Dans la vie de chacun, comme en politique, l’expérience constitue une donnée importante pour envisager l’avenir et apporter sa contribution en tant que citoyen et acteur de l’action publique.

Elie Hoarau est un homme d’expérience. Maire de Saint-Pierre de 1983 à 2001, conseiller régional, conseiller régional, député à l’Assemblée Nationale, député européen, il a occupé tous les mandats électifs soupais au suffrage universel.

Il a fait partie d’une génération d’élus qui, aux côtés de Paul Vergès, ont façonné la Réunion des dernières décennies du 20ème siècle, notamment en créant à la Réunion la première intercommunalité (SIVOMR) et les différentes Sociétés d’Economie Mixte (SEMADER, SEMITTEL...)

Ces idées novatrices pour l’époque, s’étaient d’abord heurtées à des freins idéologiques, alimentés par toutes sortes de fantasmes. Depuis, plus personne ne remet en cause l’intercommunalité qui demeure un puissant outil de développement au service des communes et de notre territoire tout entier.

Nous devons donc nous appuyer sur l’expérience de nos ainés pour à notre tour, apporter notre contribution au développement de la Réunion.

L’occasion nous est donnée avec Elie Hoarau, qui a publié en 2022 un ouvrage intitulé « L’ère de la responsabilité ». Dans cet opuscule, Elie Hoarau explore le passé de la Réunion, l’analyse, et à partir du constat dressé, décline un projet global pour la Réunion.

Nous nous retrouvons dans cette démarche qui consiste à regarder d’où nous venons, à analyser la situation présente, pour élaborer un projet d’avenir pour Saint-Louis. Un projet placé sous le double signe de la réconciliation et de la reconstruction sur la base de valeurs partagées.

2- ANSEMB: UNE DÉMARCHE BASÉE NOTRE HISTOIRE COMMUNE

La commune de Saint-Louis a trop longtemps été montrée du doigt à cause d’une poignée d’élus qui avaient rompu le pacte du suffrage universel scellé avec la population qui sont seulement s’est sentie trahie, mais a dû payer le prix fort de cette confiance rompue.

Depuis 2008, Philippe Lainin Rangama propose une nouvelle voie, une nouvelle manière de faire de la politique, au sens noble du terme avec sa formation politique dont l’acronyme résume toute la philosophie : le PARTI pour L’ÉDUCATION et L’UNION POPULAIRE (PEUP).

Une élection municipale n’est pas qu’un simple rendez-vous avec les électeurs tous les six ans. Pour le 15 et 22 mars prochains, il s’agira de se présenter devant les électeurs sans renier ses convictions, avec l’ambition de créer les conditions de la réconciliation et de la reconstruction.

En 1945, après la guerre et des déchirements internes, le paysage politique français s’était retrouvé dans son ensemble dans un projet de reconstruction

L’heure était alors à l’union sacrée, au-delà des clivages politiques.

A la même période, à la Réunion, des femmes (qui votaient pour la première fois) et des hommes de bonne volonté s’étaient regroupés sous la bannière du CRADS, aux côtés de Raymond Vergès et de Léon de Lépervanche, qui allaient, l’année suivante, défendre à l’Assemblée Nationale la Départementalisation.

Plus près de nous, dans les années 90 et 2000, Paul Vergès était devenu président de la Région avec une liste où s’étaient retrouvées des femmes et des hommes de différentes sensibilité politique, de droite, de gauche ou de la société civile.

A chaque fois que l’union la plus large a été portée au pouvoir, la population a été gagnante collectivement.

Ce qui s’est fait en 1945, dans les années 90 et 2000, nous pouvons le refaire à l’échelle de Saint-Louis sans que personne ne renie ses convictions, mais simplement en mettant en commun ce qui nous unit plutôt que ce qui nous divise.

Là où il y a une volonté, il y a un chemin.

3- L’ÈRE DES RESPONSABILITÉS, L’HEURE DES RESPONSABILITÉS

La réconciliation et la reconstruction, dans le respect des convictions de chacun des partenaires, permettra de franchir un grand pas pour entrer collectivement dans l’ère des responsabilités et au plan individuel, être à l’heure de ses propres responsabilités dans une communauté de destin.

C’est là tout le sens des élections municipales des 15 et 22 mars prochains.

Il y a plus de 60 ans, le président John Kennedy disait : « Ne vous demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous, mais demandez-vous ce que vous pouvez faire pour votre pays. »

A notre tour nous osons affirmer « Demande pa nou kosa la komine i sa fé pou nou. Demande a ou kosa ou pé faire pou nout komine ! » Chacun d’entre nous doit se poser la question. Comment je peux agir ? Comment je peux apporter mes propositions, mes actions, pour que je sois fier de ma commune, fier d’y habiter, fier d’être saint-louisienne et saint- louisien.

