dire au revoir, sans savoir que ce serait définitif. Après les faits, c’est la chute infernale. Hospitalisée en CHSR (hôpital de la santé mentale) vu ses idées suicidaires, son fils de 9 ans est placé en foyer sur ordonnance provisoire. “Noël 2024 a été l’horreur pour elle car elle s’est retrouvée toute seule. C’est très compliqué pour cette famille qui ne s’en remettra pas. Ils vont devoir vivre avec.” indique l’avocat de la partie civile. Son enfant de retour à ses côtés, la mère isolée partie s’exiler à Rouen suite à des violences conjugales décide de revenir vivre dans l’Oise pour s’approcher de la sépulture de son fils aîné Théo. Elle est en attente d’un suivi au CMPP pour son 2e qui continue de parler de son frère au présent, essayant avec ses proches de surmonter les choses, pour lui.

Une peine symbolique

Un préjudice incommensurable pour tous“, si bien que “cette audience peut paraître insignifiante” par la peine symbolique qui sera prononcée reconnaît la procureure qui requiert 2 ans avec sursis et l’annulation du permis de conduire.

Pour Maître Ledru assurant La Défense du prévenu qui célébrait ce soir là l’anniversaire de sa fille : “La peine morale est à perpétuité.” L’avocat émet plusieurs regrets quant à l’enquête et l’expertise réalisée : L’éclairage des feux pouvait être affaibli avec un scooter en pleine puissance dans une côte; il n’y a aucun débat sur la vitesse puisqu’il n’y a aucune Convocation d’un Officier de Police Judiciaire. Enfin, 3e et plus grand regret : “L’expertise ne dit pas si les casques étaient bien attachés. Le pire aurait-il pu être évité à la lecture du témoignage d’un pompier qui suppose que le casque aurait été mal porté au regard de la position du jeune et de son casque lorsqu’on les a trouvés ?” Une remarque hautement validée par l’avocate de l’assurance. Au regard de ces carences, la défense demande de rabaisser l’inévitable annulation du permis de conduire aux douze mois déjà écoulés avec un stage de sensibilisation pour que son client puisse repasser son permis de conduire et reprendre son travail de chauffeur livreur. Le tribunal l’entend et le condamne à 12 mois assortis d’un sursis simple et autant pour l’annulation de son permis de conduire qu’il pourra donc repasser dès que possible. Les frais d’obsèques et frais d’avocats selon l’article 475.1 ainsi que toutes les demandes des parties civiles seront prises en charge par l’assurance Groupama du prévenu.

L’article Haute-Epine. Le président du club de foot de Crèvecoeur-le-Grand prend une “peine morale à perpétuité” après l’homicide involontaire du 20 octobre 2024 est apparu en premier sur Oise Hebdo.

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