C’est cela être collectivement et individuellement responsables, citoyen, et acteur engagé.

4- NOTRE RESPONSABILITÉ FACE AUX GRANDS DÉFIS À RELEVER
Pour savoir où l’on va, il faut regarder d’où l’on vient et savoir ou on est. Saint-Louis est la terre natale de nombreux Réunionnais qui ont marqué à leur façon la vie et l’histoire réunionnaise : Mgr Gilbert Aubry, Léonus Bénard, Alcide Baret, Boris Gamaleya, Hégésippe Hoarau...

Mais Saint-Louis a perdu de son lustre. Aujourd’hui, on contourne Saint-Louis, on traverse Saint-Louis, mais on ne s’y arrête quasiment pas.

Notre responsabilité collective et individuelle doit nous conduire à imaginer ensemble des pistes de réflexions pour aboutir à des solutions partagées par le plus grand nombre pour renverser la tendance et redonner à Saint-Louis la place qui lui revient dans le développement économique, social, culturel et humain du Sud de la Réunion.

5- EMPLOI ET FORMATION
L’emploi est une prérogative de l’Etat qui exerce sa mission par le biais du Ministère du Travail et des Solidarités.

A Saint-Louis, le taux de chômage est de 33,2%, alors qu’il en moyenne de 20% dans le Sud.

Le taux de pauvreté supérieur à 43% alors que la moyenne départementale est de 37% et de 39% dans le Sud (source Direction de l’Economie, de l’Emploi du Travail et des Solidarités de la Réunion - Chiffres 2022)

Seul un quart des 19758 foyers saint-louisiens est imposé sur le revenu avec un revenu fiscal annuel de 15 270 € (Source INSEE).

A cela s’ajoute une donnée inquiétante : près de la moitié des demandeurs d’emploi de Saint-Louis n’ont aucune diplôme ou qualification...

Ces quelques éléments chiffrés montrent l’ampleur du drame social qui touche la commune de Saint-Louis.

Certes, l’Emploi et la Formation sont du ressort de l’Etat. Mais devons-nous pour autant fuir nos responsabilités ?

Il faut rendre à Saint-Louis son attractivité, inciter les entreprises à s’y installer. Pour cela, la commune dispose de plusieurs leviers :
- Avoir un portefeuille foncier pour proposer des terrains aux entreprises désireuses de s’installer sur son territoire.
- Avoir une fiscalité qui ne constitue pas un frein à l’installation d’activités nouvelles.
- Avoir une politique de commande publique favorisant, dans le respect du Code des Marchés Publics, les entreprises implantées sur son territoire.
- Favoriser, pour la restauration scolaire, les circuits courts et prioriser, dans le respect de la législation, les fournisseurs saint-louisiens

6- L’EAU : UNE RESSOURCE À PRÉSERVER
Attirer des entreprises et des industries sur son territoire, c’est aussi lui permettre -tout comme pour le reste de la population- un accès à l’eau et à l’énergie à des conditions tarifaires satisfaisantes.

Les 23 000 abonnés de Saint-Louis sont alimentés en eau à 76% par des pompages dans la nappe phréatique, à 17% par de l’eau captée dans le bras de la Plaine et de Cilaos et à 7% par des captages divers. Globalement, les besoins sont de trois ordres : Domestique, Agricole, Industriel.

La gestion de l’eau est de la compétence de l’intercommunalité. Le réseau saint-louisien est plutôt performant, avec un rendement de 74%, supérieur à la moyenne départementale (63%) mais inférieur aux objectifs du Grenelle de l’Environnement (80%).

Il convient de mobiliser les fonds européens, de l’Etat et de la CIVIS pour moderniser davantage les installations, multiplier les Unités de Potabilisation afin de garantir une eau de qualité pour les consommateurs. Cette même mobilisation doit être accrue pour construire de nouvelles unités de stockage et moderniser celles existantes.

Pour ce qui concerne l’eau agricole, le territoire saint-louisien est assez bien desservi par la SAPHIR via le Périmètre Irrigué du Sud (PISUD). Néanmoins certaines zones situées en altitude, telles que le Gol les Hauts ou les Makes l’alimentation en eau reste problématique.

La mobilisation de financements croisés pour la création de nouvelles retenues collinaires constitue une solution pour ces zones. Si la zone littorale de Saint-Louis est peu arrosée par les pluies, les hauts en revanche ont une pluviométrie annuelle entre 1300 et 1800 mm par an, ce qui permet le stockage de l’eau par les épisodes pluvieux.

De même, les bâtiments d’élevage, avec le soutien de différents financeurs publics pourraient, en recueillant l’eau s’écoulant des toitures, alimenter des citernes souples ou d’autres réservoirs de stockage. Cette solution pourrait aussi être utilisée pour les équipements publics, notamment les équipements sportifs...

Enfin, une mesure forte de la municipalité consisterait en une exonération ou un dégrèvement partiel de la fiscalité locale pour les particuliers ou les entreprises qui s’équiperaient d’infrastructures permettant de recueillir et de stocker beaux de pluies pour les besoins autres que domestiques.

7- LE SOLEIL: UNE ÉNERGIE ABONDANTE, GRATUITE, À DÉVELOPPER
Le territoire saint-louisien bénéficie de près de 2 800 heures d’ensoleillement chaque année, ce qui place la commune dans le « top 3 » des communes les plus ensoleillées de la Réunion, avec il est vrai des différences entre le littoral et les hauteurs et les zones de l’Etang et du centre-ville où l’ensoleillement est optimal.

Ce potentiel a commencé à être exploité, mais il est possible d’aller encore plus loin.

Actuellement, près de 70% des maisons individuelles de Saint-Louis sont équipés de chauffe-eau solaire. Il existe donc une marge de progression importante. L’ensoleillement de Saint-Louis permet un amortissement de l’investissement en moins de cinq ans...

D’une manière générale, les. 2800 heures de soleil de Saint-Louis pourraient permettre à chaque foyer de couvrir ses besoins en énergie électrique à hauteur de 60% par an avec une installation standard de 3 kwc... Le potentiel photovoltaïque doit se développer davantage avec de nouvelles fermes photovoltaïques, mais aussi avec l’installation de panneaux solaires sur l’ensemble des bâtiments publiques ainsi que pour l’éclairage public.

8- SORTIR DU COMA CIRCULATOIRE
Le problème n’est pas propre à Saint-Louis, mais il se pose avec une acuité certaine pour les usagers de la route : on circule difficilement dans Saint-Louis.

Selon l’INSEE, près de 80% des déplacements quotidiens à Saint-Louis pour se rendre au travail ou rentrer à son domicile, s’effectuent en voiture, tandis que l’utilisation des transports en commun plafonne à 5%.

Il est impossible de répondre au coma circulatoire par la construction de nouvelles routes. Le réseau actuel est constitué de voies de circulation réalisées il y a cinquante ans ou plus, alors que le nombre de véhicules était très nettement inférieur à celui que l’on connait aujourd’hui.

La responsabilité individuelle et collective doit tenir compte de ce constat et oblige à se tourner vers de nouvelles alternatives :

- Mise à plat du système actuel de transport en commun pour une meilleure desserte des différents quartiers, avec des horaires mieux adaptés aux besoins de déplacements,
- Développement du transport à la demande
- Développement du co-voiturage par des mesures fiscales ou un système d’intéressement...

9 - VALORISER ET RESPECTER LE PERSONNEL COMMUNAL
Souvent critiqué, montré du doigt, le personnel communal est pourtant un trait d’union essentiel entre la collectivité et la population. Sans lui, la commune serait paralysée et les élus ne pourraient mettre en oeuvre le service public qui est dû à tous les habitants de la commune. Les élus doivent prendre conscience que sans le personnel communal, ils ne pourraient faire fonctionner la machine communale. Une révolution culturelle s’impose pour reconsidérer la manière dont doit être géré le capital humain que constitue le personnel communal.

Les agents du service public ont des droits et des devoirs, clairement définis par les textes. A commencer par le droit à la formation initiale et continue, tout au long de leur carrière.

Permettre à un agent de se former, c’est miser sur un service public performant et de qualité. Le Centre de Gestion doit être un outil au service des communes et jouer davantage son rôle, notamment en proposant des formations réellement adaptées aux besoins des collectivités.

Comme les autres communes de la Réunion, Saint-Louis souffre d’un manque cruel d’encadrement. Près de 97% des agents sont de catégorie C.

L’encadrement (catégories A et B) ne représente que 3% du personnel, soit un des taux les plus faibles de l’île. (Source: Rapport Social Unique 2024 de la mairie de Saint-Louis).

A titre de comparaison, le taux moyen d’encadrement au niveau départemental est de 15% et au national pour les communes de même importance que Saint-Louis, aux alentours de 20%!

Le Centre de Gestion doit mettre en place davantage de concours (actuellement les concours de catégorie A et B sont organisés en moyenne tous les quatre ans !)

Enfin, pour mener à bien leurs projets, les élus doivent disposer d’une réelle ingénierie humaine, avec un encadrement en nombre suffisant, recruté selon les textes en vigueur, sur la base d’un concours et/ou sur diplômes.

Un personnel communal valorisé, respecté, bien dans sa tête et dans sa peau est la garantie d’un service public de qualité au service de l’ensemble de la population.

Tout cela peut être mis en œuvre avec une volonté politique forte, qui doit se traduire par un travail d’explication auprès de la population, pour obtenir l’adhésion du plus grand nombre.

C’est ainsi que se traduit l’ère de la responsabilité

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